Dispersion d’une collection d’objets autochtones

Un tikinagan datant de 1903,  en excellent état.
Enchères Champagne Un tikinagan datant de 1903, en excellent état.

Une maison de vente aux enchères de Montréal propose mardi à la vente publique de rares objets autochtones et des objets de parure produits dans le cadre du commerce des fourrures qui font partie de la collection du Musée du Séminaire de Sherbrooke.

Cette vente, tenue sous les auspices de la maison Enchères Champagne, propose un tikinagan, un porte-bébé autochtone, qui date de 1903. Il est dans une « merveilleuse condition », indique la maison de vente aux enchères. Devant l’intérêt de certains musées et de grands collectionneurs, cet objet pourrait être cédé entre 3000 $ et 5000 $. Il se trouvait dans la collection du Séminaire au moins depuis les années 1950.

La vente comporte surtout plusieurs objets de parure destinés à la traite de fourrures. Montréal était le centre de la production de ces objets de troc grâce auxquels les barons de la fourrure négociaient de précieuses pelleteries. Ils s’approvisionnaient à cette fin chez différents orfèvres dont le commerce tenait largement à cette production. Leurs ateliers ont produit des bandeaux, de brassards, des hausse-cols qui imitaient ceux des officiers britanniques, des broches, des bracelets. « Tous ces objets sont bien représentés dans la collection du Séminaire de Sherbrooke », commente le collectionneur Serge Joyal. L’ancien sénateur a doté plusieurs musées québécois d’objets de ce type en faisant don des siens au fil du temps. « Ils n’apparaissent que rarement à la vente. Plusieurs chefs autochtones se faisaient enterrer avec les leurs. Si bien que la plupart sont aujourd’hui disparus. »

La vente propose plusieurs pièces de traite fabriquées par Charles Arnoldi, orfèvre à Montréal de 1779 à 1817. Ses croix et ses diverses représentations de métal servaient aussi de monnaie d’échange, au bénéfice de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de la Compagnie du Nord Ouest. Plusieurs pièces de ces orfèvres se trouvent dans les musées. Leur valeur est immense, mais leur prix est difficile à évaluer, affirme la maison Champagne.

L’intérêt du marché

Parmi les objets qui furent longtemps admirés sous des présentoirs de bois par des générations d’étudiants ainsi que par un vaste public, on trouve par ailleurs un casse-tête de plus d’un mètre de long, rehaussé de perles de couleur et d’une terminaison en poil animal, sans doute du bison. L’objet, comme plusieurs autres, appartient à l’univers de la culture des Autochtones des plaines de l’Ouest. On trouve parmi ces objets de la collection du musée du Séminaire de fortes traces de l’influence et de la vie métisse dans cette contrée.

Pendant des décennies, le musée du Séminaire Saint-Charles-Borromée, nom qu’on lui donnait, a occupé les trois derniers étages de la partie centrale de son édifice historique situé rue Marquette à Sherbrooke, à deux pas de la cathédrale.

L’importante collection de numismatique appartenant à cet établissement qui a fermé ses portes au tournant du millénaire a rapporté gros à ses propriétaires, affirme Catherine Lefrançois, directrice des événements aux Enchères Champagne. « Nous avons eu trois ou quatre ventes avec des objets du musée du Séminaire. Et il en reste d’autres à venir. » La collection d’histoire naturelle a pour sa part constitué le gros de la collection qu’expose désormais, à quelques pas du Séminaire, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke.

Comment cette institution en est-elle venue à se défaire d’objets pareils ? « On les a guidés, affirme Catherine Lefrançois. On leur dit ce qui est le plus intéressant pour le marché. Après, les pièces sont soumises à un comité, de leur côté. »

C’est la maison des enchères qui a décidé de répartir les ventes à diverses occasions. « Leur collection numismatique a rapporté beaucoup d’argent. Ce n’est pas leur choix de vendre en plusieurs occasions. Nous regroupons des objets qui nous semblent pouvoir aller ensemble. Il reste encore une partie de leur collection pour d’autres ventes à venir. » Le Séminaire de Sherbrooke n’a pas rappelé Le Devoir visant à en savoir davantage.

Depuis la Nouvelle-France

« Le Musée du Séminaire possédait une sélection presque complète de tous les orfèvres de la traite, dont ceux dePierre Huguet dit Latour, et ceux encore de plusieurs orfèvres écossais qui approvisionnaient, année après année, les puissants barons de la fourrure », poursuit Serge Joyal. Ces pièces en argent ont été fabriquées aussi longtemps qu’a existé ce commerce, c’est-à-dire pendant pratiquement deux siècles. « Elles vont des origines de la Nouvelle-France jusqu’au milieu du XIXe siècle. »

« Pourquoi est-ce que tous ces objets ne se retrouvent pas en bloc dans un autre musée ? interroge M. Joyal. Je ne comprends pas qu’en 2021, on se trouve encore, comme dans les années 1960, à regarder des institutions d’enseignement être démembrées, sans rien dire, sans prendre conscience de l’histoire qu’elles portent, comme si ça n’avait aucune importance. »

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