Médias - Hommage à l'oiseau de nuit

Quatre heures autour de, et avec, Guy Maufette. Au lendemain de Noël, dimanche le 26 en après-midi, la radio de Radio-Canada offre un cadeau riche à ses auditeurs. Quatre heures avec un magicien du micro, comédien, poète, réalisateur, animateur, un hommage à la hauteur d'un homme qui a profondément marqué la radio, et dont la douce folie poétique a ravi les auditeurs pendant des années.

L'hommage n'est pas biographique: après tout, Guy Maufette est vivant, à près de 90 ans, mais il n'a pas participé directement à cette émission spéciale. Il ne s'agissait donc pas de raconter son parcours, avec toutes les dates et les titres des productions auxquelles il a participé. Il s'agit plutôt d'une promenade autour de son oeuvre et de son influence.

Pour l'occasion, Joël Le Bigot a rassemblé récemment dans un studio, pendant deux heures, les deux premières heures de cette émission spéciale, quelques amis de Guy Maufette comme Françoise Faucher, Huguette Oligny, Alain Stanké, Gilles Pelletier et Solange Lévesque, qui racontent des anecdotes, soutenus par le piano de Jean Marchand. Et le fils de Guy Maufette, Loui, est également présent pour lire des textes de son père, le tout entrecoupé d'extraits d'archives. C'est à la fois tendre, drôle, émouvant, éparpillé, improvisé et structuré, à l'image du Cabaret du soir qui penche, l'émission phare que Maufette a animé pendant des années.

Tous racontent à quel point Guy Maufette est un homme hors normes, qui échappe aux catégorisations. D'abord comédien dans les années 30, il devient rapidement réalisateur de radio à la toute jeune Radio-Canada des années 30, où il réalise en 1939 l'ancêtre de tous les radioromans, et donc des téléromans actuels, Un homme et son péché, inventant un univers sonore pour faire vivre, pour la première fois, un roman à la radio. On n'en finirait plus d'énumérer ses trouvailles sonores, comme celle de faire résonner la voix de François Bertrand dans un piano à queue pour lui donner plus de profondeur!

Comme directeur de comédiens, il pouvait être très surprenant. «Il dirigeait les comédiens de façon impressionniste, raconte Françoise Faucher: "C'est bien, disait-il, mais pouvez-vous le refaire en mauve"?» Poète et conteur, il avait la passion des mots et transformait la vie quotidienne avec ses enfants en une suite d'émerveillements poétiques, comme le raconte son fils Loui.

Fantaisie et pirouettes

L'émission aborde aussi sa longue carrière comme comédien, son rôle comme défenseur de la chanson française et québécoise, et comme découvreur de talents, sa découverte la plus impressionnante étant probablement celle de Félix Leclerc.

Alain Stanké, qui l'accompagne régulièrement dans ses promenades, prend soin ces temps-ci de noter dans un carnet ce qu'il lui raconte. Dans cette émission spéciale, Stanké fait lecture de quelques-unes des réflexions impromptues de Guy Maufette. Dont celle-ci: «Tu sais, ce qui est triste à mon âge, c'est que parfois, j'oublie ce dont je ne me souviens plus.»

Solange Lévesque, journaliste collaboratrice au Devoir qui a travaillé avec Guy Maufette, raconte comment Maufette préparait ses émissions, et elle propose aux auditeurs un document sonore rare: un matin, Guy Maufette était de passage à Radio-Canada par hasard, et l'animateur d'une émission, Le Comptoir du disque, était absent. L'équipe est prise de court, on demande à Maufette s'il ne pourrait pas remplacer temporairement l'animateur. Guy Maufette s'exécute, prend le micro, et se lance dans une étonnante improvisation, fredonnant des airs de chansons, racontant ce qui lui passe par la tête sans perdre le fil de son histoire, s'en tirant par l'humour, la fantaisie et les pirouettes langagières qui faisaient sa marque.

La troisième heure de cette émission spéciale est la reprise d'une entrevue d'une heure accordée par Guy Maufette à Robert Blondin en 1986. Le terme «entrevue» n'est pas exact: l'émission consiste plutôt en une suite de commentaires personnels, de mots d'esprit et de réflexions poétiques autour d'extraits d'archives. À Blondin, Guy Maufette avoue avec candeur «avoir toujours souffert de ne pas être pris au sérieux». «Toute ma vie mon moteur a été la timidité, l'angoisse, la peur, ajoute-t-il. C'est ce qui m'a donné des ailes.» Robert Blondin lui demande s'il joue d'un instrument de musique. «De la parlotte», répond Maufette. «J'étais un caricaturiste verbal.»

La quatrième heure de l'émission consiste en un montage d'extraits de différentes émissions présentées par Guy Maufette, principalement Le cabaret du soir qui penche, Les samedis de l'oiseau de nuit et Le retour de l'oiseau de nuit.

Le Devoir

L'oiseau de nuit : hommage à Guy Maufette

Dimanche le 26 décembre de 14h à 18h,

Première chaîne radio de Radio-Canada