Fermeture des cinémas et des salles de spectacle malgré le petit nombre d’éclosions

Les salles de spectacle et les cinémas seront fermés pour une durée indéterminée à cause des nouvelles mesures sanitaires en vigueur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les salles de spectacle et les cinémas seront fermés pour une durée indéterminée à cause des nouvelles mesures sanitaires en vigueur.

Sur quels chiffres le gouvernement Legault s’est-il basé pour décider de la fermeture jusqu’à nouvel ordre des salles de spectacle et des cinémas ? C’est la question que plusieurs se posent dans le milieu culturel, qui semble n’y être que pour bien peu dans l’explosion des cas de COVID-19, à en croire les derniers chiffres de la Santé publique. Mais le portrait de la situation demeure incomplet, avertissent des experts en santé publique, qui appellent à la prudence.

Selon des données de la Direction régionale de la santé publique de Montréal obtenues par Le Devoir, on dénombrait à Montréal mardi quelque 347 éclosions actives, parmi lesquelles une seule était attribuable à une activité « d’art, de culture ou de divertissement ». Et encore : cette catégorie prend également en compte les éclosions reliées aux restaurants et aux bars.

La Santé publique régionale n’était pas en mesure de spécifier d’où émanait exactement cette unique éclosion rapportée. Impossible donc de savoir si elle est liée au Quai des brumes, qui a invité la semaine dernière ses clients à aller passer un test de dépistage après que plusieurs cas furent rapportés à la suite d’un spectacle du chanteur Alex Burger.

Quoi qu’il en soit, le nombre d’éclosions recensées dans les milieux culturels reste très bas par rapport aux 126 éclosions actives en date du 21 décembre dans les écoles primaires de la métropole.

« On est comme pris entre deux feux. D’un côté, si la situation est aussi catastrophique qu’on le dit en ce moment, évidemment qu’on veut faire notre part, quitte à fermer nos portes. Mais en même temps, on a aussi l’impression que malgré nos efforts pour limiter la propagation et nos bons résultats, on est punis quand même », explique la directrice générale du Conseil québécois du théâtre, Catherine Voyer-Léger, lorsque ces chiffres sont portés à son attention.

Les indicateurs sanitaires de la semaine dernière concernant les lieux culturels n’étaient pas plus alarmistes, ce qui n’a pas empêché le gouvernement Legault de décréter lundi la fermeture immédiate des salles de spectacle et de cinéma.

En date du 14 décembre, on relevait une seule éclosion, de 12 cas, parmi les participants d’une activité « d’arts, de culture ou de divertissement » à Montréal. A contrario, environ le tiers des contaminations provenaient d’une école primaire, un portrait semblable à celui de cette semaine, d’ailleurs.

« Je ne suis pas épidémiologiste, mais 12 cas, il me semble que ce n’est vraiment pas beaucoup, par rapport aux records de 5000 cas qu’on enregistre en ce moment. J’ai vraiment l’impression qu’on paie pour les sans-dessein qui ont voulu organiser des partys dans les bars en fin de semaine. Le gouvernement a décidé de nous mettre tous dans le même paquet », regrette Mario Fortin, directeur général du Cinéma Beaubien, qui a toujours en travers de la gorge la fermeture annoncée de lundi.

Une fermeture évitable ?

Mario Fortin est convaincu que les salles de cinéma pourraient continuer de fonctionner en toute sécurité dans le contexte actuel, avec des balises. Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, en doute.

Il rappelle que les chiffres concernant le nombre d’éclosions par secteurs d’activité ne sont pas exhaustifs, comme la recherche de contacts a plus ou moins été laissée pour compte dans les dernières semaines par la Santé publique. En ce sens, le nombre de personnes contaminées dans des salles de spectacle ou dans des cinémas pourrait être considérablement plus élevé, croit-il.

« Je sais que c’est un dur moment pour l’industrie culturelle, mais ce n’est pas le temps de parler d’exception pour les lieux intérieurs. L’heure est trop grave : on affronte la pire crise qu’on a eue depuis le début de la pandémie », souligne Benoît Mâsse, en plaidant pour l’imposition d’un confinement strict dans les prochains jours, et peut-être même d’un couvre-feu.

Il reconnaît cependant que les salles de spectacle et de cinéma sont parmi les lieux les plus sûrs, puisqu’ils sont bien aérés et que la distanciation est possible.

Pour cette raison, le virologue Benoît Barbeau avoue avoir été surpris du changement de cap du gouvernement Legault à propos des lieux culturels. Il est porté à croire que la limitation de la capacité à 50 %, annoncée jeudi par le premier ministre, aurait été suffisante pour endiguer le virus dans ces endroits.

« Je crois qu’on voulait surtout donner un coup de massue pour qu’on réduise nos contacts. Probablement que les rassemblements sur les réseaux sociaux ont aussi teinté la décision », analyse M. Barbeau, qui s’attend à un durcissement des règles dans d’autres secteurs dans les prochains jours, comme les théâtres et les cinémas ne comptent pas pour grand-chose dans la flambée des cas.

Écoles primaires et usines

 

Outre les écoles primaires, l’industrie manufacturière pèse pour beaucoup dans la hausse des contaminations. Dans la semaine du 5 au 11 décembre, près la moitié des cas liés à une éclosion en milieu de travail dans la province étaient associés au domaine manufacturier, selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Même s’ils sont les premières victimes des nouvelles mesures sanitaires, les employés du milieu de la restauration et de l’industrie du divertissement ne représentaient au début du mois que 4 % et 2 %, respectivement, des cas en milieu de travail.

« Nous sommes conscients que les mesures causent des conséquences auprès des individus, des milieux et des entreprises, mais l’objectif premier est de vaincre la pandémie de COVID-19. Voilà pourquoi le resserrement des mesures s’applique largement à tous les secteurs de la société dans un esprit de distanciation sociale », a réitéré le ministère de la Santé et des Services sociaux par courriel mardi.

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