Maka Kotto soumet sa candidature une deuxième fois pour diriger le CMADQ

L’ex-ministre péquiste s’était retrouvé au centre d’allégations de favoritisme lors d’un premier appel de candidatures
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’ex-ministre péquiste s’était retrouvé au centre d’allégations de favoritisme lors d’un premier appel de candidatures

L’ex-ministre péquiste Maka Kotto a soumis une nouvelle fois sa candidature au poste de directeur général du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec (CMADQ), à la suite d’un premier processus avorté où son nom était au centre d’allégations de favoritisme.

M. Kotto espère toujours être choisi pour diriger ce réseau de neuf établissements d’enseignement. « Le processus est reparti, j’ai déposé ma candidature », a-t-il confirmé au Devoir.

Publié sur un site Internet du gouvernement, le nouvel appel de candidatures contient des modifications.

Une nouvelle exigence correspond notamment à une proposition faite par M. Kotto lors du premier processus de sélection, au printemps, au terme duquel sa candidature avait été écartée.

Alors que l’appel de candidatures initial n’en faisait pas mention, le plus récent souligne que le candidat retenu devra « contribuer activement au développement du conservatoire et effectuer toute démarche de nature à accroître sa visibilité et son rayonnement au Québec, au Canada et à l’international ».

Aux administrateurs chargés du premier processus de sélection, M. Kotto avait décrit son ambition de faire rayonner le CMADQ au-delà des frontières. Cette proposition avait mené à son exclusion de la sélection finale. Les administrateurs jugeaient qu’elle ne correspondait pas aux critères prioritaires, notamment parce que les budgets de l’établissement étaient insuffisants pour accueillir des étudiants étrangers.

Il avait également été relevé que M. Kotto n’avait pas assez d’expérience pour gérer « une maison d’enseignement ».

Le premier affichage de poste exigeait un diplôme universitaire de 2e cycle en gestion ou en administration ou un diplôme d’études supérieures en arts d’interprétation. Cette exigence a été revue à la baisse. Le prochain directeur général n’aura minimalement qu’à détenir « un diplôme universitaire dont l’obtention requiert un minimum de 90 crédits (baccalauréat) dans une discipline pertinente ».

En entrevue, M. Kotto a assuré qu’il a « l’équivalent » d’une maîtrise.

Un ex-membre du conseil d’administration, en poste lors du premier processus de sélection au printemps dernier, a relevé que l’ajout du rayonnement international et l’abaissement du seuil de scolarité dans les critères du plus récent appel de candidatures vont dans le sens des pressions exercées en faveur de M. Kotto par le cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy.

« Quand on réduit des critères et qu’on ouvre des critères qui correspondent plus à quelqu’un, c’est difficile de penser qu’on n’essaie pas de faire passer une candidature en particulier », a expliqué au Devoir cet ex-administrateur, à la condition que son anonymat soit préservé.

Pressions politiques

Les pressions politiques exercées sur le conseil d’administration du CMADQ ont fait dérailler le premier processus de sélection.

En juin, le mandat de la présidente du CA, Marie-France Maheu, n’a pas été renouvelé. Elle a été remplacée par Monique Leroux. En entrant en fonction, début juillet, Mme Leroux avait prévenu le CA qu’une nouvelle pondération des critères de sélection des candidats serait établie.

Quatre administrateurs ont ensuite démissionné pour se dissocier de cette opération.

Dans sa lettre de démission, datée du 12 août, l’avocate Annie Pagé expliquait que le premier processus de sélection des deux finalistes, qui a pris fin en avril, « avait été rigoureux et effectué dans les règles de l’art ».

« Je ne vois aucunement le bien-fondé pour le conservatoire de poursuivre le processus de sélection », écrivait-elle à Mme Leroux.

Mme Pagé insistait sur l’importance de « préserver l’indépendance du conseil d’administration dans les responsabilités qui lui sont légalement dévolues ».

« Il est peu probable que le processus qui sera repris en vue de recommander une candidature qui “puisse porter la vision d’avenir du conservatoire et assurer son positionnement stratégique”, tel qu’énoncé dans la résolution du 5 juillet, soit aligné sur les besoins actuels du conservatoire pour sa direction générale », ajoutait-elle.

« Fantasmes »

M. Kotto a déclaré qu’il n’avait pas relevé l’apparition du nouveau critère visant le rayonnement à l’international dans le deuxième appel de candidatures, auquel il a répondu avant l’échéance fixée au 22 octobre.

« Ce n’est pas moi qui détermine les critères, a-t-il dit. Dans mon esprit à moi [d’ancien ministre], c’était déjà quelque chose qui était envisagé. Mais ça ne me surprend pas que ce soit là. Je ne sais pas, je n’ai pas lu ça en détail. »

M. Kotto a qualifié de « fantasmes » les allégations de favoritisme et de nomination partisane qui ont circulé cet été après les démissions des administrateurs du CMADQ.

« Je n’ai jamais été caquiste, je ne suis pas membre de la CAQ [Coalition avenir Québec], et on parlait de nomination partisane », a-t-il nuancé.

M. Kotto a été ministre de la Culture dans le dernier gouvernement du Parti québécois, de 2012 à 2014. À ce titre, il était responsable du CMADQ.

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