Que vaut l’appui du showbiz en politique?

Plusieurs personnalités publiques du milieu des arts ont donné leur appui à la mairesse Valérie Plante.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs personnalités publiques du milieu des arts ont donné leur appui à la mairesse Valérie Plante.

D’Ariane Moffatt à Anaïs Barbeau-Lavalette, plusieurs artistes connus ont manifesté dans les derniers jours leur soutien à Valérie Plante à l’approche des élections municipales du 7 novembre. Si la mairesse de Montréal voit d’un bon œil ces appuis sur les réseaux sociaux, la portée des célébrités dans les campagnes électorales continue de faire débat. Alors que plusieurs doutent que ces soutiens se matérialisent en votes, d’autres y perçoivent un exemple de bien-pensance susceptible de nuire à un candidat plutôt que de l’aider.

Chose certaine, Dany Turcotte n’est pas de cet avis. L’ancien fou du roi de Tout le monde en parle dit ne pas avoir hésité une seconde avant d’appeler de son propre gré à voter pour Valérie Plante, vantant sa vision pour Montréal par rapport à un « Denis du passé qui tente de s’adapter ».

Un message simple, direct, loin de la grandiloquence de la célèbre déclaration de l’indépendance du Québec écrite par Gilles Vigneault et Marie Laberge en pleine campagne référendaire de 1995 pour appeler les électeurs à voter oui. Mais il reste que Dany Turcotte espère que sa publication puisse donner un petit coup de pouce à Valérie Plante dans cette course extrêmement serrée où tous les sondages placent les deux principaux candidats à la mairie au coude-au-coude.

« Le problème de Valérie Plante, c’est que son électorat est très jeune, et on sait que les jeunes ont tendance à moins voter. Alors je me suis dit qu’en m’affichant, je vais peut-être influencer quelques personnes à y aller. C’est clair que si on fait ça, c’est qu’on pense qu’on peut avoir de l’influence. Sinon, on ne le ferait pas », explique celui qui se targue d’atteindre environ 400 000 personnes sur les réseaux sociaux.

D’autres personnalités ont fait de même au cours de la semaine, notamment les comédiennes Ève Landry et Jessica Barker, la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette, ou encore la chanteuse Ariane Moffatt. A contrario, très peu d’artistes se sont prononcés publiquement en faveur de Denis Coderre.

« Je ne pense pas que ça nuise à Denis Coderre, parce que de toute façon, lui, ce qu’il cherche, c’est plus l’appui des sportifs. Il veut se présenter comme le candidat du sport, des grands événements, pas tant du culturel. Mais pour Valérie Plante, qui craint d’avoir l’air d’une femme trop dure et isolée, c’est relativement important pour son image. Ariane Moffatt, par exemple, c’est une femme forte et fonceuse, et c’est exactement l’image que Mme Plante veut renvoyer », analyse Danielle Pilette, experte en politique municipale et professeure à l’UQAM.

À l’unisson

Des artistes se reconnaissent-ils tout de même davantage en Denis Coderre ? Sans doute, mais oseront-ils pour autant afficher leurs couleurs d’ici la fin de la campagne ?

Traditionnellement, au Québec, les artistes qui acceptaient de se mouiller lors des élections fédérales ou provinciales étaient sur la même longueur d’onde. Longtemps associés au PQ et au Bloc québécois, ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à préférer Québec solidaire ou le NPD. Rares sont ceux cependant qui divergent.

Lors de la dernière campagne électorale au Québec, Chloé Sainte-Marie était à peu près la seule à avoir révélé publiquement soutenir la CAQ, qui a pourtant formé un gouvernement majoritaire à l’issue du scrutin. Et encore, il s’agissait essentiellement pour la veuve de Gilles Carle d’un soutien à la personne de Marguerite Blais et à son projet de « maisons des aînés ».

En France, l’industrie du spectacle est beaucoup moins un bloc monolithique, quoi qu’en disent certains penseurs de droite qui dénoncent régulièrement une doxa de gauche dans le milieu culturel. Charles Aznavour, Gérard Depardieu, Françoise Hardy, Johnny Hallyday ou encore Jean Reno : beaucoup de grandes vedettes populaires ont à un moment ou un autre appuyé le candidat de la droite à la présidence de la République.

« Je pense qu’on a une meilleure compréhension de la droite en France. Au Québec, c’est vu comme quelque chose de péjoratif. Les gens ne vont pas se positionner avec une étiquette qui n’est pas très aimée dans l’espace public. Oui, il y a un phénomène de bien-pensance là-dedans. Il y a cette idée de vouloir se positionner à gauche pour montrer qu’on appartient au clan du bien », croit la politologue Catherine Côté, une professeure de l’Université de Sherbrooke qui a étudié le poids de la droite dans les médias québécois.

Cette fameuse « bien-pensance », le comédien Pierre Gendron dit en avoir déjà été un peu victime, lui qui est l’un des seuls artistes au Québec à n’avoir jamais caché son attachement au fédéralisme canadien. Celui qui a interprété Pierre Elliott Trudeau dans la série René a même prêté sa voix aux publicités du Parti libéral fédéral, alors dirigé par Stéphane Dion, en 2008.

« Ça n’a pas été un très bon move dans ma carrière. De là à dire que je n’ai pas eu de rôle à cause de ça, je ne sais pas. Mais j’ai eu des commentaires. Surtout des gens de mon âge qui ont activement participé aux référendums pour le Oui. Mais chez les plus jeunes, je ne sens pas que c’est un enjeu », confie l’acteur, qui sait ne pas être le seul libéral de la colonie artistique.

On observe le même phénomène au sud de la frontière, où le Tout-Hollywood se range derrière le candidat démocrate à chaque élection présidentielle.

Sous Barack Obama et Hillary Clinton, les vedettes de la musique et du cinéma sont devenues omniprésentes, ce qui a fini par poser problème au Parti démocrate, pense Donald Cuccioletta, expert de la politique américaine.

 

« Ça venait renforcer cette idée que c’était le parti des élites. Mais on a senti durant la campagne l’an passé que Joe Biden donnait beaucoup moins de place à Hollywood durant les rassemblements. C’était de toute évidence une volonté de “reconnecter” avec les classes ouvrières blanches, qui avaient échappé aux démocrates en 2016 », note M. Cuccioletta en soulignant que les célébrités peuvent être une arme à double tranchant pour n’importe quel candidat.

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