Les ligues d’impro remontent sur scène

L’engouement est manifeste du côté de la Ligue d’improvisation montréalaise, notamment, qui n’est même pas encore remontée sur la scène du Lion d’Or.
Photo: Jules Bédard L’engouement est manifeste du côté de la Ligue d’improvisation montréalaise, notamment, qui n’est même pas encore remontée sur la scène du Lion d’Or.

Après des mois de silence imposé par la pandémie, les ligues d’improvisation recommencent à jouer cet automne. Si elles peuvent compter sur le retour du public, plusieurs ont subi les contrecoups de la crise qui a frappé le milieu de la restauration et ont perdu leur scène.

« Ça a été compliqué de trouver un nouvel endroit en pleine pandémie », lance d’emblée Geneviève Morin, membre de La Sprite. Depuis 2018, la ligue d’improvisation jouait chaque mercredi dans le restaurant montréalais Le Coton, sur la Plaza Saint-Hubert. La crise sanitaire a toutefois eu raison de l’établissement, qui a fermé définitivement ses portes en juillet 2020.

Les membres de la ligue ont dû chercher un plan B à travers la métropole, espérant retrouver une salle dans le quartier Rosemont, où ils sont installés depuis plus d’une quinzaine d’années.

« Le problème, c’est qu’on ne pouvait pas commencer les recherches trop tôt et risquer de trouver un endroit qui fermerait avant la reprise. On a donc commencé par faire jouer les contacts, se renseigner sur les bars qui avaient de la place. Autre problème, beaucoup de salles demandent des frais, et nous, comme OBNL, on n’avait pas l’argent pour ça », précise Geneviève Morin, en ne cachant pas avoir craint pour la survie de la ligue.

Par chance, le Broue Pub Brouhaha, au coin de l’avenue De Lorimier et de la rue des Carrières, leur a ouvert ses portes avec « enthousiasme » au début de l’automne, juste à temps pour organiser le recrutement et commencer la saison.

Les Cravates ont connu le même « scénario catastrophe » en novembre 2020. Le bar où ils avaient élu domicile il y a plus de 20 ans, le Ninkasi Simple Malt — aussi situé sur la Plaza Saint-Hubert —, a dû se résoudre à mettre la clé sous la porte, trop affaibli par la pandémie. « Ça a été un choc. La ligue était sur pause, mais c’est quelque chose de perdre d’un coup sa salle », confie Roberto Sierra, membre invétéré de la ligue.

Recherché : un bar d’adoption

Contrairement à La Sprite, Les Cravates ont choisi de prendre leur temps pour trouver un nouveau bar d’adoption. Ils cherchent d’ailleurs encore activement. Depuis la mi-octobre, ils jouent un nombre de matchs réduit à deux par mois et se promènent de salle en salle à travers Montréal. « On teste, on note les pour et les contre, on magasine. On n’avait pas envie de courir partout et de choisir dans l’urgence, on veut vraiment choisir la salle qui nous convient le mieux et s’y installer pour de bon », poursuit Roberto Sierra.

À son avis, la ligue a le gros bout du bâton puisqu’elle offre aux établissements la promesse de dimanches animés et attrayants pour les consommateurs. La concurrence est toutefois forte, comme ils ne sont pas les seuls à chercher. La ligue se donne jusqu’à la fin de l’année pour trouver chaussure à son pied et ainsi entamer la saison d’hiver normalement.

Si elle a pu pour sa part retrouver sans problème les planches du Bar Le Cocktail, où elle jouait avant la pandémie, La Limonade a par contre perdu son public. « La semaine passée, il devait y avoir trois ou quatre personnes dans le public qui n’était pas de la ligue. On se pose beaucoup de questions », admet un des membres, Olivier Goulet-Lafond. Mais à voir le public se presser aux matchs des autres équipes, il croit surtout que cette baisse de fréquentation est due à leur emplacement, le quartier ayant perdu de son éclat depuis la pandémie. « La rue Sainte-Catherine est morte. Il y a plein d’endroits fermés, même le McDo au coin, c’est peu dire. »

Je pense que le public s’est ennuyé de l’impro. Les gens ont besoin de rire à nouveau.

 

La majorité des ligues sondées par Le Devoir ont en effet indiqué être agréablement surprises du « retour massif » du public. « On est plein toutes les semaines, on doit même refuser du monde à la porte, c’est un beau problème », indique François Larouche, de La Sprite. Même son de cloche chez Les Cravates.

Dans la capitale nationale, la Ligue d’improvisation de Québec affiche aussi complet depuis sa reprise en septembre au Palais Montcalm. Souhaitant commencer en douceur pour évaluer la réponse du public, la ligue joue seulement une semaine sur deux cette saison. Voyant l’achalandage lors des matchs, elle envisage de revenir à une représentation hebdomadaire.

Les réservations fusent

 

L’engouement est aussi manifeste du côté de la Ligue d’improvisation montréalaise (LIM), qui n’est pourtant même pas encore remontée sur la scène du Lion d’Or. « On a juste annoncé une date de retour, le 16 janvier, mais le monde appelle déjà pour réserver. Ça promet de bien repartir », explique avec enthousiasme un des joueurs, Mathieu Bouillon.

La Ligue nationale d’improvisation (LNI) constate aussi une certaine impatience du public, considérant la vitesse à laquelle les billets s’écoulent pour ses premiers matchs, en février. Les ventes sont même « meilleures qu’avant la pandémie », selon son directeur artistique, François-Étienne Paré. « Je pense que le public s’est ennuyé de l’impro, dit-il. Les gens ont besoin de rire à nouveau. » 

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