Cathy Gauthier se dévoile dans «Classique»

L’humoriste est de retour sur scène avec un quatrième solo en 20 ans de carrière.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’humoriste est de retour sur scène avec un quatrième solo en 20 ans de carrière.

Les batteries chargées à bloc, grâce à son plus récent séjour à la Barbade, une île où elle a ses habitudes et où elle sait prendre soin d’elle, Cathy Gauthier a repris le rodage de son quatrième solo, Classique, le 4 mars dernier. « C’est un spectacle qui s’est écrit en grande partie sur scène, explique-t-elle. J’avais commencé avant la pandémie à intégrer du nouveau matériel dans le solo précédent, Pas trop catholique, notamment dans les rappels. Au moment où on se parle, après une trentaine de représentations en rodage, il y a une bonne demi-heure du show qui est encore juste dans ma tête, que je n’ai pas pris le temps de mettre sur papier. »

En janvier, dans le documentaire de Jessica Barker et Patricia Beaulieu sur la santé mentale périnatale, Maman, pourquoi tu pleures ?, Cathy Gauthier abordait l’épuisement physique et psychique qu’elle a ressenti après son accouchement en 2018. « Je dresse un bilan très positif de ma participation à ce film, affirme-t-elle. Je parle de tout ça dans le spectacle : la dépression, l’anxiété généralisée, la vulnérabilité, la difficulté à assumer la situation, à accepter l’aide qu’on nous propose. Je me sens encore plus autorisée à le faire, maintenant que je sais à quel point les femmes qui vivent ça sont nombreuses. »

Nouveau chapitre

 

Le 25 février dernier, jour de ses 45 ans, l’humoriste écrivait sur Instagram : « Je commence un nouveau chapitre de ma vie. Je suis entourée d’amis formidables et d’une enfant qui est le plus beau cadeau que la vie m’a offert. Mon nouveau mantra : ne pas laisser la colère et la peine teinter mes émotions. Sois grande et sois forte. »

« J’ai trop longtemps cherché à être aimée, reconnaît Gauthier. Déjà, enfant, je voulais être la petite fille parfaite. Maintenant, ce qu’on pense de moi, c’est le dernier de mes soucis. J’ai enfin le recul, l’expérience, les ressources et la maturité pour parler de moi, vraiment, sans détour, sans peur de déplaire. Dans mon nouveau spectacle, tout est vrai, tout part de moi. J’espère amener les gens dans différentes zones, provoquer toutes sortes de rires, susciter tout un éventail d’émotions. »

Dans Classique, quatrième spectacle solo après 100 % vache folle(2005), Décoiffe ! (2012) et Pas trop catholique (2015), l’humoriste, qui vit toujours très bien avec l’étiquette de fille spirituelle de Dominique Michel et qui n’hésite pas à se réclamer d’Olivier Guimond et de la Poune, brode autour de trois sujets principaux : « Il est question de maternité au sens large, de santé mentale et finalement de sexualité… non existante. Si je parle autant de maternité, c’est que je n’ai rien fait au cours des quatre dernières années à part accoucher et me mettre du Purell, ce qui m’a laissé deux parties du corps crissement sèches ! »

Féministe à sa manière

On a dit de Cathy Gauthier qu’elle était crue, vulgaire, cochonne, folle, sans filtre et même, comble de l’ignominie, qu’elle osait parler de sexe comme un homme. « Mon humour est cru, certes, voire confrontant, mais pas vulgaire, tient-elle à préciser. Ce sont des propos cinglants, mais dits avec vérité, une sincérité qui ne s’invente pas. Je sais que mes spectacles font du bien à beaucoup de femmes. Je reçois de nombreux messages où elles se livrent à moi. Je suis un peu la cousine que tu voudrais avoir dans ton party de Noël, ou encore la matante cool. J’ai une vraie communion avec mon public et je suis consciente du privilège que ça représente. »

D’une certaine manière, l’approche de Cathy Gauthier, visiblement dérangeante, menaçant le statu quo, pourrait bien avoir quelque chose de féministe. « Ça choquait beaucoup au début, reconnaît la principale intéressée. Disons que je ne me suis pas fait seulement des amis. Mais comme me le rappelait Dominique Michel à cette époque : les chiens aboient, la caravane passe. »

Avant que ce soit dans l’air du temps, l’humoriste faisait preuve d’autonomisation dans sa manière sans tabous ni complexes d’aborder les rapports hommes-femmes, l’amour, la fidélité, la sexualité… : « Je suis féministe, ça ne fait pas de doute, mais souvent sans le savoir, sans le réaliser, sans en prendre pleinement conscience. Déjà, enfant, je me battais pour que les filles aient les mêmes droits que les garçons dans la cour d’école. Je disais haut et fort : on ne se tasse pas pour les gars ! »

Prendre sa place

 

Pour expliquer le titre du spectacle qui l’occupera au moins pour la prochaine année, l’humoriste parle d’un retour aux sources : « Je retourne à du stand up classique. Classique comme dans “Coca-Cola classique”, d’où la couleur et le lettrage de l’affiche, mais aussi comme dans “classe”. Je suis toujours crue, directe, mais également capable de sobriété. Ce spectacle, c’est moi à l’état pur, armée de mon micro. C’est une balade de 80 minutes sans entracte, sans cascades et sans séquence vidéo dans une boutique érotique. »

Après avoir précisé que Julien Corriveau et Luc Boucher ont collaboré aux textes et que Charles Dauphinais signe la mise en scène, Gauthier s’enthousiasme pour Caroline Dulude, qui a aussi nourri l’écriture : « Je l’ai découverte sur Twitter. Elle a suivi des cours du soir en écriture à l’École nationale de l’humour. Elle est très drôle. C’est une femme de mon âge. On vit sensiblement les mêmes affaires. Je l’aime beaucoup. Il y a peut-être cinq gags d’elle dans le spectacle, mais ils punchent pas à peu près. »

« Ma place, je l’ai pas demandée, je l’ai prise », affirme celle qui a certainement incité plusieurs femmes à faire carrière en humour : « Tant mieux si j’ai pu inspirer des filles à faire de l’humour, mais ça n’a jamais été un objectif que j’ai poursuivi. Cela dit, ce que Dodo a fait pour moi à mes débuts, ça me fait plaisir de le faire en ce moment pour Sylvie Tourigny, qui fait ma première partie. Ça fait un bon bout de temps qu’on fait de la route ensemble. Comme on dit : ce qui se dit dans le char, reste dans le char ! Maintenant, c’est mon amie, ma chum de femme. Lorsque je m’emballe, que j’angoisse pour rien, c’est l’une des rares personnes capables de me ramener à la réalité. »

 

Classique

De Cathy Gauthier. À l’Olympia, le 5 avril ; à la salle Albert-Rousseau de Québec, le 27 avril ; puis en tournée à travers la province jusqu’en juin 2023.

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