Le milieu culturel reprend le flambeau et panse ses plaies

En 2021, le Festival d’été de Québec a tenu une édition 100% locale, tout comme le Festival TransAmériques. Les deux organisations avaient annulé leur édition du printemps et de l’été 2020. Sur la photo, le concert des 2Frères au FEQ 2021.
Photo: André-Olivier Lyra En 2021, le Festival d’été de Québec a tenu une édition 100% locale, tout comme le Festival TransAmériques. Les deux organisations avaient annulé leur édition du printemps et de l’été 2020. Sur la photo, le concert des 2Frères au FEQ 2021.

Dans l’intimité de la salle de l’édifice Wilder, les danseurs du spectacle Rhapsodie, de la compagnie Sylvain Émard Danse, nous conviaient presque à entrer dans leur rave. Après deux ans de pandémie, la vue de ce groupe de corps dansants, emportés par la musique originale de Poirier et de Martin Tétreault, avait quelque chose de surnaturel.

C’était à la fin de février. La COVID-19 avait enfin lâché du lest sur le milieu culturel et permis à la troupe québécoise de présenter son œuvre. Ça n’était pourtant pas ce que Danse Danse, qui a coproduit le spectacle, avait prévu pour ouvrir la saison de l’hiver 2022. Comme tant d’autres, le spectacle international prévu en janvier avait été annulé.

Ce sont donc les artistes locaux qui, quand ils l’ont pu, ont presque exclusivement occupé les scènes québécoises, lorsque celles-ci étaient disponibles, pendant la pandémie.

Se présentant devant des publics décimés par les règles sanitaires, œuvrant souvent dans l’incertitude la plus totale, ils ont permis à certains événements d’avoir lieu envers et contre tous. En 2021, le Festival d’été de Québec a tenu une édition 100 % locale, tout comme le Festival TransAmériques. Les deux organisations avaient annulé leur édition du printemps et de l’été 2020.

« Quand la pandémie est arrivée, on avait un festival de programmé sur lequel on avait travaillé durant neuf mois, et on a dû tout jeter à la poubelle », dit David Lavoie, le directeur général du Festival TransAmériques.

Même son de cloche au Festival d’été de Québec. « À l’été 2021, on a réussi à faire une édition à l’intérieur de nos dates, avec 100 % de talents québécois », dit Louis Bellavance, vice-président au contenu et à la programmation artistique du Festival d’été de Québec. « Mais je ne suis pas sûr que cela ait été un tremplin pour quiconque, ajoute-t-il. C’était quand même très difficile. On n’avait pas accès aux vraies foules, et il y avait les masques. C’était de la survie », dit-il.

Tant le Festival d’été de Québec que le Festival TransAmériques mettent maintenant le cap sur une édition 2022 de calibre prépandémique. Le Festival d’été de Québec a déjà annoncé qu’il allait recevoir Rage Against the Machine sur les plaines d’Abraham, et Danse Danse recevra en avril la compagnie brésilienne São Paulo avec Édouard Lock.

Un trou dans la promotion

 

Mais ces deux ans de repli et de confinement culturels ne resteront sûrement pas sans conséquences. Pendant que des artistes ont pu bénéficier de l’avantage très rare de résidences prolongées, de possibilités de créer sur scène alors que, généralement, celles-ci sont occupées par la diffusion, toute une génération d’artistes aura souffert de ne pas pouvoir faire la promotion d’un album ou d’un spectacle.

« Il y a eu une place accrue qui a été donnée à la recherche et à la création », note David Lavoie. Le FTA a appelé « respirations » ces espaces de création sans impératif de résultat et sans objectif de diffusion. « Mais avec le carambolage des saisons programmées, quelle place pourra-t-on faire à la relève ? »

« Il y a une immense disparité entre ceux qui sont au sommet et la génération des artistes émergents qui n’ont pas encore de contrat, relève Louis Bellavance. Ceux-là, il faut qu’ils aillent dans des concours de chanson, dans des festivals, faire des premières parties de spectacles, aller jouer dans des showcases », dit-il. Ceux qui ont raté ces occasions à cause de la pandémie voient aussi une nouvelle cohorte pousser derrière eux. « Ils vont devoir travailler beaucoup plus pour aller chercher ces occasions perdues. »

Les créateurs québécois devront également se repositionner sur le marché européen, où la compétition demeure féroce et où les réouvertures ont été plus hâtives.

 

Un musée au ralenti

Dans le milieu des musées, qui a également été touché par la pandémie mais de façon différente, ce ralentissement de deux ans risque aussi de laisser des traces.

 

Au Musée national des beaux-arts du Québec, où on présente une exposition autour de l’œuvre de Paul-Émile Borduas, la pandémie a forcé une réflexion sur la façon de faire les choses. Traditionnellement, le musée travaillait sur des calendriers de programmation sur trois ans. « Lorsque la COVID est arrivée, on venait d’ouvrir l’exposition sur Frida Kahlo et Diego Rivera. On avait 100 % des dépenses et un tiers des revenus. » En conséquence, en négociant avec les autres musées qui avaient prévu de recevoir cette exposition, le Musée a obtenu de garder l’exposition durant tout l’été.

Sur les entrefaites de la pandémie, le milieu a eu aussi une réflexion en lien avec le développement durable. « Le Musée veut devenir de plus en plus vert, dit Annie Gauthier, directrice des collections et des expositions. Une exposition blockbuster qui dure trois mois, non seulement ça coûte cher, mais, en outre, il y a beaucoup de convoyeurs qui prennent l’avion avec les œuvres, beaucoup de circulation en cargo. Les œuvres arrivent d’un peu partout sur la planète. »


Une version précédente de ce texte, qui indiquait que le Festival d'été de Québec a dû se replier sur une édition en salle seulement à l'automne 2021, a été corrigée. Cette édition de l'automne n'avait pas eu lieu.

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