La bonne étoile de Klô Pelgag

Klô Pelgag a marqué hier l’histoire du Gala de l’ADISQ, à tout le moins en égalisant le nombre de six prix dits «artistiques» remportés par Céline Dion dans un même gala.
Photo: Eric Myre Klô Pelgag a marqué hier l’histoire du Gala de l’ADISQ, à tout le moins en égalisant le nombre de six prix dits «artistiques» remportés par Céline Dion dans un même gala.

C’était écrit dans le ciel de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs hier soir : Klô Pelgag allait être sacrée autrice ou compositrice de l’année lors du 43e Gala de l’ADISQ. Le plus prestigieux Félix de la soirée ne lui a pas échappé lors de cette cérémonie qui a fait une belle place à la relève sans oublier les artistes établis. Klô Pelgag a également remporté le prix du Spectacle (en ligne) de l’année pour l’emballant VIVRE (le spectacle spectral), lui permettant de terminer l’exercice avec treize trophées liés à l’album déjà auréolé des Félix Choix de la critique et Album de l’année – alternatif plus tôt cette semaine. Roxane Bruneau et FouKi ont chacun remporté les prix Interprètes de l’année.

Klô Pelgag a tôt fait de laisser sa marque sur la soirée, présentée sur ICI Télé. Après le traditionnel pot-pourri d’ouverture avec David Goudreault, Scott-Pien Picard, CRi et Roxane Bruneau — le tout lié par Angèle Dubeau et la Pietà, ça tenait miraculeusement la route —, elle a offert une performance acrobatique de sa chanson Mélamine, avec costumes extravagants et choristes-danseuses parcourant cette salle Wilfrid-Pelletier que le Gala de l’ADISQ retrouvait, tout comme le public, après avoir été contraint à une édition « confinée » en 2020.

Surtout, Klô Pelgag a marqué hier l’histoire du Gala de l’ADISQ, à tout le moins en égalisant le nombre de six prix dits « artistiques » remportés par Céline Dion dans un même gala, voire en la surpassant d’un si l’on considère celui des Arrangements de l’année, prix partagé avec le compositeur Owen Pallett. Suffit de se repasser l’album Notre-Dame-des-Sept-Douleurs pour se convaincre que ces arrangements, essentiels au climat et à l’esthétique sophistiquée de l’œuvre, constituent un geste artistique, les cordes et cuivres donnant un supplément d’âme à la poésie de l’autrice. Cet album représente le nec plus ultra de la chanson québécoise moderne, ce que l’industrie a reconnu en remettant en tout treize Félix à Klô et ses talentueux collaborateurs.

En remportant les prix Interprète féminine de l’année, un prix déterminé à 50 % par le vote populaire et par celui de l’Académie, et Chanson de l’année (pour À ma manière), Roxane Bruneau a pris racine dans le star-system de la pop québécoise ; ces Félix s’ajoutent à ceux de l’Album de l’année – succès populaire et Album de l’année – pop (pour Acrophobie) récoltés mercredi dernier lors du 1er gala. Une forme de consécration pour la musicienne, à qui on aurait envie de remettre le Félix des remerciements les plus chaleureux de la soirée. Le sympathique rappeur FouKi, nommé deux fois dans la catégorie Album rap de l’année, a quant à lui été sacré Interprète masculin de l’année, son premier Félix en carrière.

Sang neuf

 

La catégorie Révélation de l’année a réservé une agréable surprise en couronnant le compositeur électronique CRi (Christophe Dubé) devant des concurrents évoluant dans des styles traditionnellement mieux accueillis dans l’industrie musicale québécoise, Thierry Larose (rock indie), Comment Debord (funk et rock), Alex Burger (country rock) et Léa Jarry (country pop). “Enfin, on peut danser, crisse!”, a-t-il lâché pour ponctuer son discours durant lequel il a salué le talent des acteurs de la scène électronique québécoise. Plus tôt cette semaine, son album Juvenile lui avait valu le Félix Album de l’année – musique électronique. CRi sera à l’affiche de la soirée du label anglais Anjunadeep le 29 janvier 2022, à l’affiche de l’Igloofest, qui lui aussi revient au calendrier après avoir fait l’impasse l’an dernier.

À sa seconde nomination en autant d’éditions, l’autrice-compositrice-interprète d’origine oji-crie Anachnid a remporté le Félix de l’Artiste autochtone de l’année. Réjouissante, aussi, la victoire du vétéran Connaisseur Ticaso pour son album double Normal de l’Est, dans la catégorie Album de l’année – Rap. Un premier Félix pour lui en presque vingt ans de carrière, mais surtout une reconnaissance qui rejaillit sur tout un pan de la scène hip-hop québécoise faisant de la rue et de ceux qui la fréquentent l’encrier dans lequel ils plongent leur plume crue, authentique et révélatrice. Alex Burger a lui aussi goûté pour la première fois aux joies du gala, remportant le Félix de l’Album de l’année – country pour son album Sweet Montérégie.

Vétérans

 

Sans surprise, mais non sans compétition, les Cowboys Fringants ont remporté le prix du Groupe ou duo de l’année pour une seconde année de suite, devant Bleu Jeans Bleu, 2Frères, Comment Debord et Corridor. Doublé également pour Louis-Jean Cormier, récipiendaire dans la catégorie Album de l’année – adulte contemporain pour Le ciel est au plancher ; l’année dernière, c’était pour l’album Quand la nuit tombe. Alors qu’on souligne le 20e anniversaire de la parution du désormais classique album Rêver mieux, son créateur Daniel Bélanger venait cueillir un 26e Félix en carrière (incluant ceux remis à ses collaborateurs, les cinéastes Lyne Charlebois et Denis Villeneuve !) pour Travelling, Album de l’année – musique instrumentale.

À l’animation du Gala pour une seizième année, l’humoriste Louis-José Houde fut à la hauteur de lui-même, plus bienveillant que baveux, mais capable de diriger quelques flèches en direction de la faune musicale québécoise. Il a touché à l’enjeu de la diversité dans ce milieu majoritairement blanc (qui prend « en charge l’industrie du groove avec si peu de swag dans le sang », a-t-il dit en parlant des jazzmen et rappeurs blancs québécois), pour ensuite remettre le mouvement #MoiAussi au cœur de son monologue d’ouverture.

Après une édition 2020 anormale pour les raisons que l’on connaît, celle-ci s’est déroulée prudemment, dans une salle Wilfrid-Pelletier à moitié pleine, mais ponctuée de performances souvent ravissantes, de l’énergique numéro country avec Guylaine Tanguay et Irving Blais à la caresse pop de Charlotte Cardin, en passant par la magnétique présence de Dominique Fils-Aimé, en compagnie de FouKi et Élage Diouf. Malgré l’abondance d’enjeux sociaux et culturels s’étant présentés depuis le début de la pandémie, peu de récipiendaires ont profité de leur tribune pour offrir leurs vœux d’un monde meilleur. Une impression se dégageait cependant, dans les interventions de l’animateur, la présentation de Vincent Vallières et les remerciements des Cowboys Fringants et Klô Pelgag, entre autres: le bonheur de retrouver enfin le public dans des salles bientôt totalement pleines.

Les gagnants et gagnantes du 43eGala de l’ADISQ

Auteur(e) ou compositeur(trice) de l’année Klô Pelgag pour Notre-Dame-des-Sept-Douleurs

Révélation de l’année CRi

Interprète féminine de l’année Roxane Bruneau

Interprète masculin de l’année FouKi

Groupe ou duo de l’année Les Cowboys Fringants

Artiste autochtone de l’année Anachnid

Spectacle en ligne de l’année – Francophone VIVRE : Le Spectacle spectral, Klô Pelgag

Album de l’année – Rap Normal de l’Est, Connaisseur Ticaso

Album de l’année – Adulte contemporain Le ciel est au plancher, Louis-Jean Cormier

Album de l’année – Country Sweet Montérégie, Alex Burger

Album de l’année – Musique instrumentale Travelling, Daniel Bélanger

Chanson de l’année À ma manière, Roxane Bruneau

 

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