Escapade à Pompéi en l’an 79

Moulages des victimes des secousses sismiques d’octobre 79, ceux d’un homme, d’une femme, d’un enfant et d’un porcelet, tous figés dans une position traduisant leur effroi
Photo: Musée de la civilisation Moulages des victimes des secousses sismiques d’octobre 79, ceux d’un homme, d’une femme, d’un enfant et d’un porcelet, tous figés dans une position traduisant leur effroi

Avec son exposition Pompéi. Cité immortelle, qui prenait l’affiche jeudi, le Musée de la civilisation de Québec nous projette littéralement à Pompéi, en l’an 79, et nous fait vivre par le biais d’une expérience multisensorielle l’avant, le pendant et l’après de cette dévastatrice éruption du Vésuve qui a complètement enseveli la ville.

L’audioguide qu’on télécharge sur notre téléphone intelligent nous plonge dès le départ dans la vie quotidienne d’une illustre famille — fictive — vivant à Pompéi et dont les membres nous accompagneront tout au long de l’exposition.

Dans un premier temps, Caius fils, qui supervise les travaux de reconstruction de la ville, laquelle a subi un tremblement de terre 17 ans auparavant, nous décrit les chantiers en cours, qui témoignent d’une grande maîtrise des techniques de construction. La maquette d’une grue composée d’une roue dotée en son centre d’une cage à l’intérieur de laquelle des hommes marchaient pour en induire la rotation, et qui permettait ainsi de soulever les pierres les plus lourdes, en est un exemple patent.

Photo: Marc-Antoine Hallé, Icône Vasque de bain, bronze

La rénovation des thermes que coordonne Caius fils nous rappelle par ailleurs que les Romains de cette époque étaient également très avancés en matière d’installations hydrauliques puisque leurs villes et même leurs maisons étaient approvisionnées en eau courante.

Immersion sensorielle

 

Les Romains maîtrisaient également le travail des métaux, comme l’atteste un magnifique braséro qui servait au chauffage des villas et à conserver les aliments au chaud, mais aussi celui du verre, qui est alors utilisé pour la fabrication de vaisselle, de contenants et de vitres de fenêtres, fait remarquer la conservatrice Lydia Bouchard.

Une zone complète de l’exposition est ensuite consacrée à l’alimentation des Pompéiens, qui était des plus diversifiées puisque composée des fruits de l’agriculture, de la chasse, de la pêche, mais aussi de l’élevage. Les Pompéiens pratiquaient notamment l’élevage de poissons qui servaient à la préparation du garum, cette sauce qui accompagnait presque tous leurs plats. Ils nourrissaient également des loirs dans des cruches de terre cuite, appelées glirarium, dont on peut voir un exemplaire. Ils dégustaient ces rongeurs farcis de porc haché et arrosés de miel et de pavot. Outre l’huile d’olive, le vin et les œufs, le pain était aussi un aliment de base incontournable. Les visiteurs seront sûrement sidérés lorsqu’ils verront parmi les quelque 110 artefacts qui sont présentés dans l’exposition une miche de pain pétrifiée qui a vraisemblablement été retrouvée dans l’une des quelque 30 boulangeries de Pompéi.

Le parcours de l’exposition culmine par une expérience immersive qui nous fait revivre en accéléré le drame qu’ont vécu les habitants de Pompéi en octobre 79. De petites secousses sismiques ressenties sous les pieds rappellent celles qui ont provoqué la panique des Pompéiens, qui ont été nombreux à fuir la ville. Puis fumerolles, bruits d’explosion et projections de fragments de lave s’intensifient avant qu’un épais nuage noir assombrisse toute la ville. Les bâtiments s’effondrent. Les chutes de cendres incandescentes se poursuivent et finissent par ensevelir entièrement la ville.

Prendre du recul

 

Au sortir de cette évocation dramatique, les visiteurs pourront se recueillir sur des moulages de victimes, ceux d’un homme, d’une femme, d’un enfant et d’un porcelet, tous figés dans une position traduisant leur effroi. On dit que cette éruption du Vésuve aurait tué environ 3500 personnes parmi les 12 000 résidents de la ville. À ce jour, les empreintes d’environ 1200 victimes ont été retrouvées et recueillies par moulage. C’est l’archéologue Giuseppe Fiorelli qui, en 1863, a eu l’idée d’injecter du plâtre dans les cavités formées dans les cendres solidifiées par les cadavres qui se sont ensuite décomposés.

Les moulages présentés à Québec sont des copies des originaux. Le Musée de la civilisation de Québec a couvert les coûts de fabrication de la copie du moulage de l’homme, qui sera offerte au Parc archéologique de Pompéi à la fin de l’exposition. « C’est une façon pour nous de contribuer à la conservation de ce patrimoine mondial », dit Mme Bouchard.

En fin de parcours, une table interactive sans contact permet de découvrir les techniques d’archéologie, qui ont grandement évolué depuis la redécouverte de Pompéi en 1860. « Pompéi est le lieu de naissance de l’archéologie moderne, qui continue encore aujourd’hui de révéler les secrets de cette ville », souligne l’historienne Évelyne Ferron, qui proposera des conférences mensuelles sur Pompéi.

Pompéi. Cité immortelle a été conçue par la firme belge Tempora à partir d’artefacts provenant des collections du Parc archéologique de Pompéi, du Musée archéologique de Naples et du Musée Galileo de Florence. Le Musée de la civilisation de Québec, qui est le seul endroit au Canada à présenter cette exposition itinérante, a enrichi le concept original de quelques ajouts, tels que cette colonne transparente remplie de couches de cendres et de pierres ponces qui nous fait réaliser concrètement ce que représentent ces quatre mètres de débris qui sont tombés sur la ville en 24 heures et qui l’ont ainsi complètement engloutie et condamnée à l’oubli pendant près de 800 ans.

« Nous avons également modifié le parcours afin de créer un crescendo allant de la vie quotidienne à Pompéi avant la catastrophe jusqu’au spectacle immersif nous faisant revivre l’éruption, suivi de la découverte des corps des victimes grâce aux techniques archéologiques qui sont décrites en fin de course », souligne Stéphan La Roche, président-directeur général du Musée de la civilisation de Québec.

Pompéi. Cité immortelle

Musée de la civilisation, jusqu’au 11 septembre 2022

À voir en vidéo