Acquittement pour des manifestants qui avaient déboulonné une statue en Grande-Bretagne

Milo Ponsford, Sage Willoughby, Jake Skuse et Rhian Graham avaient participé au déboulonnage de la statue de Colston lors d’une manifestation du mouvement Black Lives Matter en 2020.
Photo: Geoff Caddick Agence France-Presse Milo Ponsford, Sage Willoughby, Jake Skuse et Rhian Graham avaient participé au déboulonnage de la statue de Colston lors d’une manifestation du mouvement Black Lives Matter en 2020.

Trois hommes et une femme qui avaient participé au déboulonnage spectaculaire de lastatue du marchand d’esclaves Edward Colston au Royaume-Uni lors d’une manifestation du mouvement Black Lives Matter en 2020 ont été acquittés mercredi par la justice britannique.

Le 7 juin 2020, cette statue qui faisait controverse depuis des années à Bristol, dans l’ouest de l’Angleterre, avait été renversée par la foule puis jetée dans les eaux de l’Avon, fleuve qui traverse la ville, lors de manifestations provoquées par le décès fin mai de George Floyd, un Américain noir tué par un policier blanc aux États-Unis.

Une affaire lourde de symboles

 

Poursuivis pour dégradations, les quatre prévenus âgés de 22 à 33 ans avaient reconnu leur participation aux faits, mais avaient contesté le caractère délictuel de leurs actes, plaidant non coupables dans cette affaire lourde de symboles. Le jury populaire leur a donné gain de cause.

La décision a été accueillie par les cris de joie de leurs proches, à l’issue d’un peu plus de deux semaines d’audiences à Bristol.

À la sortie de la salle, l’accusée, Rhian Graham, a remercié tous ceux qui avaient manifesté « au nom de l’égalité » le jour du déboulonnage. « Il y a bien une chose que nous savons, c’est que Colston ne nous représente pas », a-t-elle déclaré, se disant « ravie » de la décision.

Banksy à la rescousse

Les quatre prévenus sont apparus portant un t-shirt créé par l’artiste de rue Banksy, originaire de la ville, pour les soutenir. Les dégâts avaient été évalués au total à 4000 livres sterling (près de 6900 dollars canadiens).

« La vérité est que les prévenus n’auraient jamais dû être poursuivis », a affirmé Raj Chada, avocat de l’accusé Jake Skuse, jugeant « honteux » que la municipalité « n’ait pas retiré la statue de l’esclavagiste Edward Colston, qui a tant heurté les habitants de Bristol, et tout aussi honteux qu’elle ait ensuite soutenu les poursuites ».

Pour Blinne Ní Ghrálaigh, avocate de Rhian Graham, cette décision démontre l’importance des jurés populaires, qui « représentent le sens collectif de la justice de la population ».

Ici, « ils ont conclu qu’une condamnation pour la suppression de cette statue — qui glorifiait un marchand d’esclaves impliqué dans le travail forcé de plus de 84 000 hommes, femmes et enfants noirs comme un homme “des plus vertueux et plus sages” — ne serait pas proportionnée », a-t-elle ajouté.

Sur Twitter, le mouvement « Sauvons nos statues » a fustigé une décision qui « non seulement donne le feu vert au vandalisme politique, mais aussi légitime la politique identitaire de division qu’il a contribué à alimenter ».

Le Britannique Edward Colston s’était enrichi dans le commerce des esclaves. Il aurait vendu 100 000 esclaves d’Afrique de l’Ouest dans les Caraïbes et aux Amériques entre 1672 et 1689, avant d’utiliser sa fortune pour financer le développement de Bristol, ce qui lui a longtemps valu une réputation de philanthrope.

Introspection

 

Au Royaume-Uni, l’onde de choc née du mouvement Black Lives Matter au printemps 2020 a provoqué une introspection sur le passé colonial du pays et sa représentation dans l’espace public.

Un monument rendant hommage à Winston Churchill avait été tagué de l’inscription « raciste », ce qui avait suscité de vives réactions.

Plusieurs organisations britanniques de premier plan, comme la Banque d’Angleterre ou la Lloyds, qui assurait les navires esclavagistes, ont présenté leurs excuses.

Après avoir dans un premier temps décidé de retirer deux statues, Londres a finalement choisi de les laisser en place, mais de les contextualiser.

 

À Bristol, deux écoles et une salle de spectacle qui portaient le nom de Colston ont été rebaptisées. Quant à la statue, elle avait été repêchée par les autorités locales. Un an après son déboulonnage, elle avait été au centre d’une exposition temporaire consacrée à la naissance du mouvement Black Lives Matter au Royaume-Uni.

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