Le St-Denis mise sur la formule cabaret

Le Studio- Cabaret sera muni de 450  à 700 places, soit considérablement moins que les quelque 933 sièges de l’ancienne petite salle, communément appelée St-Denis 2.
Adil Boukind Le Devoir Le Studio- Cabaret sera muni de 450 à 700 places, soit considérablement moins que les quelque 933 sièges de l’ancienne petite salle, communément appelée St-Denis 2.

Le théâtre St-Denis se refait une beautéet mise gros sur la formule cabaret. Pour ce faire, l’actuelle deuxième salle sera convertie en juin en bar-spectacle multifonctionnel. Une manière d’attirer davantage de touristes étrangers, espère-t-on, mais également de ramener à Montréal les spectateurs du 450.

Car le mythique théâtre du Quartier latin souffre depuis plusieurs années de l’arrivée de nouvelles salles dignes de ce nom au Quartier DIX30 et ailleurs en banlieue. Avant même que la pandémie ne contamine le milieu culturel, le St-Denis notait déjà une importante baisse de fréquentation par rapport à l’époque où il était le haut lieu de l’humour québécois.

« Le déploiement des salles en banlieue a tué le marché des spectacles à Montréal. On parle d’une baisse de 40 %. Par exemple, Lise Dion ou André-Philippe Gagnon, à l’époque, faisaient cinq jours par semaine au St-Denis pendant un mois. Aujourd’hui, ils font deux soirs par année : un vendredi et un samedi en plus. Personne ne peut faire vivre une salle de spectacle avec juste deux jours d’occupation », illustre Lyne Dufresne, directrice de l’implantation du projet.

Salle de spectacle dernier cri

Présenté en grande pompe aux médias et au milieu d’affaires lundi, le Studio-Cabaret sera muni de 450 à 700 places, soit considérablement moins que les quelque 933 sièges de l’ancienne petite salle, communément appelée St-Denis 2.

Cette section rénovée de l’Espace St-Denis, qui donne sur le boulevard De Maisonneuve, aura également son propre bistrot français au premier étage, où seront préparés les repas des spectateurs du cabaret. Ce nouveau restaurant sera dirigé par Jean Pilote, ancien propriétaire du Capitole de Québec, dont s’inspire le St-Denis pour cette formule.

À cela s’ajoute un piano-bar au dernier étage du nouvel immeuble actuellement en construction, où l’on espère attirer la partie du public qui aura envie de prendre un verre après le spectacle.

« L’idée, c’est de créer un environnement différent, qui va faire en sorte que les gens vont vivre autre chose que d’être juste assis en regardant un spectacle. Il faut que les pièces que l’on puisse voir ici, on ne puisse pas les voir ailleurs », résume Lyne Dufresne, qui insiste beaucoup aussi sur les technologies dernier cri dont sera équipé le Studio-Cabaret.

La direction du St-Denis espère y attirer des spectacles immersifs, mais également des tournages d’émissions de télévision, grâce à la fibre optique ainsi qu’au studio de son et d’images sur place.Le groupe Juste pour rire, qui est établi depuis plusieurs années au théâtre St-Denis, a déjà dit vouloir s’en servir.

« Les futures salles pourront accueillir tant nos grandes productions que nos spectacles ou nos captations. Mais, surtout, soulignons que ces travaux vont grandement aider à revitaliser le Quartier latin », a écrit par courriel Patrick Rozon, vice-président aux contenus francophones du groupe Juste pour rire, en référence aux nombreuses fermetures de commerces et de bars sur la rue Saint-Denis dans les dernières années.

Québec et la Ville de Montréal disent d’ailleurs fonder beaucoup d’espoir dans ce projet pour tirer vers le haut ce secteur, plombé également par d’interminables travaux.

Tourisme culturel

Le premier spectacle à l’affiche au Studio-Cabaret n’a pas été conçu par Juste pour rire, mais plutôt par la troupe de cirque Les 7 doigts, qui promet une expérience immersive. Présenté à compter du 8 juin prochain en anglais et en français, Mon île, mon cœur a l’ambition d’intéresser les touristes.

Pour l’heure, ces derniers représentent une part famélique du public à Montréal, seuls 11 % des spectateurs au Quartier des spectacles en 2017 venant de l’étranger. Pire : ils étaient à peine 4 % au Théâtre St-Denis.

A contrario, l’offre de spectacles à Toronto comptait durant la même période sur un public composé à 35 % de touristes. « On est vraiment à la traîne. Ce n’est pas que la langue et l’accent sont une barrière, c’est que ça n’a jamais été une priorité. On en a pour plusieurs années avant de rattraper Toronto, cinq six ou sept ans peut-être. Il faut commencer le travail dès maintenant », plaide Lyne Dufresne en promettant d’autres spectacles en mesure de retenir l’attention du public international.

Restauration de la vieille salle

La Compagnie France Film, qui exploite le théâtre St-Denis, reconnaît que ce virage aurait dû être amorcé « il y a 25 ou 30 ans », avant que l’industrie du spectacle soit complètement modifiée par l’arrivée du numérique. L’entreprise reste toutefois enthousiaste pour la suite des choses, d’autant plus que de nouveaux projets pour l’Espace Saint-Denis sont présentement sur la table.

On veut lui redonner le plus possible son look de 1916. Il faut qu’en entrant, on recule de 100 ans.

 

La grande salle du St-Denis, qui a pignon sur rue depuis 1916, devrait notamment être complètement restaurée pour rappeler son caractère patrimonial, ce qui nécessitera probablement une fermeture pendant 18 mois à partir du début des travaux, au printemps 2023.

« On va se le dire, c’est laid en ce moment. On veut redonner au St-Denis ses lettres de noblesse. On veut lui redonner le plus possible son look de 1916. Il faut qu’en entrant, on reculede 100 ans », croit Jean-Claude Chabot, vice-président des relations publiques et du développement des affaires pour la Compagnie France Film.

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