Denise Desautels publiée chez Gallimard

C’est la deuxième poète québécoise, mais surtout la première femme poète d’ici a y être publiée.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir C’est la deuxième poète québécoise, mais surtout la première femme poète d’ici a y être publiée.

Plus de vingt ans après Gaston Miron, c’est au tour de Denise Desautels de faire son entrée dans la prestigieuse collection Poésie des éditions Gallimard. Elle devient ainsi la deuxième poète québécoise, mais surtout la première femme poète d’ici a y être publiée.

« Quand j’ai reçu le coup de téléphone il y a quelques mois pour me dire que c’était mon tour, j’étais vraiment heureuse, mais aussi très étonnée, car il y a beaucoup de poètes au Québec qui mériteraient cet honneur », raconte l’autrice de 75 ans, en entrevue avec Le Devoir.

Deux de ses recueils, réunis en un, se retrouveront dès le mois de février dans cette collection incontournable de la célèbre maison d’édition française. Il s’agit de L’angle noir de la joie — publié initialement en coédition avec le Noroît (au Québec) et Arfuyen (en France) en 2011 — suivi D’où surgit parfois un bras d’horizon, publié chez le Noroît en 2017. Gallimard a choisi le premier, Denise Desautels le second. « Parce qu’il y a des liens entre les deux, ce choix était évident », dit-elle.

Se retrouver ainsi aux côtés de la poésie de Charles Baudelaire, de Victor Hugo, de Federico García Lorca ou encore de Jack Kerouac rend la poète québécoise « très fière » et « l’émeut ». « Cette collection est tellement riche ! On y trouve des grands classiques français, mais aussi beaucoup de livres en traduction. Ils viennent de Russie, de Chine, du Japon, de l’Amérique du Sud. On y retrouve toute l’histoire de la poésie et c’est ça qui la rend précieuse. C’est un honneur d’en faire partie », insiste-t-elle.

À noter que c’est sa grande amie, la poète Louise Dupré, qui signe sa préface. « Louise, c’est quelqu’un qui s’est beaucoup penché sur l’écriture des femmes, au Québec et à l’extérieur. En plus, elle me connaît personnellement et connaît mon travail si bien. C’était la personne toute désignée pour faire cette préface », souligne Mme Desautels.

Symbole

« C’est une très belle reconnaissance pour Denise Desautels, c’est une belle nouvelle pour la pérennité de son oeuvre », se réjouit de son côté Mélissa Labonté, codirectrice du Noroît, la maison d’édition qui publie la poète depuis ses débuts il y a une quarantaine d’années. « Non seulement c’est réjouissant de voir qu’après un si long silence radio de Gallimard — l’entrée dans la collection de Gaston Miron remonte à la fin des années 1990 — c’est Denise qu’on choisit comme deuxième poète québécoise, mais c’est d’autant plus fort qu’on choisie cette fois une femme. »

« Je trouve ça très symbolique qu’on choisisse une femme après Gaston Miron, croit aussi l’autrice et anthologiste Vanessa Bell. Ça envoie un beau message et c’est un pas en avant dans la représentation des femmes dans le milieu. »

Elle trouve aussi « épatant » de voir que Denise Desautels est entrée dans la collection Poésie de Gallimard alors qu’elle est encore vivante. « Les éloges vont souvent arriver après un décès », soutient celle qui a récemment coécrit l’Anthologie de la poésie actuelle des femmes au Québec.

Place au Québec

Chose certaine, sa place est « méritée », estime Vanessa Bell. « Avec sa poésie et sa personnalité, Denise Desautels sait transcender les générations. Elle est toujours présente dans le milieu, elle relit des manuscrits, accompagne des poètes de la relève, c’est une personne généreuse qui partage beaucoup de son temps et de ses connaissances. Et ce qui fait l’exception de son œuvre, c’est qu’elle écrit justement avec autant de générosité, d’intelligence et de bienveillance que ce qu’elle offre à son milieu », souligne Vanessa Bell, n’hésitant pas à la décrire comme « une rock star de la poésie au Québec ».

De son côté, Denise Desautels espère surtout que son entrée dans la prestigieuse collection de Gallimard ouvrira la porte à d’autres poètes québécois dans les prochaines années.

« Ça faisait plusieurs années que je trouvais dommage qu’on y voit aucun autre Québécois que Gaston Miron. On nous oubliait alors que le Québec est reconnu pour sa poésie très riche dans la francophonie. »

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