La ministre Roy reçoit des opposants à la vente de la Maison Chevalier

La transaction, qui doit faire passer l’immeuble patrimonial classé aux mains d’une filiale du Groupe Tanguay, soulève son lot de critiques depuis qu’elle a été rendue publique.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La transaction, qui doit faire passer l’immeuble patrimonial classé aux mains d’une filiale du Groupe Tanguay, soulève son lot de critiques depuis qu’elle a été rendue publique.

Le milieu du patrimoine tente diverses approches pour empêcher la vente de la Maison Chevalier, dans le Vieux-Québec. La Société historique de Québec (SHQ) est allée au cabinet de la ministre de la Culture, mercredi matin, pour défendre l’importance de l’édifice patrimonial situé près de la place Royale. Par ailleurs, Le Devoir a appris qu’en coulisses, des groupes étudient la possibilité de déposer une injonction pour empêcher la transaction immobilière.

Au cabinet de la ministre Nathalie Roy, le directeur des communications, Maxime Roy, a confirmé la tenue de la discussion avec des représentants de la SHQ et la directrice de cabinet de la ministre, Marie-Josée Lestage. « Une rencontre virtuelle a effectivement eu lieu ce matin, à la demande de la SHQ, qui souhaitait partager son point de vue sur le dossier de la Maison Chevalier. »

Après avoir participé à la discussion, le président de la SHQ, Alex Tremblay-Lamarche, a détaillé : « À nos yeux, deux points sont essentiels : que la Maison Chevalier demeure une propriété de l’État ; et qu’elle demeure accessible au public, les Québécois comme les touristes. On a senti de l’écoute de la part du cabinet, et une volonté de régler le dossier au mieux. »

Régler le dossier au mieux ? « De notre point de vue, poursuit le président de la SHQ, il faut empêcher la vente. » Rappelons que le 25 février 2021, la ministre de la Culture a refusé d’empêcher le Musée de la civilisation de Québec de vendre la Maison Chevalier, construite en 1752, dont l’évaluation municipale est de 2,2 millions de dollars.

Le devoir d’exemplarité de l’État

Un décret gouvernemental publié à la mi-octobre a permis d’apprendre que le Musée avait trouvé un acheteur et qu’il était autorisé à procéder.

La transaction, qui doit faire passer l’immeuble patrimonial classé depuis le 14 mars 1956 aux mains de Gestion 1608, une filiale du Groupe Tanguay, soulève son lot de critiques depuis qu’elle a été rendue publique.

La Fédération Histoire Québec (FHQ), de son côté, « va appuyer autant que possible la SHQ dans toutes ses démarches pour empêcher la vente de la Maison Chevalier, car elles correspondent à notre vision », a souligné son président, Jean-Louis Vallée.

Plutôt que par une rencontre, c’est par une lettre ouverte à la ministre, envoyée le 20 octobre dernier, que la FHQ s’est pour sa part exprimée. « Une vocation culturelle ou éducationnelle est la seule qui sied à un immeuble de cette valeur en ce lieu emblématique », statue la Fédération. « Le devoir d’exemplarité de l’État, une notion incluse dans la loi sur le patrimoine révisée récemment, exige que le ministère trouve des solutions pour qu’il continue de remplir sa mission plutôt que de vendre ce joyau du patrimoine bâti québécois. »

Le Devoir a par ailleurs appris de différentes sources, émanant du milieu muséal ou du patrimoine, que des groupes évaluent actuellement la possibilité de déposer des injonctions afin de contrer la vente de la Maison Chevalier. La transaction pourrait ne pas avoir respecté des règles en droit, mais aussi en éthique de gestion des biens culturels, estiment ces groupes.

L’offre faite en novembre 2020 par Gestion 1608, dont la valeur n’a pas encore été divulguée, devrait être ratifiée à la fin du mois.

La semaine dernière, le président-directeur général du Musée de la civilisation, Stéphan La Roche, s’est défendu d’avoir procédé dans l’opacité pour la vente de l’édifice. M. La Roche a préféré une approche prospective des acheteurs, ce qui lui a valu les foudres des libéraux.

Un acheteur potentiel ignoré

Selon la députée Christine St-Pierre, opposée à la transaction, M. La Roche aurait dû procéder par un appel public de propositions.

Au moins un acheteur potentiel, la Coopérative du Petit-Champlain, s’est plaint d’avoir été ignoré au profit de l’offre du Groupe Tanguay.

Dans une lettre envoyée la semaine dernière à Mme Roy, signée par près de 200 personnalités des milieux de la préservation du patrimoine et de l’histoire, la SHQ a demandé au gouvernement de donner au Musée de la civilisation un budget annuel et récurrent « pour mettre en valeur ce joyau de notre patrimoine, qu’il soit de nouveau accessible et, surtout, qu’il demeure la propriété de l’ensemble des Québécois ».

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