Les coups de cœur de nos collaborateurs

Équipe des publications spéciales Collaboration spéciale
Photomontage: Le Devoir

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture en cadeau

Lecture, musique, objets, sorties… L’équipe de collaborateurs des cahiers spéciaux vous propose quelques-uns de ses coups de cœur culturels. Autant de moments à partager durant le temps des Fêtes, ou d’idées cadeaux à glisser sous le sapin.

Du doux dans les oreilles

Écrit et paru en pleine pandémie, le Untourable Album du groupe électro-pop montréalais Men I Trust, leur quatrième en carrière, porte plutôt bien son nom. Comme toujours, le trio nous propose des sonorités riches, douces et planantes remplies de basses et de synthétiseurs dans lesquelles s’entremêle la douce voix de la chanteuse Emmanuelle Proulx. Composé de strates sonores difficiles à reproduire sur scène, l’album est conçu pour que l’auditeur le découvre dans des écouteurs de haut calibre, en travaillant, en contemplant la lourde neige qui tombe en silence ou encore au petit matin, café à la main.

Gabrielle Tremblay-Baillargeon

Renouer avec ses rêves d’enfant

Que feriez-vous si, au soir de votre 35e anniversaire, vous vous retrouviez seul(e), sans partenaire et sans amis pour partager cette nouvelle étape de votre vie ? Samuel, lui, décide de composer le seul numéro dont il se souvienne par cœur, celui de la maison de son enfance. À sa grande surprise, quelqu’un décroche. Et pas n’importe qui : c’est à lui-même, âgé de dix ans, qu’il est en train de parler ! S’engage alors un dialogue entre ces deux versions de lui-même, incitant Samuel à l’introspection et à s’interroger sur ce qu’il a fait de ses rêves d’enfant. Quelqu’un à qui parler, de Grégory Panaccione (Le Lombard, 2021), est une émouvante adaptation en roman graphique du roman éponyme de Cyril Massarotto (XO, 2017) qui ravira assurément tous ceux qui gardent au fond d’eux une petite nostalgie de l’époque où les téléphones avaient encore un fil. Une vraie pépite pleine d’humour et de tendresse.

Hélène Roulot-Ganzmann

Un impudique carnet de bord

Ses fidèles lecteurs auront dû patienter de longues années, mais Marie-Sissi Labrèche leur est enfin revenue, dans toute son insolence. Cette fois encore, elle ne cache rien de son enfance malheureuse, de ses crises d’anxiété et de son perpétuel sentiment d’inadéquation. Qu’elle soit coincée entre sa mère désespérée et sa grand-mère acariâtre au milieu d’un logement insalubre, sur les bancs de l’UQAM en littérature ou dans sa maison de banlieue, jamais elle ne semble à sa place. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer, comme elle le décrit avec un mélange de rage et d’ironie dans ce journal intime, et impudique, carnet de bord pour apprendre à naviguer dans un monde qui l’effraie constamment. Pour qui ne connaîtrait pas encore cette voix unique et insolente, 225 milligrammes de moi (Leméac, 2021) représente la prescription idéale.

André Lavoie

L’ambition de Jorane

À la première écoute de cet opus paru en septembre, j’ai été prise d’une agréable nostalgie. Jorane a su innover au fil de sa discographie, mais avec Hemenetset, elle revient aux sources de sa créativité. Avec ses mots inventés et son exploration musicale, l’album m’a rappelé 16 mm, sorti en 2000. La cégépienne que j’étais alors le faisait jouer en boucle dans son lecteur CD. Ce nouvel album est le fruit de pas moins de six ans d’ambitieux travail. On y retrouve Jorane à la voix et au violoncelle, mais également à la harpe. Les mélodies sont enrobées des chœurs de Chloé Lacasse et Geneviève Toupin, mais aussi de cordes, de piano et de synthétiseurs, de percussions et de programmation. Pour une expérience en concert, Jorane montera sur scène en 2022, les 6 et 7 avril au Grand Théâtre de Québec et le 21 avril au Théâtre Outremont, à Montréal. J’y serai assurément !

Leïla Jolin-Dahel

Une certaine vision du futur

Votre gendre aime la science-fiction ? Il a déjà lu Dune, avalé tout Asimov, et cherche son prochain livre-univers ? Une vision du futur si criante de vérité, si bien pensée dans ses moindres détails, qu’on jurerait que l’auteur a le don de prescience ? Offrez-lui Le problème à trois corps (Actes Sud, 2016), premier tome de la trilogie magistrale du Chinois Liu Cixin, bientôt adaptée pour Netflix par les créateurs de la série Game of Thrones. Et surtout, ne lisez absolument rien à son sujet, pas même le résumé à l’arrière, sous peine de déflorer par inadvertance une intrigue époustouflante, qui se révèle à la manière d’un long travelling arrière, aussi bien dans le temps que dans l’espace. Tout commence avec la révolution maoïste, la course à l’espace… et finit des centaines de millénaires plus tard. Un récit sur le temps long aussi vertigineux qu’envoûtant.

Tristan Roulot

Des œuvres d’art à porter

Lili s’inspire de la nature (tantôt un bouquet de fleurs sauvages, tantôt un paysage montagneux ou les vagues de l’océan) pour créer des bijoux intemporels ornés d’illustrations aussi raffinées que féminines. Façonnées une par une à partir d’argile du Québec — difficile de faire plus local ! —, ces boucles d’oreilles en porcelaine joliment rehaussée d’or liquide 22 carats sont peintes puis minutieusement assemblées à la main. Pas une n’est identique, et c’est bien ce qui fait leur charme ! On aime le délicat motif floral qui rappelle ici les cerisiers japonais en fleurs. Et les autres modèles de l’artiste s’avèrent tout aussi irrésistibles. La créativité au service de l’élégance !

Boucles d’oreilles Koya, 45 $

Jessica Dostie

Une ode au quotidien montréalais

Comment faire pour traverser une vie lorsqu’elle semble définie par toutes les générations qui nous ont précédés ? Comment aborder l’avenir avec enthousiasme lorsque des images de notre passé reviennent nous hanter ? Après tout, il n’y a qu’une certitude : la vie est pleine de secrets, mais aussi de dangers. C’est ce que semble vouloir nous dire Alain Farah avec son roman Mille secrets mille dangers (Le Quartanier, 2021). Dans ce récit autobiographique s’installant sur plusieurs générations, l’auteur et professeur de littérature à l’Université McGill se dévoile comme jamais. Il traite avec nostalgie de ses premiers amours, de ses bêtises d’adolescent dans les quartiers Ahuntsic-Cartierville et du Petit Liban, dans Saint-Laurent. Le récit s’ouvre sur les jours les plus importants de sa vie : celui de son mariage et celui du décès de l’une des personnes les plus chères à son cœur. Touchant, déchirant d’authenticité et empreint d’une grande douceur, ce roman est une ode au quotidien montréalais d’un jeune homme souhaitant trouver sa place entre deux cultures qui se marient en lui.

Flavie Boivin-Côté

Janvier sous le soleil de Colombie

Grande vedette en Amérique latine, le chanteur-compositeur Carlos Vives se produira le 29 janvier prochain à L’Olympia. Si en 2017, La Bicicleta, son simple en duo avec Shakira, avait propulsé sa popularité à l’échelle planétaire, l’enfant prodige de Santa Marta — dans la partie nord du littoral colombien — a déjà une belle carrière de trois décennies au compteur. Témoin des extrêmes richesse et diversité de la musique latino-américaine, Vives s’est fait connaître pour ses mélodies influencées par le vallenato, un genre musical traditionnel de sa région d’origine, d’ailleurs inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis 2015. Passé maître en fusion des sonorités, il a un répertoire haut en couleur qui mêle aussi cumbia, pop, rock, non sans s’essayer (avec brio) à des incursions ponctuelles dans d’autres genres au gré de ses collaborations. À l’heure où l’on peut enfin danser et s’époumoner en toute allégresse, ne ratez pas le passage de l’artiste à la joie de vivre si communicative. Assurément le meilleur antidote à la grisaille de janvier !

 

Rabéa Kabbaj

Une tempête réconfortante

Dès les premières notes de la chanson Là où la tempête, les images se sont mises à défiler. J’étais conquis par la chaleur de l’interprétation et la steel guitar. Armée d’une voix limpide et réconfortante, Amélie M. Bastien (alias la p’tite fille en anorak) nous chuchote avec candeur ses douces mélodies, nous faisant littéralement voyager, en images, à travers ses inspirations imprégnées par la nature, le quotidien, et de petits et grands moments magiques. Le 18 novembre dernier, au Quai des brumes, à Montréal, l’autrice-compositrice nous offrait, en formule acoustique, son premier EP, Le temps s’arrête. Ce mini-album propose quatre chansons de style country-folk, sur lequel les cordes s’entrelacent à sa douce voix. À écouter devant un bon chocolat chaud guimauves. Disponible sur toutes les plateformes d’écoute.

Christian Vien

L’espoir de temps meilleurs

La compositrice et pianiste polonaise Hania Rani retrouve Dobrawa Czocher, son amie d’enfance violoncelliste, pour un nouvel album à quatre mains. Inner Symphonies est né d’une série d’échanges par vidéo et a été composé en plein confinement. Cet album inclassable incarne, d’un bout à l’autre, le sentiment de solitude qui nous a habités dans la dernière année. De leur propre aveu, les deux musiciennes affirment avoir voulu apporter réconfort et — surtout ! — espoir à travers ce projet musical. Portez attention en particulier à la pièce There Will Be Hope. L’influence minimaliste de Philip Glass s’y trouve bien clairement exposée : ambiance incertaine et tendue dont le souffle grandit peu à peu, avant la conclusion sur un changement de clé qui vous renverse et vous enveloppe l’âme. L’espoir de temps meilleurs passe par l’écoute d’Hania Rani et de Dobrawa Czocher.

Claudia Vachon

Dans l’œil de Yousuf Karsh

Albert Einstein, Ernest Hemingway, Winston Churchill… les grandes légendes de l’histoire du XXe siècle se sont révélées devant l’objectif du photographe Yousuf Karsh. Grâce à un don de 111 photographies de l’Estate of Yousuf Karsh et d’Estrellita Karsh, veuve du portraitiste, le Musée des beaux-arts de Montréal présente l’exposition L’univers de Yousuf Karsh : l’essence du sujet. En trois sections chronologiques, le public découvre des œuvres exprimant la vision humaniste de l’artiste arméno-canadien. Tantôt attendrissantes, tantôt déroutantes, ses épreuves démontrent sa maîtrise du procédé à la gélatine argentique, mais aussi son habileté à capter en moins d’une seconde la nature inconnue des plus célèbres personnalités de ce monde. Au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), jusqu’au 30 janvier

Maryse Deraîche

Une balade en forêt, bien au chaud sur le divan

Je l’ai reçu en cadeau il y a quelques jours, sans raison particulière, d’une grande amie qui me connaît bien. Depuis, je savoure Femme forêt (Éditions Marchand de feuilles), le dernier roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette, comme un petit gâteau au bout duquel je ne suis pas pressée d’arriver. Comme les autres livres de cette autrice québécoise, son dernier roman est un coup de cœur instantané pour moi. Elle nous invite cette fois à entrer dans une maison centenaire partagée par deux familles. Une maison pleine d’humains, de nature et d’hiver tout autour. Un livre qui déborde de vie, qui donne envie de s’emplir les poumons d’air frais et d’ouvrir grand les yeux. Alors que son best-seller La femme qui fuit a remporté de nombreux honneurs, dont le Prix des libraires du Québec et le Prix littéraire France-Québec, Femme forêt ne déçoit pas. Chaque mot semble à sa place. Les images fortes et inattendues sont nombreuses, et les émotions y sont tellement bien dessinées qu’on arrive presque à les ressentir soi-même. À glisser sans hésiter sous le sapin, autant pour les initiés que pour les néophytes de l’œuvre de cette écrivaine (et aussi à s’offrir à soi-même, sans remords).

Catherine Girouard

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