Pierre-Yves Roy-Desmarais adore les «jokes» (et en fait de très bonnes)

Pierre-Yves Roy-Desmarais est à l’évidence davantage un héritier de certaines figures majeures de l’humour absurde, comme les Chick’n Swell (voire Les Trois Accords), que de n’importe quelle grande star du rire québécois.
Photo: Michel Grenier Pierre-Yves Roy-Desmarais est à l’évidence davantage un héritier de certaines figures majeures de l’humour absurde, comme les Chick’n Swell (voire Les Trois Accords), que de n’importe quelle grande star du rire québécois.

Si l’on se fie à ce que Pierre-Yves Roy-Desmarais promet en lever de rideau, son premier spectacle comprend 312 blagues (dont une sur les assaisonnements, précise-t-il). Le critique ne les a pas comptées lui-même, mais à vue de nez, au terme de la première médiatique de Jokes Chapeau Maman Magie Piano, qui avait lieu mercredi soir à l’Olympia, le dénombrement ne semble pas exagéré. « J’aime ça, les jokes. J’adore les jokes », répètera-t-il comme un leitmotiv tout au long de la soirée menée la pédale au plancher, comme s’il avait du Red Bull à la place du sang. Plus que jamais, Pierre-Yves Roy-Desmarais est l’équivalent humain de l’avance rapide.

Révélé au grand public grâce à ses ritournelles comiques sur musique 8-bit (Ça va mal) mises en ligne sur les réseaux sociaux à partir du premier été de pandémie, l’humoriste de 27 ans enfile pendant un peu plus d’une heure, sans discontinuer, de nouvelles chansons de ce genre, des moments faussement dramatiques au piano et de brefs monologues au micro. Sorte de métaspectacle d’humour, Jokes Chapeau Maman Magie Piano alterne entre d’authentiques bonnes blagues et d’autres volontairement mauvaises, ou exagérément formulatiques, dont son auteur met en exergue la banalité en les sur-riant lui-même, en en expliquant inutilement la mécanique (« Avez-vous compris, c’est ça, la joke ? »), ou en fendant l’air de nombreux coups de poing et de pied, comme un receveur qui célébrerait après un touché.

Approche maximaliste

Malgré sa présence sur plusieurs tribunes populaires (notamment sur les ondes de Rouge FM), Pierre-Yves Roy-Desmarais est à l’évidence davantage un héritier de certaines figures majeures de l’humour absurde, comme les Chick’n Swell (voire Les Trois Accords), que de n’importe quelle grande star du rire québécois. Après à peine vingt minutes de spectacle, l’humoriste sort de scène, puis y revient avec un chapeau sur la tête (celui du titre), avec lequel il déambule pendant quelques instants… C’est à peu près ça, le gag, et ça fonctionne pourtant très bien, sans doute parce que Pierre-Yves Roy-Desmarais a à ce moment précis quelque chose de fou dans l’œil qui suffit à provoquer l’hilarité.

 
Photo: Michel Grenier L’humoriste de 27 ans enfile pendant un peu plus d’une heure, sans discontinuer, de nouvelles chansons, des moments faussement dramatiques au piano et de brefs monologues au micro.

Ce premier tour de piste a ainsi, étonnement, beaucoup en commun avec Les dalmatiens sont énormes en campagne, de Yannick De Martino, qui déconstruisait lui aussi les conventions d’un premier spectacle d’humour. Différence non négligeable : là où ce dernier frôle parfois la neurasthénie, Pierre-Yves Roy-Desmarais investit la scène de manière maximaliste, en utilisant tous les outils du coffre : échanges avec le public, anecdotes, musique, comique physique, contorsions faciales, voix loufoques, imitation d’un shih tzu. Sa capacité à faire rire grâce aux choses simples, comme de marcher avec la dégaine outrancièrement débonnaire d’un crooner, ou en replaçant son chandail à l’intérieur de son pantalon, confère une fluidité à ce qui pourrait autrement ressembler à un patchwork schizophrénique.

Épatante virtuosité

Bien conscient que les émissions pour enfants et ados auxquelles il a participé en ont fait un chouchou des jeunes, l’humoriste leur adresse une chanson, après avoir sondé le public afin d’y trouver son cadet (c’était mercredi une cadette, Dali, huit ans, qui se souviendra longtemps de sa soirée). Le point d’orgue du spectacle consiste en un jubilatoire numéro durant lequel Roy-Desmarais se plie aux suggestions de ses tantes, qui lui répètent sans cesse qu’il devrait prendre en note leurs histoires farfelues (mais en réalité insignifiantes), afin de les raconter sur scène. Elles le regretteront, mais pas nous.

De quoi ce spectacle parle-t-il ? Son propos demeure mince, à l’exception d’une chanson raillant le discours réactionnaire de ceux selon qui, comme le veut désormais l’assommante formule consacrée, « on ne peut plus rien dire ». S’il se dévoile peu, Pierre-Yves Roy-Desmarais a au moins le mérite de ne pas dire d’âneries — il se paie d’ailleurs la gueule de ses collègues qui se plaisent trop souvent à dépeindre leurs blondes comme des sottes finies.

Jokes Chapeau Maman Magie Piano ressemble en ce sens au récital d’un virtuose qui époustoufle, et qui aura bien le temps plus tard d’injecter davantage de substance à sa proposition. « J’adore les jokes », clamait à nouveau PYRD à la fin de ce spectacle, sa lettre d’amour au pouvoir magique de l’humour.

Jokes Chapeau Maman Magie Piano

En tournée partout au Québec.

À voir en vidéo