Les arts et la culture sont chroniquement sous-financés en Montérégie

Gabrielle Tremblay-Baillargeon
Collaboration spéciale
La Montérégie accueille des événements culturels reconnus, comme l’International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu.
Getty Images La Montérégie accueille des événements culturels reconnus, comme l’International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Ce texte fait partie du cahier spécial Culture Montérégie

La Montérégie a beau compter 20 % de la population du Québec, elle se retrouve au bas du palmarès quant au financement de la culture par habitant, et ne compte aucune antenne de Radio-Canada ou de Télé-Québec sur son territoire.

Nichée entre l’Estrie et Montréal, qui appellent les artistes comme autant de sirènes, la Montérégie peine à se tailler une place dans l’écosystème culturel de la province. En 2019, une étude menée par KPMG calculait les retombées économiques et sociales des arts et de la culture dans la région. Commandé par Culture Montérégie et réalisé conjointement avec Tourisme Montérégie, le rapport parle chiffres, mais aussi problèmes… et pistes de solution.

Dans l’ombre de Montréal

Au total, la valeur ajoutée du secteur culturel de la Montérégie a été évaluée à 426,9 millions de dollars en 2019 — et une bonne partie reste dans la région. Celle-ci porte en son sein des événements culturels reconnus, comme l’International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu ou encore l’Expo agricole de Saint-Hyacinthe. On y retrouve également de plus modestes joueurs, comme le Plus petit festival de cinéma d’animation au monde, à Huntingdon, ou des compagnies de théâtre jeune public, comme le Théâtre de la Dame de Cœur, spécialisé en marionnettes. Malgré tout, la région ne reçoit que 3,5 % des investissements en culture du gouvernement provincial, un pourcentage assez faible compte tenu de sa densité de population.

« On répartit les sommes investies par le gouvernement du Québec sur un plus grand nombre d’individus, certes, mais cela n’explique pas l’entièreté de cette disparité quant au financement », souligne Nancy Bélanger, directrice générale de Culture Montérégie. Sur ce territoire qui englobe les municipalités de Sorel, Saint-Jean-sur-Richelieu et Longueuil, entre autres, on retrouve assez peu d’ateliers d’artistes, de centres culturels reconnus et, note la directrice, d’équipements adéquats pour la création et la diffusion, qu’elle soit cinématographique, visuelle ou scénique. Conséquemment, les travailleurs culturels se ruent vers Montréal pour y pratiquer leur gagne-pain.

La faute à la métropole ? Pas que. Peuplée de rues portant des noms d’oiseaux, très caractéristiques de la banlieue, la région peine encore à se définir une identité claire. La population s’y densifie plus rapidement que la moyenne du Québec, augmentant le bassin de public possible. « Ce développement culturel régional, cette culture qui s’imprègne, qui s’insère et qui se crée partout dans les régions, c’est très important. Il faut raviver la flamme du public envers sa ville », estime Mme Bélanger.

Le rapport souligne également l’impact de la transition vers le numérique et de la concurrence étrangère, notamment celle des géants du Web, sur le secteur culturel de la région — deux constats qui n’auront été qu’accélérés par la pandémie. Bien sûr, la Montérégie n’est pas la seule à vivre ces bouleversements, mais comme elle manque déjà de lieux de diffusion, le public s’étiole rapidement.

Du temps pour parler

 

Un des objectifs de la publication du rapport KPMG, Culture Montérégie ne s’en cache pas, était de solliciter davantage les élus et les préfets des MRC. « On ne peut pas mesurer pleinement l’apport de la culture sans la soutenir adéquatement », relate Sylvain Massé, comédien et président de l’organisme. Parmi les priorités que s’est données le corps politique provincial dans la région, on note la création d’une identité forte par la culture.

« J’y crois, mais il y a beaucoup de travail à faire », indique Mme Bélanger. Une augmentation du financement privé et de la philanthropie, qui fait miroiter des possibilités et des partenariats arts-affaires semblables à ceux de la métropole, pourrait constituer une des pistes de solution pour faire grandir la cagnotte culturelle dans la région. Heureusement, l’appel semble avoir porté fruit. Durant la pandémie, les élus ont eu le temps de lire l’étude et de se pencher sur le problème.

« Maintenant, on a une oreille beaucoup plus attentive et un impact réel. Soudainement, beaucoup de gens d’affaires, d’élus et de préfets nous contactent. On a marqué un grand coup avec ça », croit Sylvain Massé. Culture Montérégie souhaite que le corps politique comprenne que sa culture est un pilier de l’économie de la province, et surtout, que la région est plus qu’un territoire en périphérie de la grande ville.

En chiffres

71 % des artistes de la Montérégie travaillent en dehors de la région.

2/3 des travailleurs de l’industrie sont des femmes.

Au total, les activités du secteur culturel en Montérégie contribuent à soutenir
7303 emplois au Québec.

On prévoit une croissance de la population de 4,3 %, alors que la croissance prévue pour l’ensemble de la province serait de 3,4 %.

La Montérégie représente 15 % du PIB (59 G$) de la province, ce qui en fait la deuxième région administrative en importance après Montréal.

 

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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