Un magazine LGBTQ+ s’excuse d’avoir mégenré une personne non binaire

Le directeur du mensuel «Fugues», Yves Lafontaine, en 2019
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le directeur du mensuel «Fugues», Yves Lafontaine, en 2019

Le magazine Fugues, très connu au sein de la communauté LGBTQ+, a dû s’excuser cette semaine après avoir utilisé les mauvais pronoms et les mauvais accords dans un article où était citée une personne qui s’identifie au spectre de la non-binarité. Le média plaide l’erreur de bonne foi, alors que l’artiste burlesque Rosie Bourgeoisie jure avoir demandé au journaliste d’utiliser une écriture inclusive ou neutre pour parler de sa personne.

Après que Rosie Bourgeoisie et le promoteur de son spectacle eurent sèchement critiqué le magazine, Fugues a corrigé le texte et a fait amende honorable sur sa page Facebook, exprimant le souhait de « devenir des acteur·rice·s de pédagogie » à l’avenir. « J’avoue avoir été un peu surpris par l’ampleur de la controverse. Je trouve ça triste, car s’il y a bien un média qui parle de la réalité des personnes non binaires, c’est bien le Fugues », a précisé en entrevue au Devoir le directeur du mensuel, Yves Lafontaine.

Magazine très militant lors de sa création, dans les années 1980 en pleine épidémie du sida, Fugues continue de couvrir essentiellement les sujets liés à la communauté gaie et les actualités du Village à Montréal. Le média, qui se targue d’avoir une portée de 300 000 lecteurs, s’est toutefois ouvert à d’autres réalités dans les dernières années, notamment celle des personnes trans et non binaires.

L’écriture inclusive n’est pas systématique, mais elle est utilisée par certains chroniqueurs, en plus d’avoir fait l’objet de quelques articles. Chaque fois, Yves Lafontaine constate qu’une part non négligeable du lectorat s’insurge contre cet usage, surtout des gais et des lesbiennes d’un certain âge. La preuve, selon lui, qu’il existe un clivage générationnel sur ces questions au sein même de la communauté.

« Ça montre qu’il doit y avoir une ouverture de part et d’autre. Les personnes non binaires doivent aussi comprendre que c’est une nouvelle réalité, et que si ça fait partie de leur vie de tous les jours, ça ne fait pas partie de celle de la plupart des gens », a laissé tomber le directeur du magazine.

Rosie Bourgeoisie, femme à la naissance, n’entend pas les choses de cette façon. Pour l’artiste, se faire appeler « madame » par la caissière à l’épicerie passe encore, même s’il s’agit d’une forme de « micro-agression » selon son ressenti. Mais se faire mégenrer de la part d’un magazine qui se prétend inclusif, c’est tout simplement inacceptable.

« Je donnais une entrevue justement à propos d’un spectacle qui fait la promotion de la diversité. J’ai pris la peine de m’ouvrir sur mon expérience personnelle, sur mon identité de genre. Et quand je lis l’article, je vois qu’on me cause violence en rejetant tout ce que j’avais dit », déplore Rosie Bourgeoisie, qui revendique les étiquettes « non binaire » et « genderfuck ».

L’artiste, qui milite également contre la grossophobie, n’accepte pas les excuses de la direction de Fugues et hésitera à l’avenir avant d’accorder une entrevue au magazine : « Je n’ai pas senti que c’étaient des excuses. J’ai plus senti qu’ils se cherchaient des excuses. » Selon Fugues, 20 % de ses lecteurs de moins de 25 ans ne s’identifient ni comme un homme ni comme une femme, à l’instar de Rosie Bourgeoisie.



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