L’écrivain François Blais n’est plus

François Blais a écrit plusieurs romans au cours de sa carrière, notamment «Iphigénie en Haute-Ville», «La classe de madame Valérie» et «Un livre sur Mélanie Cabay».
Photo: Marie Blais François Blais a écrit plusieurs romans au cours de sa carrière, notamment «Iphigénie en Haute-Ville», «La classe de madame Valérie» et «Un livre sur Mélanie Cabay».

« C’est avec une tristesse insondable que la famille de L’instant même a appris le décès de François Blais. Les mots nous manquent pour exprimer notre désarroi devant sa décision, nous qui avons eu l’immense privilège de connaître François depuis la parution de son premier roman, en 2006. Dans une certaine mesure, nous avons un peu l’impression d’avoir grandi avec lui, invités à partager son univers à la fois cynique et tendre. Le monde des lettres québécois est plus riche, plus vibrant et plus beau parce que François a osé en ébranler quelques fondations. Nos pensées accompagnent sa famille et ses proches, eux qui doivent maintenant vivre avec l’absence d’un frère, d’un fils, d’un ami.

François, tu nous manques déjà », peut-on lire sur la page Facebook des éditions de L’instant même.

L’auteur québécois est mort à l’âge de 49 ans dans la nuit de vendredi à samedi, chez lui à Charette, en Mauricie, où il vivait depuis 2016 avec sa sœur. Jointe par Le Devoir, l’éditrice Geneviève Pigeon a confié avoir appris la nouvelle samedi en matinée par la sœur de l’écrivain. C’est par les réseaux sociaux que la nouvelle s’est propagée dimanche matin avant même que la famille Blais en fasse officiellement l’annonce.

« Je préférais laisser la famille dicter le rythme de l’annonce et le choix des mots, a dit Mme Pigeon, ébranlée par la nouvelle. Ça faisait presque 15 ans que je connaissais François, c’était comme un ami aussi, car, au-delà des relations éditoriales, il y a les relations humaines. J’ai parlé à la famille ce matin pour m’assurer qu’on pourrait en parler et qu’elle était à l’aise avec le fait qu’on puisse dire que c’était la décision de François. »

Un genre pour chaque livre

 

Né le 3 janvier 1973, à Grand-Mère, François Blais vit à Québec, où il travaille comme traducteur à la pige, lorsqu’il fait paraître un premier livre en 2006, le roman épistolaire Iphigénie en Haute-Ville, à L’instant même, dont il devient l’une des figures de proue. Il y publiera chaque année un nouveau roman sans cesser de se réinventer. Après le très remarqué La classe de madame Valérie (2013), où il raconte le destin de 25 camarades de classe sur 20 ans, il flirte avec l’enquête policière dans Sam (2014). Dans son dernier roman, La seule chose qui intéresse tout le monde (2021), il se tourne du côté de la science-fiction.

« Il avait besoin de défis littéraires, c’est ce qui le motivait, estime Geneviève Pigeon. Chaque livre correspondait à un genre littéraire à la sauce François Blais. Par exemple, Document 1, c’est un roman de voyage avec des personnages qui voyagent, mais qui ne bougent pas. Ça illustre bien ce qu’était François Blais : un auteur qui retroussait ses manches et qui fonçait dans le littéraire. »

En 2018, s’inspirant d’un fait divers de 1994, il publie son roman le plus personnel, Un livre sur Mélanie Cabay : « C’est son roman le plus personnel, dans lequel il se met en danger, avance l’éditrice. On dit que les auteurs parlent toujours d’eux-mêmes ; dans ce cas-là, avec beaucoup d’introspection, il parle de lui, mais aussi de sa génération, du fait d’être un homme en Occident aujourd’hui. »

François avait choisi de s’exprimer par l’écriture, c’est comme ça qu’il était heureux. Être lu le rendait aussi profondément heureux, et le plus bel hommage qu’on peut lui rendre, c’est de continuer à le lire […]

 

De 2016 à 2020, il publie également quatre romans jeunesse à La courte échelle ; grâce à Lac Adélard, illustré par Iris, il remporte le Prix du Gouverneur général de littérature jeunesse de langue française – texte et le prix Libraire jeunesse dans la catégorie 12-17 ans.

« Derrière une prise de parole perçue comme étant très cynique, très baveuse, c’était un être rempli de tendresse et de vulnérabilité, qui observait le genre humain et ses congénères avec un regard franc. En même temps, il parlait de ses animaux et de ses petits plaisirs simples avec des éclairements de vie. Il y avait un équilibre que je trouve fascinant et irremplaçable entre la tête et le cœur. François avait choisi de s’exprimer par l’écriture, c’est comme ça qu’il était heureux. Être lu le rendait aussi profondément heureux, et le plus bel hommage qu’on peut lui rendre, c’est de continuer à le lire, en riant avec lui quand c’est drôle, en pleurant avec lui quand c’est triste et en essayant de voir le monde à travers ses yeux, car c’est le plus bel héritage qu’il nous a laissé », conclut Geneviève Pigeon.

Besoin d’aide ? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

Pour obtenir de l’aide concernant votre santé mentale ou celle d’un proche, n’hésitez pas à contacter le service Info-Social 811.



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