Les ventes de billets de spectacle ont chuté de 84 % en 2020

Le fait que le milieu culturel soit autant touché n’est une surprise pour personne, mais c’est la première fois qu’on chiffre l’ampleur de la situation.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le fait que le milieu culturel soit autant touché n’est une surprise pour personne, mais c’est la première fois qu’on chiffre l’ampleur de la situation.

On savait le milieu culturel très affecté par la pandémie ; on a maintenant des chiffres qui le confirment. Après une année 2019 exceptionnelle, où des records de fréquentation dans les salles du Québec ont été battus, les ventes de billets ont chuté de 84 % l’an dernier en raison de la pandémie de COVID-19.

« C’est impressionnant d’avoir ce chiffre devant les yeux. Ça vient confirmer le tremblement de terre qu’on a tous vécu dans le secteur des arts vivants », laisse tomber la directrice générale de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU), Julie-Anne Richard.

C’est l’Observatoire de la culture et des communications de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) qui a dévoilé ces chiffres mercredi en publiant son enquête annuelle sur la fréquentation des spectacles dans la province. Le fait que le milieu culturel soit autant touché n’est bien sûr une surprise pour personne, mais c’est la première fois qu’on chiffre l’ampleur de la situation.

Ainsi, seulement 1,4 million de personnes ont assisté à un spectacle, toutes disciplines confondues, en 2020. C’est six fois moins que l’année précédente, où 8,7 millions de spectateurs avaient assisté à une représentation.

Cette forte chute — du jamais vu depuis la première parution de l’enquête de l’ISQ, en 2004 — est évidemment attribuable à la pandémie et aux mesures draconiennes qu’elle a engendrées. Rappelons que les salles ont dû fermer durant 14 semaines à partir de la mi-mars 2020. En rouvrant, trois mois plus tard, elles ont dû restreindre considérablement leur capacité d’accueil pour respecter les mesures de distanciation en vigueur. Fin septembre, en pleine deuxième vague, plusieurs salles ont dû de nouveau fermer leurs portes au fur et à mesure que leur région basculait en zone rouge.

Une belle lancée

L’année 2019 avait pourtant atteint des sommets, tant sur le plan du nombre de représentations (21 647), de l’assistance (8,7 millions) que des revenus de billetterie (337 millions de dollars).

À l’exception de la danse, toutes les disciplines avaient attiré davantage de spectateurs en salle, soit en moyenne 13 % de plus qu’en 2018. La hausse a été particulièrement marquée pour la chanson francophone (+32 %) et anglophone (+21 %). Sans surprise, la chute a été brutale dans ces deux domaines en 2020, se chiffrant respectivement à 86 % et à 91 %.

L’enquête note aussi que les spectacles québécois avaient attiré 6,5 millions de spectateurs en 2019, soit un nouveau record pour ce secteur. Et malgré un recul de 82 % en 2020, la part de marché des spectacles québécois a tout de même augmenté, pour atteindre 91 % des représentations, 81 % de l’assistance et 73 % des revenus de billetterie. Il faut dire qu’avec la fermeture des frontières, les artistes étrangers ont été largement absents sur les scènes québécoises, note l’Observatoire.

Certains regroupements culturels préfèrent rester optimistes en se raccrochant au beau succès prépandémique. « 2019 a été une année record, il faut se souvenir de ça et se dire que tout n’est pas perdu non plus. Il faut donner le temps au lieu de redémarrer sur de nouveaux fondements », estime Laurence Régnier, coprésidente du Conseil québécois du théâtre.

« Ce qui est extrêmement dommage, c’est qu’on était dans une belle lancée avant la pandémie. Le plan de match à l’époque, c’était de convaincre les occasionnels de fréquenter les salles. Aujourd’hui, le défi, c’est de reconquérir la clientèle qui était présente avant la pandémie. C’est un énorme pas en arrière », confie Julie-Anne Richard, de RIDEAU.

La directrice générale de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), Eve Paré, note en effet qu’« une large partie de la population est encore hésitante à renouer avec ses activités prépandémiques et donc à retourner en salle ».

Nadine Medawar, directrice générale du Regroupement québécois de la danse, partage leur opinion. À ses yeux, il faudra « un appui constant aux diffuseurs de spectacles au courant des deux prochaines années afin d’assurer qu’ils puissent continuer à remplir leur mandat et d’offrir des œuvres au public ».

Les gouvernements devront également être présents pour soutenir la création, ajoute de son côté Mme Richard.

 

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