Des voix s’élèvent pour La Tulipe

Plusieurs propriétaires de salles de spectacle compatissent avec les dirigeants du mythique La Tulipe.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs propriétaires de salles de spectacle compatissent avec les dirigeants du mythique La Tulipe.

Les propriétaires de salles de spectacle compatissent avec les dirigeants du mythique La Tulipe, qui craignent d’être forcés de mettre la clé sous la porte à cause de l’accumulation des plaintes pour bruit. Une réalité d’ailleurs répandue dans l’industrie, en grande partie en raison de la construction de copropriétés dans des secteurs jadis industriels.

Aux alentours du bar Le Ritz, dans le Mile-Ex, les édifices de bureaux et les entrepôts ont peu à peu fait place, au cours des dernières années, à des immeubles de copropriétés. Ce qui a amené dans le quartier des gens plus nantis, plus âgés, et surtout plus réfractaires à se faire déranger au beau milieu de la nuit par le vacarme qui émane du bar lorsque des spectacles ou des événements y sont organisés.

« Quand on a acheté, avant la pandémie, on a mis beaucoup d’argent dans l’insonorisation, mais même là, ça chiale. C’est vraiment frustrant ! Le niveau d’insonorisation que ça prendrait, c’est complètement débile : il ne faudrait même pas entendre un son quand on est dans la rue, ce qui est presque impossible. Ça coûterait des dizaines de milliers de dollars », proteste Olivier Corbeil, copropriétaire du Ritz.

Également actionnaire du Fairmount, dans le Mile-End, Olivier Corbeil lance un appel à l’aide à la Ville de Montréal pour qu’elle aide les salles de spectacle à mieux s’insonoriser. Autrement, d’autres salles pourraient devoir fermer boutique à cause des amendes salées, comme ce fut le cas en 2018 avec le Divan orange. Déjà, au Fairmount, on ne se permet plus certains types de spectacles, jugés trop bruyants pour le voisinage.

« Avec tout l’argent que les gouvernements ont dépensé depuis le début de la pandémie, ce serait dommage de tout perdre pour une couple de personnes qui se plaignent du bruit », déplore Olivier Corbeil.

Une minorité qui fait du bruit

 

« Une couple de personnes qui se plaignent du bruit », c’est souvent assez pour donner du fil à retordre à une salle de spectacle. Au Quai des brumes, lieu de prédilection des artistes émergents depuis plus de 30 ans, un locataire aux oreilles sensibles dans l’immeuble adjacent était une importante source de tracas il y a quelques années : les policiers étaient régulièrement appelés sur place.

Le propriétaire de l’endroit, Jules Gauliard-Martineau, conçoit que les nouvelles technologies en sonorisation permettent de projeter le son beaucoup plus qu’avant, et que cela peut à la longue finir par nuire quelque peu au bon voisinage. Mais il ne comprend pas comment quelqu’un peut aller vivre à côté d’un établissement qui a pignon sur rue depuis plusieurs années en pensant qu’il y trouvera la même quiétude qu’à la campagne à 22 h le soir.

« Si c’est zoné commercial et que tu ne veux pas être dérangé, ce n’est pas fait pour toi », lance candidement Jules Gauliard-Martineau, qui a finalement dû payer de sa poche pour inciter ledit locataire à déménager.

La fermeture d’endroits comme le Quai des brumes ou le La Tulipe serait une catastrophe pour le milieu culturel, surtout pour les artistes émergents, clame le producteur Patrice Caron.

« La Ville parle vraiment des deux côtés de la bouche. Mais il faut être conséquent. On ne peut pas d’un côté dire qu’on tient à la culture, et de l’autre autoriser la construction de condos à peu près partout. Il faut faire des choix et être prêts à protéger nos salles de spectacle », tranche-t-il.

L’arrondissement à la défense

Dans le cas du La Tulipe, l’administration municipale reconnaît son erreur. Jamais le local voisin n’aurait dû passer d’un zonage commercial à résidentiel. Or, la personne qui y habite se serait plainte plusieurs fois du vacarme lors des spectacles, ce qui aurait conduit à la visite de policiers pas plus tard que samedi dernier, durant le concert de Dumas.

« Le permis lui a été octroyé par l’arrondissement par erreur. J’ai été alerté l’été dernier du fait qu’il y avait un conflit entre le nouveau propriétaire occupant de l’immeuble voisin du La Tulipe. […] On a entrepris des démarches auprès du propriétaire de l’immeuble actuel et on est en litige. On s’en va en cour la semaine prochaine », a expliqué le maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Rabouin, lors d’une mêlée de presse mercredi.

Tout en restant prudent puisque le dossier est devant les tribunaux, M. Rabouin a réitéré son engagement à assurer la pérennité du La Tulipe dans son arrondissement : « Pour nous, c’est une institution culturelle importante. On en reconnaît la valeur et on veut s’assurer qu’il reste dans le Plateau. »

La compagnie de disques La Tribu, qui est propriétaire de la célèbre salle de la rue Papineau, avait lancé mardi un appel à l’aide sur les réseaux sociaux, indiquant crouler sous le poids des amendes et des démarches judiciaires à cause de cette chicane de voisins.

Le La Tulipe, connu pour avoir été à une certaine époque le Théâtre des variétés de Gilles Latulippe, est une salle de spectacle depuis 1913. L’endroit est classé patrimonial et ne peut avoir d’autre fonction.

Au Lion d’Or, on suit avec attention cette affaire, d’autant qu’on a connu des problèmes similaires par le passé. « Sans le soutien de la Ville, je pense que le roulement des salles deviendra de plus en plus important, et nous risquons de perdre des bastions culturels de notre ville », a indiqué par courriel Sara Castonguay, la directrice générale du cabaret.



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