Timide mouvement pour la réouverture de salles de spectacle

En entrevue au «Devoir», David Lavoie a expliqué que ses motivations n’étaient pas tellement de nature économique, les aides gouvernementales offertes étant amplement suffisantes pour ne pas mettre à mal la survie des salles de spectacle, selon lui. Il dit plutôt être animé par l’amour de l’art, trop essentiel pour être mis sur pause au moindre soubresaut pandémique.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir En entrevue au «Devoir», David Lavoie a expliqué que ses motivations n’étaient pas tellement de nature économique, les aides gouvernementales offertes étant amplement suffisantes pour ne pas mettre à mal la survie des salles de spectacle, selon lui. Il dit plutôt être animé par l’amour de l’art, trop essentiel pour être mis sur pause au moindre soubresaut pandémique.

Le milieu culturel reste de manière générale avare de commentaires face aux restrictions sanitaires. Mais on a pu voir poindre un début de mouvement de contestation sur les réseaux sociaux dans les derniers jours, quelques personnes de l’industrie ayant ouvertement réclamé la réouverture des salles de spectacle pour le 17 janvier, en même temps que le début de l’école en présentiel.

Le directeur général du festival de danse et de théâtre TransAmériques, David Lavoie, fut l’un des premiers à prendre la parole pour presser le gouvernement Legault de rouvrir les salles de spectacle lundi prochain.

En entrevue au Devoir, il a expliqué que ses motivations n’étaient pas tellement de nature économique, les aides gouvernementales offertes étant amplement suffisantes pour ne pas mettre à mal la survie des salles de spectacle, selon lui. David Lavoie dit plutôt être animé par l’amour de l’art, trop essentiel pour être mis sur pause au moindre soubresaut pandémique.

« C’était peut-être correct de fermer en mars 2020, mais deux ans plus tard, il faut changer de paradigme. On ne peut pas juste gérer le Québec en fonction du nombre de lits disponibles dans les hôpitaux. Il faut permettre un certain nombre de créations, malgré le contexte. Si on ferme complètement le robinet en hiver, les tuyaux vont exploser », explique-t-il.

La metteuse en scène Brigitte Haentjens partage cette opinion. Pour elle, la décision du gouvernement Legault de fermer jusqu’à nouvel ordre les théâtres le mois dernier n’était aucunement justifiée, d’autant que les salles de spectacle n’étaient à ce moment à l’origine d’aucune éclosion majeure connue.

C’était peut-être correct de fermer en mars 2020, mais deux ans plus tard, il faut changer de paradigme. On ne peut pas juste gérer le Québec en fonction du nombre de lits disponibles dans les hôpitaux. Il faut permettre un certain nombre de créations, malgré le contexte.

 

« Si Ikea est ouvert, je ne vois pas pourquoi les salles de spectacle sont fermées. On peut continuer de répéter, mais on ne peut pas jouer devant le public. C’est un bordel incommensurable. Penser que l’on peut répéter sans avoir de date de sortie, c’est méconnaître complètement notre milieu », s’insurge-t-elle.

Mesures imparfaites

 

Brigitte Haentjens trouve ahurissant le silence de nombreux acteurs du milieu culturel présentement, alors que plusieurs spectacles sont reportés quand d’autres sont carrément annulés face au manque de prévisibilité.

Elle leur reproche d’être à la solde des grandes institutions, qui sont les plus grandes bénéficiaires des aides gouvernementales et qui n’ont pas intérêt à rouvrir à jauge réduite. Les petits artisans et les troupes de théâtre qui n’ont pas de salle sont les grands perdants de la situation actuelle, déplore la metteuse en scène.

« Le système actuel est basé sur la théorie du ruissellement. Avec l’argent qu’on me donne, je peux agir sur mes artistes qui étaient censés être à l’affiche cette saison, faire le maximum pour eux autres. Mais c’est sûr que je ne peux rien faire pour ceux qui n’étaient pas programmés cet hiver. C’est vrai que le système actuel accentue les inégalités dans le milieu », reconnaît Marcelle Dubois, directrice générale et codirectrice artistique du théâtre Aux écuries.

Mme Dubois doute tout de même qu’un retour en salle le 17 janvier soit réaliste, même avec des contraintes sanitaires resserrées. Même son de cloche au Conseil québécois du théâtre, où on reste préoccupé par la grande contagiosité du variant Omicron.

« Je ne suis pas certaine que les gens soient prêts à revenir en salle. Et en plus, il y a une telle pénurie de main-d’œuvre actuellement chez les employés de technique que, s’il y avait une éclosion, même petite, on ne trouverait personne pour les remplacer », souligne la directrice générale du conseil, Catherine Voyer-Léger.

Les artistes encore prudents

 

Bref, le milieu culturel québécois est bien loin de la contestation qui a gagné les rues de Bruxelles le mois dernier après que le gouvernement belge eut décrété la fermeture les salles de spectacle et de cinéma pour contrer la hausse vertigineuse de cas de COVID-19. La justice avait quelques jours plus tard forcé leur réouverture, estimant que le gouvernement n’était pas en mesure de démontrer que les théâtres et les cinémas étaient des endroits propices à la contagion.

La comédienne Catherine Brunet s’explique mal pourquoi on ne voit pas émerger un tel mouvement de protestation au Québec, elle qui est l’une des rares personnalités connues à s’être affichées sur les réseaux sociaux pour la reprise des arts vivants le 17 janvier.

« Je pense qu’il y a peut-être un effet Guillaume Lemay-Thivierge. Les artistes ne veulent avoir l’air de complotistes en critiquant le gouvernement. Tout ça est super délicat », avance-t-elle en prenant beaucoup de précautions, insistant pour dire qu’elle a toujours été jusqu’ici en faveur des règles sanitaires.

L’Union des artistes (UDA) observe d’ailleurs que ses membres sont très divisés sur l’éventuelle réouverture des salles. D’un côté, certains militent pour une reprise le plus rapidement possible. De l’autre, des artistes craignent réellement d’attraper le virus et ne sont pas pressés de retourner en salle.

« Il y a des gens qui sont inquiets de ne plus travailler, mais il y a des gens qui ont peur d’aller travailler. C’est la première fois depuis le début de la pandémie que je sens que des gens craignent d’attraper le virus à ce point », constate la présidente de l’UDA, Sophie Prégent, qui évite de se prononcer sur une quelconque date de retour pour les salles de spectacle.

Le cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, n’avance lui non plus aucune date, se limitant à rappeler que « les discussions se poursuivent ».

Le ministère ne fixe pas de critères pour établir quand la situation sanitaire permettra de rouvrir les salles de spectacle et les cinémas.

Le sommet sur les arts, la culture et le patrimoine est reporté

La vague fulgurante de COVID-19 force le report du sommet sur les arts, la culture et le patrimoine qui était prévu les 31 janvier et 1er février prochains, et qui avait pour but de relancer le milieu culturel durement frappé par la pandémie. Le ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, en a fait l’annonce lundi par voie de communiqué. « Au cours des prochaines semaines, je m’entretiendrai avec des artistes, des techniciens et des responsables de la production, des créateurs, des producteurs et des diffuseurs pour en apprendre plus sur leurs défis et déterminer comment le gouvernement du Canada peut continuer à les aider », a-t-il promis. Le sommet aura lieu dès « qu’il sera possible et sécuritaire de le faire ».
 

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