Le Parachute des années 1980

Durant plus de dix ans, Parachute aura une influence marquante à travers le monde alors qu’elle s’inspire des vêtements de rue pour les faire porter par l’élite, dont Madonna, Peter Gabriel et David Bowie.
Photo: Roger Aziz Musée McCord Durant plus de dix ans, Parachute aura une influence marquante à travers le monde alors qu’elle s’inspire des vêtements de rue pour les faire porter par l’élite, dont Madonna, Peter Gabriel et David Bowie.

Dans les années 1980, alors que Mont-réal sort à peine du tsunami disco, deux créateurs de mode qui ont élu domicile dans la ville prennent leur envol avec la marque Parachute.

D’abord inspiré par les styles militaire et new wave, puis par la culture japonaise, l’esprit sportif et les allures androgynes, le couple que formait la créatrice de vêtements Nicola Pelly et l’architecte Harry Parnass fonde la marque Parachute, qui crée la mode plutôt que de la suivre.

Durant plus de dix ans, cette marque aura une influence marquante à travers le monde alors qu’elle s’inspire des vêtements de rue pour les faire porter par l’élite, dont Madonna, Peter Gabriel et David Bowie.

C’est sur ce phénomène que se penche l’exposition Parachute : mode subversive des années 80, présentée au Musée McCord. À travers une soixantaine de créations de la marque, on se plonge dans la mouvance des défilés de mode du Limelight ou dans la série de boutiques que Parachute avait créées pour exposer sa marchandise. Ces boutiques offraient à la fois une collection aux accents rebelles et un décor inspiré des zones industrielles.

« Andy Warhol aimait beaucoup la marque. Et il venait souvent s’asseoir à la boutique de New York et regarder le temps passer », se souvient Nicola Pelly, qui participait hier à une visite de presse de l’exposition.

D’origine britannique, Nicola Pelly a rencontré Harry Parnass alors qu’ils travaillaient tous deux pour l’entreprise québécoise Le Château. « Mais peut-être que les vêtements qu’ils créaient étaient trop avant-gardistes pour la clientèle du Château. Alors, ils ont quitté l’entreprise en 1977 pour fonder Parachute », raconte Alexis Walker, conservatrice adjointe Costume, mode et textiles au Musée McCord.

Emboîtant le pas à la mode new wave, le duo s’inspire d’abord de l’univers futuriste. Le musée présentera d’ailleurs au public le film Montréal New Wave, d’Éric Cimon, qui revient en détail sur cette époque. « Cela met en contexte la condition socio-économique du Montréal de l’époque », poursuit Alexis Walker.

Andy Warhol aimait beaucoup la marque. Et il venait souvent s’asseoir à la boutique de New York et regarder le temps passer.

 

Misant sur l’autonomie créative de l’individu, Parachute propose des pièces à mettre soi-même en valeur. « On voyait en notre clientèle des héros et des héroïnes des temps modernes, des êtres autonomes et en contrôle, luttant contre le conformisme […] », dit Nicola Pelly.

Pendant que le new wave est progressivement récupéré par différentes industries, Pelly et Parnass évoluent vers un univers plus monochromatique. « Mais le processus de design était toujours lié aux observations de ce que les jeunes gens port[ai]ent dans les rues autour du monde », ajoute Alexis Walker.

C’est l’émergence du streetwear, dont l’idéologie continue d’influencer la mode d’aujourd’hui. « Nous pouvions combiner plusieurs éléments de la mode en une seule tenue, et nous voulions que la personne qui la porte l’interprète à son tour », dit Nicola Pelly. En 1985, Parachute habille une vingtaine des stars rock les plus célèbres au monde au concert de Live Aid, à Londres et à Philadelphie. C’est la consécration.

Populaires au Japon

 

Les vêtements de Parachute ont été particulièrement populaires au Japon, où le couple a notamment tiré de nombreuses influences. « Nous étions très inspirés par nos voyages », se souvient Nicola Pelly.

Le nom de Parachute a été choisi par le couple notamment parce que c’était un terme semblable en français et en anglais.

Le travail sur l’exposition Parachute : mode subversive des années 80 a débuté en 2019. De plus, plusieurs entrevues ont pu être réalisées avec Harry Parnass, qui est décédé récemment.

En 1993, l’entreprise Parachute ferme ses portes. Et depuis, Nicola Pelly, qui vit toujours à Montréal, a fait don de ses archives au musée.

L’exposition sera accompagnée de plusieurs événements sur des thèmes touchant la mode et les vêtements, allant de l’appropriation culturelle aux impacts sociaux et artistiques du streetwear.

Pour célébrer les 100 ans du Musée McCord, l’accès y est gratuit jusqu’au 19 janvier 2022.

 

Parachute. Mode subversive des années 80

Au Musée McCord du 19 novembre 2021 au 24 avril 2022

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