Le Conseil québécois du théâtre exprime son malaise après une «bourde» de la ministre Roy

Les dirigeants du CQT ont écrit mardi à Nathalie Roy pour exprimer l’inconfort provoqué par ses propos erronés prononcés au Salon bleu jeudi.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les dirigeants du CQT ont écrit mardi à Nathalie Roy pour exprimer l’inconfort provoqué par ses propos erronés prononcés au Salon bleu jeudi.

Le Conseil québécois du théâtre (CQT) affirme que la ministre de la Culture Nathalie Roy a fait « une bourde » en déclarant avoir suspendu à sa demande les travaux sur une réforme.

Les dirigeants du CQT ont d’ailleurs écrit mardi à Mme Roy pour exprimer l’inconfort provoqué par ses propos erronés prononcés au Salon bleu jeudi.

« Le CQT souhaite vous exprimer son malaise concernant votre intervention à l’Assemblée nationale », écrivent la directrice générale Catherine Léger-Voyer et la présidente Anne Trudel.

Elles ont fait référence à une réponse de Mme Roy à la députée libérale Christine Saint-Pierre qui la pressait de donner suite à son engagement de déposer un projet de loi révisant le statut de l’artiste.

En entrevue au Devoir, Mme Voyer-Léger a assuré que le CQT n’a jamais réclamé la suspension des travaux dans ce dossier, contrairement à ce que la ministre a déclaré en Chambre.

« Il y a une bourde de la ministre, c’est sûr », a-t-elle dit.

La seule demande formulée par le CQT était pour obtenir plus de temps afin de soumettre ses propositions de révision des lois sur le statut de l’artiste.

« Je ne sais pas pourquoi on s’est retrouvé dans son esprit, je ne sais pas d’où vient la confusion », a affirmé Mme Voyer-Léger.

Jeudi dernier, Mme Roy a pourtant affirmé sans équivoque que les délais dans les travaux étaient attribuables à une suspension des travaux demandée par le CQT, un organisme qui regroupe les praticiens et les organismes de théâtre professionnel du Québec.

« C’est à la demande du Conseil québécois du théâtre que nous avons dû suspendre les travaux », a-t-elle déclaré en Chambre, en citant aussi les délais causés par la pandémie.

Un report

Au cabinet de Mme Roy, l’attachée de presse Catherine Gouin a affirmé qu’un représentant du CQT a participé à une réunion téléphonique avec la ministre, en mars 2020, où les organismes ont demandé le report des consultations sur la révision des lois en raison de la pandémie.

« Cette demande de report, qui faisait consensus au sein du milieu culturel, a quelque peu surpris la ministre Roy, mais elle y a agréé », a indiqué l’attachée, sans affirmer que la demande était unanime.

Mme Gouin a ajouté qu’une rencontre, prévue depuis deux semaines, doit avoir lieu ce jeudi entre Mme Roy et le CQT.

« Elle espère avoir des discussions constructives avec le CQT à cette occasion-là », a-t-elle précisé.

De son côté, Mme Voyer-Léger a confirmé que Mme Roy n’a pas encore répondu à sa lettre.

« J’ai supposé qu’ils ne nous ont pas répondu parce qu’ils vont attendre de nous en parler à ce moment-là », a-t-elle dit.

La lettre a également été envoyée aux partis de l’opposition. Les péquistes et les libéraux l’ont diffusée mercredi sur les réseaux sociaux.

« Je n’avais jamais vu ce genre de communication politique à venir jusqu’ici », a affirmé Mme Voyer-Léger.

De son côté, Mme Saint-Pierre a commenté la lettre du CQT.

« C’est une ministre qui a induit la Chambre en erreur, a-t-elle écrit sur son fil Twitter en diffusant la lettre. Elle se moque du milieu culturel. »

Dans le passé l’Assemblée nationale a eu à se pencher à deux reprises sur la possibilité qu’un ministre ait commis un outrage au Parlement après avoir induit la Chambre en erreur. À ces deux occasions la présidence a rejeté les plaintes à ce sujet.

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