Le milieu culturel demande plus de prévisibilité

Des acteurs du milieu culturel aimeraient comprendre ce qui a pu mener le gouvernement Legault à décréter jusqu’à nouvel ordre la fermeture des lieux culturels.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Des acteurs du milieu culturel aimeraient comprendre ce qui a pu mener le gouvernement Legault à décréter jusqu’à nouvel ordre la fermeture des lieux culturels.

Le milieu culturel a plaidé à l’unisson pour plus de prévisibilité en vue de la réouverture possible des salles de spectacle et de cinéma lors de rencontres jeudi et vendredi avec le cabinet de la ministre de la Culture. Les différents organismes présents n’ont toutefois pas obtenu de réponses à leurs questions sur le bien-fondé des fermetures pour endiguer la pandémie.

Le ministère ne s’est pas non plus avancé sur une possible date de reprise, même si l’Ontario a déjà fait savoir pour sa part que les salles de spectacle et de cinéma pourront rouvrir à la moitié de leur capacité à compter du 31 janvier.

À la sortie de la réunion de jeudi, les personnes qui y prenaient part ont raconté au Devoir que la plupart des groupes s’étaient prononcés pour un déconfinement rapide, tranchant avec le discours très prudent entretenu par certains au début de la cinquième vague.

« Il y a quelques semaines, je n’en revenais pas d’entendre des gens du milieu du théâtre dire qu’ils préféraient fermer que de rester ouverts à capacité réduite. J’ai été heureux d’entendre jeudi tous les propriétaires de salles dire qu’ils en avaient assez de jouer au yo-yo et exiger une réouverture rapide. Je ne me sentais plus seul », rapporte Vincent Guzzo, propriétaire de la chaîne de cinémas du même nom.

En croisade depuis plusieurs mois contre les mesures sanitaires, l’homme d’affaires s’est réjoui d’avoir pu dire sa façon de penser à la ministre Nathalie Roy, qui s’est jointe à la fin des réunions de jeudi et vendredi. Pour Vincent Guzzo, il est évident que la fermeture des salles de spectacle et des cinémas le 20 décembre dernier n’était pas justifiée par la situation sanitaire, d’autant qu’aucune éclosion n’avait eu lieu avant cette date.

« En août dernier, on nous a imposé le passeport vaccinal même si on n’en voulait pas en nous disant que c’était ce qui allait nous permettre de ne pas fermer. Mais on a quand même été obligés de fermer », n’en démord pas le propriétaire des Cinémas Guzzo, qui songe maintenant à se tourner vers les tribunaux.

La Santé publique absente

En Belgique, la justice a suspendu à la fin décembre la décision du gouvernement de fermer les salles de spectacle et les cinémas, statuant qu’il n’existait aucune preuve que ces lieux sont propices à la contagion.

Chez nous, des acteurs du milieu culturel aimeraient également comprendre ce qui a pu mener le gouvernement Legault à décréter jusqu’à nouvel ordre la fermeture des lieux culturels. Malheureusement pour eux, aucun représentant de la Santé publique n’a participé aux rencontres de jeudi et vendredi, ce qui a d’ailleurs été déploré par certains.

Malgré tout, les échanges entre les acteurs du milieu et le cabinet de la ministre ont somme toute été courtois, indique le président de la Guilde des musiciens, Luc Fortin, qui commence toutefois à s’impatienter après un mois d’arrêt.

« On se demande pourquoi on a pris le risque de rouvrir les écoles, alors qu’on n’a pas pris le risque de rouvrir les salles, qui sont pourtant beaucoup, beaucoup moins propices à la contagion. On a l’impression que ce n’est pas une affaire de santé publique, qu’on a juste fermé les salles pour envoyer un message à la population », se désole Luc Fortin.

L’espoir pour le milieu du spectacle est plutôt venu du nouveau directeur national de santé publique, Luc Boileau, qui a laissé entendre vendredi que certaines mesures pourraient être levées d’ici la fin du mois si la situation dans les hôpitaux allait en s’améliorant.

En France, le gouvernement a annoncé vouloir autoriser de nouveau les concerts debout et la consommation d’aliments au cinéma. Les salles de spectacle et les cinémas n’ont jamais eu à fermer dans l’Hexagone à cause de la hausse record des cas provoquée par le variant Omicron.

Pas besoin d’aller bien loin dans le monde pour trouver d’autres gouvernements qui ont opté pour une approche beaucoup moins restrictive que le Québec. Dans les provinces de l’Ouest, les jauges ont été certes réduites, mais les salles de spectacle et les cinémas ont pu poursuivre leurs activités ces dernières semaines.

« On est aussi prêts à faire certaines concessions sur la capacité, même si plus il y aura de monde, mieux ce sera. Nos membres sont prêts à rouvrir. Les reports de spectacles sont de plus en plus difficiles », alerte la directrice générale de l’ADISQ, Ève Paré.

Le cabinet de la ministre Roy n’a pas voulu réagir vendredi aux demandes qui ont été formulées lors des deux réunions avec les acteurs du milieu culturel. Il dit vouloir se donner un peu de temps pour analyser le tout et en discuter avec la Santé publique.

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