Des histoires de cirque s'invitent au musée

Afin de rassembler le plus d’objets possible pour l’exposition «Place au cirque», le musée est allé cogner aux portes des familles descendantes des artistes.
Photo: Romain Guilbault Pointe-à-Callière, Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal Afin de rassembler le plus d’objets possible pour l’exposition «Place au cirque», le musée est allé cogner aux portes des familles descendantes des artistes.

Derrière les paillettes et les artifices, derrière l’exaltation éphémère d’un spectacle ou l’euphorie des tournées, le monde du cirque a des racines profondes. Et au Québec, bien avant que le Cirque Éloize ou le Cirque du Soleil fassent tourner les têtes à travers le monde, les hommes forts, unicyclistes, acrobates et autres artistes circassiens faisaient la joie des amateurs en se produisant dans les parcs et les foires agricoles.

C’est ce passé pas si récent du cirque, au Québec, mais aussi en Europe et aux États-Unis, que l’exposition Place au cirque, présentée au musée Pointe-à-Callière, a choisi d’explorer, par des artefacts, des photos et des textes.

Un patrimoine disséminé

Le patrimoine circassien, pourtant, n’est pas si facile à retracer, rappelait Pascal Jacob, l’un des collectionneurs prêteurs de l’exposition, qui enseigne aussi l’histoire du cirque à l’École nationale de cirque. Prises dans le tourbillon des tournées, tenues de voyager avec le moins de bagages possible, les compagnies de cirque ont souvent disséminé les objets liés à leurs performances au fil de leur route.

« Les costumes sont souvent utilisés au maximum, puis lorsqu’ils sont trop usés, on va découdre une broderie pour la coudre sur un autre costume, par exemple », raconte Pascal Jacob, qui compte tout de même une collection de 15 000 objets, dont une trentaine seulement sont exposés à Pointe-à-Callière.

Pour assembler la collection québécoise, que l’on trouve au deuxième étage de l’établissement, on a dû solliciter les familles descendantes des artistes afin d’en récolter la mémoire oubliée. « On est allés cogner à la porte des familles. Bonjour, avez-vous des objets ? Les gens connaissaient l’histoire de leur famille », raconte la directrice de Pointe-à-Callière, Anne Élisabeth Thibault.

Car c’est dès le XVIIIe siècle que le cirque se manifeste au Québec, « on dit même alors qu’il vide les théâtres montréalais », lit-on dans l’exposition. Les premiers spectacles sont présentés ici par l’écuyer anglais John Bill Ricketts, qui, en 1797, mêle voltige à cheval et art clownesque. Au XIXe siècle, des spectacles sont présentés par des familles québécoises, qui anglicisent ou italianisent volontairement leur nom, aux parcs Sohmer, Dominion et Belmont et dans les foires agricoles. L’exposition nous fait découvrir les Harland Brothers, Pierre Delorme et Charles Leroux, la troupe Adriano formée d’Adrien Tremblay, ses sœurs Simone et Thérèse ainsi que ses enfants, ou la compagnie des Flying Marinos, que l’homme fort Oscar Marineau présente avec ses enfants.

Le géant momifié

C’est à cette époque que le cirque américain Barnum Bailey, qui s’associe avec le cirque Ringling Bros., vient révolutionner le monde du cirque un peu partout sur la planète. « Le plus grand cirque du monde » se déplace de ville en ville en train, avec des tonnes et des tonnes de matériel, et une seule représentation de son concept de cirque à trois pistes peut attirer jusqu’à 10 000 personnes, raconte Pascal Jacob. Connu à travers le monde, le cirque Barnum Bailey emploiera plusieurs Canadiens, dont le Québécois virtuose du vélo Léon DuPerré, mais aussi Édouard Beaupré, surnommé le « géant Beaupré », qui, avec ses 2,52 mètres de haut, est « le plus grand Canadien de tous les temps, et dont on peut évaluer la chaussure et le chapeau ». Mort à 23 ans en 1904, il sera ensuite momifié, et demeurera un personnage de foire, jusqu’à ce que sa famille le rapatrie et l’inhume dans son village natal de Saskatchewan, en 1990.

Ce n’est que dans les années 1970 et 1980 que la perspective d’une carrière professionnelle d’artiste circassien au Québec se dessine, notamment par la télévision, où l’on découvre entre autres les personnages de Sol et Gobelet, de Marc Favreau et de Luc Durand, ou de Piccolo, de Paul Buissonneau.

Au rez-de-chaussée du musée, c’est l’histoire du cirque moderne qui se déploie. « Il fallait retourner dans nos racines, celle du cirque européen et américain », dit Anne Élisabeth Thibault.

Plusieurs des artefacts du cirque québécois sont présentés pour la première fois. Et c’est aussi souvent la première fois qu’ils font partie d’une collection. Le musée publie le catalogue Place au cirque, qui relate pour la première fois l’histoire du cirque au Québec.

 

Place au cirque!

Au musée Pointe-à-Callière, jusqu’au 6 mars 2022

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