Le milieu de la culture se bute de nouveau à la pandémie

Comme les salles de spectacles étaient toujours fermées lorsque survenait un sursaut pandémique, elles n’avaient pas encore eu à gérer des éclosions parmi les équipes et le public.
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Comme les salles de spectacles étaient toujours fermées lorsque survenait un sursaut pandémique, elles n’avaient pas encore eu à gérer des éclosions parmi les équipes et le public.

La hausse des cas de COVID-19 a forcé dans les derniers jours l’annulation de plusieurs spectacles, en plus de compliquer certains tournages. Au grand dam d’une industrie culturelle qui croyait, il y a à peine une semaine, s’être enfin sorti la tête de l’eau après deux années d’enfer.

« C’est le bordel total depuis quelques jours », résume avec pessimisme Karl-Emmanuel Picard, propriétaire de L’Anti, à Québec.

Dans ce bar-spectacle, le téléphone ne dérougit pas depuis la semaine dernière, alors que plusieurs détenteurs de billets tentent de se faire rembourser parce qu’ils ont attrapé la COVID-19. Également gérant d’artistes, M. Picard en a en déjà plein les bras avec ses poulains qui ont contracté récemment le virus.

L’un des groupes qu’il représente a d’ailleurs été appelé la semaine dernière en renfort pour aller remplacer la fin de semaine prochaine des musiciens qui venaient d’être déclarés positifs. Or, le batteur du groupe a par la suite été contaminé. Puis, quelques jours plus tard, c’était au tour de son remplaçant d’apprendre qu’il a la COVID-19.

« Finalement, c’est le guitariste qui va jouer des percussions. Il va avoir une pédale sur son pied pour pouvoir faire les percussions pendant qu’il joue de la guitare. On n’a pas le choix d’être créatif », raconte Karl-Emmanuel Picard, qui ne s’étonnerait pas que les salles de spectacle soient obligées de fermer leurs portes dans les prochaines semaines tellement la hausse de cas est vertigineuse.

Vivre avec le virus

 

Et pour cause, plusieurs spectacles ont été reportés, voire annulés dans les derniers jours en raison de la reprise de la pandémie. Les quatre représentations prévues cette semaine de la pièce La Blessure, à l’Espace libre, ont été annulées à cause de cas de COVID-19 dans l’équipe. Idem pour les trois dernières dates du spectacle Au sommet de la montagne, présenté au théâtre Jean-Duceppe.

La Licorne a aussi dû annuler quelques représentations des deux pièces qui sont à l’affiche ce mois-ci. « Faut croire que le virus aime les rappels », ironise la directrice administrative du théâtre, Danièle Drolet, épuisée par une pandémie qui n’en finit pas de finir.

Plus sérieusement, elle a bon espoir que l’arrivée du beau temps mettra fin à l’augmentation des cas, comme ce fut le cas l’an dernier lors de la troisième vague. Mais d’ici là, Mme Drolet ne croit pas que ce soit nécessaire de tout refermer. « Je vois ça comme un test pour vivre avec le virus », seconde Catherine Voyer-Léger, directrice générale du Conseil québécois du théâtre (CQT). Cela dit, cette dernière voit dans l’actuelle hausse des cas la preuve que les aides gouvernementales doivent être maintenues pour le moment, même si les salles peuvent de nouveau rouvrir à plein régime.

« C’est essentiel ! Sinon, les créateurs ne vont pas vouloir prendre le risque de faire de grosses pièces avec beaucoup de monde sur scène, comme il y a plus de risques qu’il y ait un cas de COVID dans la troupe et que tout soit annulé », souligne Mme Voyer-Léger, qui a eu connaissance dans les derniers jours que la COVID-19 s’est invitée sur au moins une dizaine de productions.

Situation inédite

 

Les règles sont particulièrement strictes actuellement pour les comédiens qui attrapent la COVID-19 avant qu’ils puissent retourner sur les planches. Non seulement ils doivent patienter au moins cinq jours et obtenir un résultat négatif avant de pouvoir recommencer à répéter avec leur équipe, mais pour jouer sans masque, ils sont ensuite obligés de passer un test négatif le sixième, puis le septième jour après le début de leurs symptômes.

Le milieu du théâtre est divisé quant à cette mesure, rapporte le CQT. D’un côté, certaines salles souhaitent un allégement pour revenir sur scène le plus rapidement possible advenant une éclosion. De l’autre, des salles trouvent cette protection supplémentaire rassurante dans le contexte actuel.

Prévisibilité essentielle

 

Pas étonnant que l’industrie ne sache pas sur quel pied danser face à l’augmentation des contaminations. En effet, les salles de spectacle étaient toujours fermées lorsque survenait un sursaut pandémique. Jamais elles n’avaient encore eu à gérer des éclosions parmi les équipes et le public. « Ça arrive à un bien mauvais moment pour nous. Notre gros défi en ce moment, c’est de convaincre le public de recommencer à acheter des billets à l’avance, car cette prévisibilité est essentielle pour monter des spectacles. C’est sûr que toutes ces annulations en ce moment ne vont pas nous aider », se désole Catherine Voyer-Léger.

Le milieu de la télévision est aussi touché de plein fouet par la COVID-19. Plusieurs cas ont été détectés sur des plateaux. La boîte de production Sphère Média a confirmé qu’un de ses tournages a été interrompu pendant trois jours, mais n’a pas voulu préciser de quelle émission il s’agissait.

L’Union des artistes dit présentement travailler à documenter la situation.

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