38% des travailleurs en audiovisuel songent à changer de métier

Alors que la pénurie de main-d’œuvre se fait durement sentir sur les plateaux de tournage, plus du tiers des travailleurs de l’industrie de l’audiovisuel songeraient à changer de métier, s’il faut en croire une étude publiée lundi dont Le Devoir a obtenu copie. Des chiffres à relativiser cependant, tient-on à préciser, vu le contexte particulier de la pandémie.

Selon cette vaste consultation de l’Institut national de l’image et du son (INIS), qui s’est amorcée en 2019 pour se poursuivre tout au long de la pandémie, 38 % des travailleurs du milieu de la télévision et du cinéma affirment vouloir quitter leur profession d’ici les cinq prochaines années, ou du moins disent y réfléchir. De ce nombre, environ les deux tiers envisagent de quitter complètement le milieu de l’audiovisuel, alors le tiers changerait de métier tout en demeurant dans le même domaine d’activité.

« Il faut savoir que le contexte du travail a été très décourageant pour plusieurs personnes, avec le port du masque obligatoire et toutes les autres mesures contraignantes. Ces règles étaient nécessaires, mais c’est vrai que certaines personnes ont moins bien réagi. Cela dit, on a vu ça dans tous les milieux de travail depuis le début de la pandémie. Partout, il y a des gens qui ont décidé de partir pour faire autre chose », précise Christian Lemay, président de l’AQTIS, le plus gros syndicat de l’industrie.

M. Lemay, qui siège également au conseil d’administration de l’INIS, ne s’inquiète pas outre mesure des résultats de ce grand sondage. Avec le retour progressif à la normale qui se dessine, plusieurs changeront sans doute d’avis. La pénurie de main-d’œuvre, qui a même retardé certains tournages dans les derniers mois, ne devrait donc pas s’envenimer à cause d’une vague de départ, estime-t-il.

Au contraire, il constate que le dynamisme jamais vu dans l’industrie attire de nouveaux travailleurs. En 2021, quelque 1100 nouveaux membres ont pris leur carte de l’AQTIS, le syndicat qui représente entre autres les caméramans, les preneurs de son, les coiffeurs, les maquilleurs ou encore les accessoiristes.

« Dans la dernière année, il y a eu un nombre record de tournages notamment à cause des retards qu’on rattrapait à cause de la pandémie. Mais ça va continuer de bien aller dans les prochaines années, avec l’augmentation des tournages américains et la croissance des plateformes en continu », prédit avec enthousiasme Christian Lemay, peu préoccupé pour l’avenir de l’industrie à court terme.

Problème de rétention à venir ?

L’étude de l’INIS — qui concerne également entre autres les comédiens, les scénaristes, les réalisateurs ou encore les producteurs — laisse entendre par ailleurs que le rythme de production effréné est ce qui dérange le plus les artistes et les artisans dans leur métier. La cadence des tournages s’étant considérablement accélérée dans les dernières années, l’industrie devrait en prendre bonne note si elle veut garder ses travailleurs, souligne le président de l’AQTIS.

Pour attirer des jeunes, il va peut-être falloir se poser la question des conditions de travail et des horaires

« L’industrie va tôt ou tard être obligée d’avoir la réflexion, reconnaît M. Lemay. La prochaine génération n’a pas les mêmes valeurs que les baby-boomers, qui s’en vont à la retraite. Pour attirer des jeunes, il va peut-être falloir se poser la question des conditions de travail et des horaires. Moi, je pense que c’est possible d’assainir les horaires de travail tout en continuant d’avoir ce nombre de tournages. »

D’autres constats sont à tirer de cette vaste consultation, qui a mobilisé 1334 travailleurs du milieu sur trois ans, toutes professions confondues. À commencer par le taux de mouvement qui est particulièrement fort d’une profession à une autre. Qui plus est, 38 % des travailleurs disent assumer au moins deux métiers distincts au sein du secteur de l’audiovisuel.

Pour l’INIS, qui offre un éventail de programmes de perfectionnement aux professionnels du milieu, cette étude rappelle le besoin de former une main-d’œuvre plus polyvalente.

« Il y a par exemple beaucoup d’acteurs qui deviennent scénaristes ou réalisateurs. Il faut reconnaître que les travailleurs peuvent bouger au sein de l’industrie. Les résultats de cette étude vont nous permettre d’actualiser les programmes de formation, et pas seulement ceux de l’INIS », résume le directeur général de l’Institut, Jean Hamel.

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