Québec solidaire fait son cinéma

«Renouer», c’est le titre du documentaire que Catherine Dorion coréalise, dans lequel on suit la députée de Taschereau et ses comparses Sol Zanetti et Émilise Lessard-Therrien parcourir le Québec pour redonner la parole aux citoyens.
Photo: Fournie par la production du film «Renouer», c’est le titre du documentaire que Catherine Dorion coréalise, dans lequel on suit la députée de Taschereau et ses comparses Sol Zanetti et Émilise Lessard-Therrien parcourir le Québec pour redonner la parole aux citoyens.

Catherine Dorion siège à l’Assemblée nationale depuis bientôt quatre ans, mais la comédienne et poète n’a pas renoncé à l’art, qui lui permet de sortir un instant de la politique pour mieux renouer avec l’essentiel. « Renouer », c’est d’ailleurs le titre du documentaire qu’elle coréalise, dans lequel on suit la députée de Taschereau et ses comparses Sol Zanetti et Émilise Lessard-Therrien parcourir le Québec pour redonner la parole aux citoyens.

Cette démarche artistique inédite pour des députés en fonction se veut non partisane. Mais à moins de sept mois des élections, il est difficile de faire abstraction de la politique. D’autant que les quidams interrogés dans ce moyen métrage plaident tour à tour pour la nécessité de protéger l’environnement, de tisser des liens entre les communautés, de croire en un projet collectif, de retrouver du temps dans ce monde qui va beaucoup trop vite… De quoi mettre la table aux idées défendues par Québec solidaire.

« Les gens que l’on voit ne sont pas des militants de Québec solidaire, et on n’a pas vérifié pour qui ils votaient, assure Catherine Dorion. On est allés chercher des gens très différents, et ce sont les réponses qui sont ressorties. Ce sont des valeurs qui rassemblent et qui peuvent constituer une ébauche au-delà des lignes partisanes. »

L’Assemblée nationale, ce n’est pas l’endroit le plus fertile pour mener les luttes qui comptent vraiment. Quand on est en campagne, Québec solidaire est un parti qui a la rue dans les veines, parce que c’est de là d’où on vient. Je pense qu’on va retrouver le nord à la prochaine élection.

Catherine Dorion

Qu’importe, l’Assemblée nationale a statué que le projet lancé par Catherine Dorion et ses deux collègues il y a trois ans n’était pas partisan et ne contrevenait donc pas aux règles d’éthique. Il aura coûté en tout 53 000 $, une somme que les trois élus ont pigée à même les budgets de fonctionnement de leurs bureaux de circonscription et qui est sert habituellement à l’affichage publicitaire des députés.

« On n’a rien contre les cartes de Noël ou le publipostage. Mais on s’est demandé s’il n’y avait pas un moyen de se servir de cet argent-là pour donner la parole aux citoyens, plutôt que pour nous mettre en valeur. Sol et moi, qui nous connaissons depuis longtemps, avons eu l’idée de ce film. Et Émilise [députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue] a tout de suite voulu embarquer en nous disant que si on faisait un projet comme celui-là, il fallait absolument aller à la rencontre des gens en région », relate la députée de Taschereau.

Différents, mais tous pareils

 

Renouer braque donc les caméras sur des Québécois de toutes les origines, du Témiscamingue à la basse-ville de Québec. Malgré le monde qui les sépare, lorsqu’on leur demande comment ils perçoivent l’avenir, leurs réponses finissent toutes par se rejoindre. Le seul point d’accrochage : la souveraineté du Québec, qui divise deux amis dans un restaurant de poulet frit à Ville-Marie, en Abitibi-Témiscamingue. Une scène qui n’est pas sans rappeler Le confort et l’indifférence, de Denys Arcand, auquel le projet de Catherine Dorion emprunte par sa facture visuelle et par son rythme, le tout en beaucoup moins cynique, évidemment.

Le film a beau se réclamer de la démocratie directe, jamais on n’entend l’un des intervenants sélectionnés au hasard se plaindre du nombre d’immigrants ou du prix de l’essence. Même au Rodéo du camion, festival de camionneurs à Notre-Dame-du-Nord, où une partie du documentaire a été tournée. Maxime Laurin, qui a participé à la réalisation avec Catherine Dorion et Samuel Matteau, jure qu’ils n’ont pas retranché les propos qui penchaient plus à droite au montage pour suivre une quelconque ligne éditoriale.

« On s’est vraiment laissé guider par les réponses qu’on a reçues. Ce qui m’a le plus surpris, c’est comment, quel que soit l’endroit d’où l’on vient, quelles que soient nos différences, on a tous besoin de la même chose. Et la conclusion, c’est vraiment que l’amour du territoire et le besoin d’appartenir à une communauté sont vraiment présents partout, qu’on soit au Rodéo du camion ou au Poulet frit Chester de Ville-Marie », indique celui qui ne se décrit pas comme une personne politisée, bien qu’il fut déjà membre de Québec solidaire.

Un constat politique ?

La formation de gauche défend depuis toujours le vivre-ensemble et la protection de l’environnement, thèmes omniprésents durant cet ambitieux vox pop d’une cinquantaine de minutes. Et pourtant, le parti stagne à la troisième, voire à la quatrième place dans les derniers sondages sur les intentions de vote. Comment expliquer cette dichotomie ?

« L’Assemblée nationale, ce n’est pas l’endroit le plus fertile pour mener les luttes qui comptent vraiment. Quand on est en campagne, Québec solidaire est un parti qui a la rue dans les veines, parce que c’est de là d’où on vient. Je pense qu’on va retrouver le nord à la prochaine élection », souligne Catherine Dorion avec un enthousiasme inébranlable.

Pour l’heure, ses énergies sont concentrées à la promotion de ce film, qui lui tient particulièrement à cœur. La députée de la région de Québec espère qu’il inspirera d’autres élus de l’Assemblée nationale, tous partis confondus. L’art demeure, selon elle, le meilleur moyen de se reconnecter à ce qui est fondamental, aux gens, aux convictions. Une parenthèse nécessaire à travers ce brouhaha parlementaire, incompatible avec toute vision sur le long terme.

 

 

Renouer

Le documentaire sera diffusé en première le 22 mars au cinéma Cartier, à Québec. Il restera à l’affiche les 23 et 24 mars, avant d’être projeté à Ville-Marie et à Rouyn-Noranda, les 20 et 21 avril prochains. D’autres dates ailleurs au Québec seront annoncées dans les prochaines semaines.



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