Le «Larousse» n’est pas prêt à emboîter le pas

Le débat est lancé depuis que «Le Robert» a décidé mardi d’intégrer le pronom neutre de la troisième personne «iel» dans son dictionnaire en ligne
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le débat est lancé depuis que «Le Robert» a décidé mardi d’intégrer le pronom neutre de la troisième personne «iel» dans son dictionnaire en ligne

Le Larousse n’entend pas emboîter de sitôt le pas au Robert, qui a intégré cette semaine le pronom neutre « iel » dans son dictionnaire en ligne, semant ainsi la controverse.

« La question est, faut-il faire entrer le pronom “iel” dans des dictionnaires usuels comme Le Petit Robert et le Petit Larousse, qui décrivent la langue commune en un seul volume ? Pour nous, chez Larousse, la réponse est non », a tranché mercredi le lexicologue Bernard Cerquiglini, en entrevue à la chaîne de télévision française BFMTV.

Le débat est lancé depuis que Le Robert a décidé mardi d’intégrer le pronom neutre de la troisième personne « iel » dans son dictionnaire en ligne, déclenchant des réactions aux antipodes. Le ministre de l’Éducation français, Jean-Michel Blanquer, a d’ailleurs condamné cette décision dès mardi, affirmant que, selon lui, « l’écriture inclusive n’est pas l’avenir de la langue française ».

L’Office québécois de la langue française ne recommande d’ailleurs pas de recourir à ce pronom et propose plutôt la rédaction épicène dans un contexte de communication inclusive.

Neutraliser la langue

Le Robert a quant à lui défendu sa décision, prise dès le mois d’octobre par son comité de rédaction. L’usage du pronom « iel », bien qu’encore « relativement faible », connaît « une forte croissance depuis quelques mois », a écrit mercredi dans un communiqué le directeur général des Éditions Le Robert, Charles Bimbenet. Selon divers médias français, Le Robert pourrait d’ailleurs inclure ce pronom neutre dans son édition papier en 2022.

Selon Bernard Cerquiglini, cependant, l’utilisation du pronom « iel » demeure « nullissime » dans la langue courante. En entrevue sur BFMTV à titre de lexicologue du Larousse, il a plutôt fait valoir qu’on ne rencontre ce mot « que dans des textes militants ». « Or, pour qu’un pronom, un mot ou un verbe entre dans un dictionnaire d’usage, il faut qu’il soit attesté à l’oral et à l’écrit par plusieurs générations, qu’il entre dans la langue courante. »

Le linguiste français estime d’ailleurs que le pronom « iel » n’est pas une solution « aux problèmes ressentis » dans notre société, qui se veut de plus en plus inclusive, puisque « les pronoms n’existent pas seuls ». L’utilisation de ce pronom, qui n’est ni masculin ni féminin, impliquerait donc de modifier les adjectifs qui s’y rapportent. « Et de proche en proche, on va neutraliser la langue », a laissé tomber M. Cerquiglini.

« Donc, je respecte le ressenti, les problèmes. On a le droit de s’exprimer comme on le veut, mais on n’a pas le droit de toucher à un système de la langue [qui est en place] depuis 2000 ans », a-t-il tranché.

Contactée par Le Devoir, Fabienne Corriveau, du service de presse de Hachette Canada, qui chapeaute les éditions Larousse, a confirmé que l’inscription du pronom « iel » dans les pages du dictionnaire n’est pas prévue pour l’instant. Les nouveaux mots qui seront inscrits dans la prochaine édition du Larousse seront connus « plus tard au printemps », sans doute à la fin avril ou au début du mois de mai, a-t-elle indiqué vendredi.

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