Guy Lafleur: de la toile au cinéma, la muse d’un peuple

Même s'il était un joueur de hockey prolifique, Guy Lafleur gribouillait des poèmes dans ses temps libres et a déjà confié être un amateur de musique classique.
Photo: Bill Kostroun Associated Press Même s'il était un joueur de hockey prolifique, Guy Lafleur gribouillait des poèmes dans ses temps libres et a déjà confié être un amateur de musique classique.

La légende de Guy Lafleur aura laissé une trace indélébile sur la culture québécoise, de Lance et compte, dont il fut l’une des nombreuses inspirations, à Serge Lemoyne, qui a peint une toile à son effigie. Et comment oublier cet album disco sur lequel le Démon blond prête sa voix, un disque tellement kitsch qu’il est aujourd’hui objet de toutes les convoitises par les collectionneurs.

Autant de choses qui forgent le culte d’un homme auquel ont déjà été consacrées une pléthore de biographies, et dont la vie sera prochainement portée au grand écran. L’acteur et réalisateur Luc Picard travaille en effet depuis quelques mois sur un film consacré à la vie rocambolesque de celui que l’on surnommait « Flower ».

Le projet est encore embryonnaire, mais le producteur Christian Larouche rêve déjà d’une sortie en salle pour Noël 2024. « La pression vient de monter d’un cran. Guy faisait partie de nos vies. Je pense que son décès est encore plus gros que celui de Maurice Richard, car même si les jeunes ne l’ont jamais vu jouer, il faisait partie de l’imaginaire collectif. La dernière fois que je suis allé manger avec lui, il y avait un enfant de neuf ans qui était venu lui demander un autographe ! » relate le président des Films Opale, profondément touché par le décès de son idole de jeunesse.

Après avoir produit des films biographiques sur Gerry Boulet et Louis Cyr, Christian Larouche assure que celui sur la vie de Guy Lafleur ne sera pas comme les autres. Non seulement il souhaite que le long métrage revienne sur l’ascension du Démon blond — de son enfance modeste à Thurso, en Outaouais, jusqu’aux sommets de la Ligue nationale —, mais il veut éclairer les défauts de l’homme — le fêtard invétéré, l’époux volage, le père absent repenti. Avec la bénédiction du principal intéressé, d’ailleurs.

« Quand j’ai soupé avec lui il y a un an, il a été très clair. Il ne voulait pas de censure ; il ne voulait pas que l’on arrange sa vie à l’eau de rose. Guy assumait ses défauts et ne voulait pas avoir l’air parfait », raconte M. Larouche, qui aura été marqué par le franc-parler de l’icône du hockey.

Au bout du compte, ses défauts auront nourri sa légende en l’humanisant aux yeux du commun des mortels. Un rapport très particulier avec le public qui a fasciné nombre de créateurs et d’auteurs, comme en fait foi le titre de la biographie écrite par Georges-Hébert Germain, Guy Lafleur. L’ombre et la lumière, parue au début des années 1990, à la fin de sa carrière.

Inspirations

 

L’illustre peintre Serge Lemoyne sera pour sa part inspiré par les exploits de Guy Lafleur sur la glace. Dans le cadre de sa série Bleu, blanc, rouge, il rend hommage au numéro 10 pour l’inscription de 50 buts en une seule saison, exploit qu’il répétera six fois dans sa carrière. Une estampe de la toile Le cinquantième but de Lafleur est exposée aujourd’hui au Musée national des beaux-arts du Québec.

Personnage plus grand que nature, Guy Lafleur occupe évidemment aussi une place de choix dans la culture populaire. Dans une chronique publiée vendredi sur le site du Journal de MontréalRéjean Tremblay raconte qu’il y a un peu de Guy Lafleur dans le personnage de Marc Gagnon, joueur vieillissant déterminé à rester au sommet dans les premières saisons de Lance et compte. Plus tard dans la série, la rivalité entre le Démon blond et l’entraîneur Jacques Lemaire a aussi influencé l’auteur et journaliste sportif.

Même Luc Plamondon a consacré une chanson au joueur étoile de la Sainte-Flanelle, Champion, interprétée par Robert Charlebois. Quelques années auparavant, en 1979, Guy Lafleur avait lancé son propre album — un véritable ovni dans l’histoire de la musique québécoise. Sur ce microsillon, on entend un Guy Lafleur, alors au paroxysme de sa gloire, livrer ses conseils de hockey sur une trame disco.

« C’était un projet destiné aux enfants. On en a vendu un peu. Il y a même des discothèques en ville qui ont joué le disque », mentionne avec humour le producteur Peter Alves, l’homme qui a lancé Boule noire et le groupe Toulouse, notamment. « C’était très weird comme projet. Mais Guy y était complètement investi, comme dans tout ce qu’il faisait. Il disait oui à tout », poursuit celui qui s’étonne de recevoir encore des redevances pour cet album.

Au fond, comme dans Le blues du businessman, Guy Lafleur aurait voulu être un artiste. Après tout, il gribouillait des poèmes dans ses temps libres et a déjà confié être un amateur de musique classique.

« Guy avait une approche très artistique. Il était très créatif sur la glace ; il improvisait beaucoup, ce n’était pas un joueur de position. Ses coéquipiers avaient de la difficulté à la suivre », souligne Luc Picard, qui promet d’accoucher d’un scénario qui saura illustrer le lien privilégié qu’entretenait Guy Lafleur avec le public québécois.


Une version précédente de ce texte, qui mentionnait que la toile Le cinquantième but de Lafleur de Serge Lemoyne est actuellement exposée au Musée national des beaux-arts du Québec, a été modifiée. C'est une estampe de la toile qui l'est.

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