Vitrine du disque: Souvenirs de Lanaudière

On retrouve ici Yundi Li dans une partie du programme de son concert de l'été 2004 à Lanaudière: les Scherzos de Chopin.

L'écoute domestique en est infiniment plus reposante, puisque le concert du jeune pianiste chinois, vainqueur du Concours Chopin en 2000, avait été fortement perturbé par la pluie. Le disque confirme que Yundi Li ne doit pas être confondu avec son compatriote Lang Lang. Autant chez ce dernier tout est fabriqué, autant Yundi Li intéresse, voire captive, par sa quête du mouvement et sa conscience sonore. Son jeu est très physique, un physique qui met en oeuvre l'ensemble du corps: on l'a vu à Lanaudière et on le sent parfaitement dans le poids des déchaînements du 2e Scherzo. Yundi Li ne «tape» donc pas; par rapport à son piano, il est en quelque sorte un «extracteur de sonorités». Si évidemment il serait stupide d'oublier les anciennes gravures des Scherzos, et surtout celle, chez le même éditeur, d'Ivo Pogorelich, il faut reconnaître à Yundi Li le mérite de s'ancrer positivement, grâce aussi à la finesse de ses nuances, à sa concentration et à la fluidité de son jeu, dans le paysage discographique international.

Christophe Huss

BEETHOVEN

Triple Concerto. Fantaisie chorale. Rondo en si bémol pour piano et orchestre. Pierre-Laurent

Aimard (piano), Thomas Zehetmair (violon), Clemens Hagen (violoncelle), Choeur Arnold Schoenberg, Orchestre de chambre d'Europe, direction.

Nikolaus Harnoncourt.

Warner 2564 60602-2.

C'est dans les vieux chaudrons qu'on fait les meilleures soupes. La nouvelle équipe classique reconstituée par Warner (Rachlin, Hope, Beaux-Arts Trio, Oramo, Luganski) n'a jusqu'à présent guère témoigné de l'aura et de la prestance de l'ancienne. Aussi est-on heureux de constater que le nouveau contrat d'exclusivité de Nikolaus Harnoncourt avec BMG ne semble couvrir que ses prestations avec le Philharmonique et le Concentus Musicus de Vienne. Ceci nous vaut de trouver chez Warner cet excellent disque Beethoven, complémentaire de ceux déjà enregistrés par le chef autrichien.

Harnoncourt et ses solistes sont bien avisés de s'écarter de la joute instrumentale que l'on a trop souvent entendue dans le Triple concerto. Ils établissent un dialogue doublement chambriste: celui du trio en tant que tel et celui du trio face à un orchestre très finement dirigé. C'est très exactement ce que le grand Kurt Sanderling faisait dans le Double concerto de Brahms, ce dont le disque n'a hélas jamais témoigné. Les petits bémols sont assez habituels, avec cette petite tendance à la coquetterie dans le Beethoven d'Harnoncourt (cf. Finale), réserve très mineure face à la véritable et juste relecture de la partition. La Fantaisie chorale est très présentable, vocalement luxueuse, mais sans l'élan et l'état de grâce absolu de la version Kissin-Abbado un soir de 31 décembre à Berlin (DG). On y retrouve le piano un peu sec et court d'Aimard tel qu'on l'avait entendu cet été à Lanaudière.

C. H.

THE CAPITOL ALBUMS VOL. 1

The Beatles

Capitol (EMI)

Le débat fait rage, comme on dit chez les dentistes. La critique a la dent dure et même les fans ont la molaire branlante. Qu'est-ce donc que cet objet? Rien d'autre qu'un matriçage audionumérique des quatre premiers albums des p'tits gars de Liverpool, tels que parus en Amérique du Nord à l'enseigne de Capitol. En versions mono

et stéréo.

Pourquoi s'en formaliser? Parce que c'étaient des disques bâtards. Pour faire plus de sous, Capitol avait eu l'idée croche de redistribuer le contenu fort généreux des albums conçus par les Beatles et leur réalisateur George Martin: on retrancha quatre chansons ici, deux là, on ajouta les faces A et B des 45 tours (absents par principe des albums originaux) et hop! On fit quatre disques avec deux. La tarte était la même, mais avec plus de pointes. Pire, on bidouilla du faux stéréo (doublage de la source mono avec délai) quand les mixages stéréo n'étaient pas disponibles: c'est pourquoi les versions «américaines» d'I Feel Fine et She's A Woman, par exemple, sont noyées d'écho.

Quand vint au milieu des années 80 l'ère du CD, les Beatles et Martin rectifièrent: même catalogue partout, mono partout pour les premier albums. Depuis, on grogne chez les Ricains: et nos albums à nous? Les voilà, reproduits à l'identique et insérés dans un boîtier pas beau, assorti d'un livret maigre en infos. À prix prohibitif. À rejeter? Ça dépend. Demandez à un fortuné qui a le coffret de jouer à la suite les versions mono et stéréo des Things We Said Today, Tell Me Why et autres Not A Second Time. J'en témoigne: c'est le jour et la nuit. Les mixages stéréo sont fa-bu-leux, tellement ils vous enveloppent et vous remplissent les oreilles. Certes, par fidélité à l'intention des Beatles, les version mono devraient primer. M'en fous, c'est trop riche

en stéréo.

Sylvain Cormier