«Elden Ring»: le chef-d'oeuvre de Miyazaki

FromSoftware signe un jeu en monde ouvert captivant, tout en conservant son ADN.
Photo: Bandai Namco FromSoftware signe un jeu en monde ouvert captivant, tout en conservant son ADN.

On l’a dit et on le redit : il y a un avant et un après à Breath of the Wild. Avec son premier monde ouvert Elden Ring, le studio japonais FromSoftware tire toutes les bonnes leçons du plus récent Zelda de Nintendo, tout en conservant son ADN. Le réalisateur Hidetaka Miyazaki signe un chef-d’œuvre dont on prédit déjà, en mars, qu’il deviendra notre jeu de l’année.

C’est pour dire, on le couronnerait certainement de cinq étoiles… si on avait eu l’occasion de l’explorer de fond en comble. Malgré des demandes répétées, Le Devoir n’a pas eu accès à Elden Ring avant sa sortie. Après 16 heures passées dans le royaume fantastique de l’Entre-Terre, voici nos premières impressions, sans note finale.

Découvrir Elden Ring au moment de sa sortie s’avère finalement bien venu. Son monde connecté grouille de vie : les images fantômes d’autres joueurs explorant ce jeu solo sont omniprésentes, et les mèmes laissés derrière eux aussi (« Try finger, but hole »). On rencontre même de l’aide dans les donjons les plus obscurs, ceux qu’on déniche presque par erreur.

Surtout, on retrouve l’ère magique de la Game Boy, celle du temps avant Internet et de ces jeux qui s’expliquent d’eux-mêmes. Alors qu’on explore un univers foncièrement hostile aux joueurs, on partage avec allégresse astuces, défaites et victoires avec nos compagnons de fortune. Une expérience commune à laquelle on n’avait pas goûté depuis longtemps.

Cela dit, on a bien du mal à mettre le doigt sur l’apport au scénario de l’auteur du Trône de fer, George R. R. Martin. L’histoire d’Elden Ring est somme toute proche de celles de ses prédécesseurs : un anneau aux pouvoirs mythiques a été brisé et des seigneurs se sont emparés de ses fragments, corrompant ainsi l’univers. Au joueur de rétablir l’ordre.

Faire passer la formule relativement linéaire des Dark Souls à un monde ouvert était un pari risqué. On a tellement été gavé par les grands studios comme Ubisoft de jeux menés avec compétence, mais peu inspirés qu’on perdait tout espoir envers le genre, considérant Breath of the Wild comme une exception.

Mais FromSoftware a su tirer de ce dernier les meilleures idées, tout en laissant de côté ses principaux irritants. Dès le départ, on est laissé à soi-même : une lumière suggère vaguement la direction à prendre, mais on laisse tout le loisir d’en choisir une autre. Chaque recoin recèle des secrets.

Attention, par contre, car les ennemis sont tout aussi coriaces que dans les jeux précédents du studio. Non, Elden Ring n’est pas foncièrement « accessible » à tous, mais il faut respecter le choix créatif derrière les morts à répétition qu’on impose.

Le studio de Miyazaki s’efforce néanmoins de rendre l’expérience un peu moins obtuse en expliquant bien des mécaniques du jeu. Plusieurs plis ne se révèlent par contre pas de prime abord.

FromSoftware s’est éloigné de la direction prise dans son dernier opus, Sekiro: Shadows Die Twice, pour finalement se rapprocher de Dark Souls 3. On a donc affaire à un jeu de rôle qui offre une foule de styles de combat différents. Chevalier, sorcier, samouraï, un mélange de tout ça : avec un peu (beaucoup) de travail, on y trouvera bien son compte.

De cette liberté nait un modulateur aux rouages subtils et complexes à l’extrême difficulté devenue synonyme de Dark Souls. En ce sens, on nous encourage à « invoquer » d’autres joueurs pour nous aider à surmonter les épreuves les plus imposantes. Parfois, éviter un ennemi gênant est la meilleure décision à prendre. Et le passage salutaire à un monde ouvert permet, devant une impasse, d’explorer ailleurs pour y revenir plus fort.

On peut aussi se taper la tête contre le mur, jusqu’à ce que l’embâcle cède.

Parmi toutes ces décisions vient surtout celle de s’engager dans l’engrenage ou pas. On le suggère fortement. On est devant le phénomène de l’année, un jeu qui laissera derrière lui un legs du calibre de celui de The Elder Scrolls: Skyrim. Un défi grandiose qui récompensera à pareille mesure toute personne qui s’y frottera.

Dommage qu’Elden Ring ait de nombreux problèmes techniques sur PC, dont des performances très lacunaires, troubles absents sur consoles de salon. Qu’on soit passé aussi facilement par-dessus un travail d’adaptation pourtant bâclé en dit long.


Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que le réalisateur du jeu Hidetaka Miyazaki​ se nommait Hideka Miyazaki​, a été modifiée.   

Elden Ring

Conçu par FromSoftware et édité par Bandai Namco. Offert pour PC, PlayStation et Xbox.

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