La vente de la Maison Chevalier soulève critiques et questions

Lorsque ce sera chose faite, cette vaste maison construite en 1752 devrait servir de siège social à la filiale immobilière du groupe, a d’ores et déjà annoncé la famille Tanguay.
Photo: Wilfredor Creative Commons Lorsque ce sera chose faite, cette vaste maison construite en 1752 devrait servir de siège social à la filiale immobilière du groupe, a d’ores et déjà annoncé la famille Tanguay.

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, essuie une pluie de critiques après avoir approuvé le rachat par la famille Tanguay de la Maison Chevalier, dernière construction patrimoniale qui était encore ouverte aux visiteurs sur la place Royale, dans le Vieux-Québec. Une transaction controversée qui survient au moment même où le Musée de la civilisation, jusque-là propriétaire de ce bâtiment historique, présente une exposition dont le principal commanditaire n’est nul autre que le détaillant de meubles du même nom.

Ameublements Tanguay a en effet largement soutenu la dernière exposition du Musée de la civilisation de Québec, Générosité. Droit au cœur, qui porte sur la philanthropie. Questionné par Le Devoir sur une possible apparence de conflit d’intérêts, le musée s’est fermement défendu d’avoir favorisé le Groupe Tanguay, précisant que l’offre d’achat des promoteurs a été déposée avant que le projet d’exposition ne soit en branle.

« La proposition du Groupe Tanguay date de la fin 2020, donc bien avant l’entente dans le cadre de Générosité. Droit au cœur », peut-on aussi lire dans un courriel transmis vendredi par l’établissement.

Gestion 1608, l’un des bras immobiliers de la famille Tanguay, a effectivement mis la main sur la Maison Chevalier pour un montant avoisinant sa valeur. Cette dernière s’élève à 2,2 millions de dollars et des poussières, d’après le rôle d’évaluation foncière de la ville de Québec. Le montant exact ne sera divulgué que lorsque la transaction sera officiellement scellée, rapporte-t-on.

 
2,2 millions
C’est la valeur de la Maison Chevalier, telle qu’évaluée par la Ville de Québec. Le montant exact de la transaction n’a pas encore été divulgué.

Lorsque ce sera chose faite, cette vaste maison construite en 1752 devrait servir de siège social à la filiale immobilière du groupe, a d’ores et déjà annoncé la famille Tanguay, qui s’attend à pouvoir y accueillir une quarantaine d’employés. Soumise à différentes réglementations, la maison gardera forcément son aspect patrimonial, ont tenu à rassurer les nouveaux propriétaires.

« On est en devoir de le faire. On est des citoyens d’affaires modèles, qui sont amoureux de [leur] ville. Ça faisait longtemps qu’on voulait avoir un pied-à-terre dans notre ville, et quand l’occasion d’acquérir la Maison Chevalier s’est présentée, on l’a saisie », insiste Alexandre Tanguay, président de Gestion 1608.

La députée libérale Christine St-Pierre ne doute pas de la bonne foi des Tanguay, mais critique vertement celle de la ministre de la Culture. Rappelons que cette dernière a le pouvoir, en vertu de la loi, de bloquer la vente des immeubles classés patrimoniaux, comme la Maison Chevalier.

« Le Groupe Tanguay est très noble et a une bonne réputation, mais ça reste une entreprise privée, tonne Christine St-Pierre. Ça appartenait aux Québécois, et là, ça n’appartient plus qu’à un seul Québécois. On ne sait pas si dans 60 ans, le Groupe Tanguay va être vendu à des promoteurs asiatiques qui ne respecteront pas les règles. »

Trop vieille pour des expositions

Le Musée de la civilisation affirme avoir amorcé des démarches pour se départir de la Maison Chevalier dès 2018, une information ignorée par plusieurs, d’où l’étonnement suscité cette semaine par la vente à un promoteur privé. Le musée motive sa décision en faisant valoir que la vieille maison était trop désuète pour héberger des expositions, notamment parce que les personnes à mobilité réduite ne pouvaient y avoir accès.

« C’est très surprenant comme décision, car elle survient alors que le gouvernement Legault a clairement signifié son intention de préserver le patrimoine », rétorque le président de la Société historique de Québec, Alex Tremblay-Lamarche, en faisant allusion aux différents Espaces bleus qui seront aménagés dans des sites patrimoniaux ne répondant pas non plus aux normes actuelles.

Vilipendée par certains, la ministre Roy affirme être victime d’une « campagne de désinformation » menée par le Parti libéral dans ce dossier.

« Nous saluons le fait qu’une entreprise québécoise respectée ait acquis ce bâtiment patrimonial pour l’occuper, en prendre soin et en assurer la pérennité, dans le respect le plus strict de la Loi sur le patrimoine culturel. Le Groupe Tanguay a lui-même dit dans de récentes entrevues qu’il n’a aucune intention de demander un changement de zonage ou de vocation », a-t-elle spécifié dans une déclaration officielle.

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