Démocratiser l’art hier, aujourd’hui et demain

Les ambassadeurs Normand Brathwaite et Lydia Bouchard, en compagnie du parrain de l'activité «J'aime les mots» qui se déroulera dans les écoles secondaires, Guillaume Lambert (à gauche)
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les ambassadeurs Normand Brathwaite et Lydia Bouchard, en compagnie du parrain de l'activité «J'aime les mots» qui se déroulera dans les écoles secondaires, Guillaume Lambert (à gauche)

La gratuité des Journées de la culture, 25 ans après leur création, reste exceptionnelle dans l’écosystème québécois. « On n’est pas dans la mise en marché de l’art, on est vraiment dans l’accès à l’art et dans la démocratisation », affirme l’une des ambassadrices de cette 25e édition, Lydia Bouchard. Pendant ces trois jours, « peu importe d’où tu viens, si ta famille t’y amène ou ne t’y amène pas, tu as le pouvoir et la liberté d’aller voir de l’art », indique celle qui occupe l’un des fauteuils de juges à l’émission de danse Révolution

La danseuse, chorégraphe et metteuse en scène rappelle que ces journées aident les gens à se « défaire du carcan ou de l’idée que la culture, c’est juste aimer l’opéra, le ballet, le théâtre ou les musées ». Pour l’artiste polyvalente, la culture, c’est surtout chez soi qu’on la trouve, dans « la façon qu’on a de se chanter des chansons le soir. C’est la façon qu’on a de se raconter nos histoires, nos jokes aussi ! »

À ses côtés, Guillaume Lambert, qui parraine l’activité « J’aime les mots », enchaîne sur cette idée que la culture se trouve dans nos maisons. « On l’a vu pendant la pandémie. On avait besoin de la culture alors que l’on était confinés dans nos salons. La culture a trouvé un moyen de s’y faufiler et d’être accessible et abordable. »

Selon le comédien, le numérique a joué un rôle important dans la sphère culturelle, engendrant le changement le plus marquant des dernières décennies. Il en donne des exemple : « la démocratisation de la pellicule au cinéma, l’accessibilité de la musique sur les plateformes de grande écoute, les réseaux sociaux, le fait de découvrir un artiste grâce à quelqu’un qu’on connaissait peut-être à un moment donné dans une autre vie », entre autres.

L’envers du décor

La démocratisation de la culture vient toutefois avec un coût. Selon Normand Brathwaite, lui aussi ambassadeur de l’événement, le financement manque cruellement dans le milieu, ce qui a pour conséquence de réduire le temps de création, explique l’animateur, qui se rappelle ses premiers plateaux où la pression n’était pas la même. « Lorsque j’ai joué dans Chez Denise, il me semble qu’on avait du temps », dit-il, en se commémorant cette série télévisée des années 1980. Lydia Bouchard confirme que le manque de financement est un fléau. « On ne demande pas la charité. C’est une industrie lucrative, mais il faut lui donner du temps. Les équipes sont fatiguées, elles sont brûlées. »

« On l’a vu avec la pandémie : les [créateurs ont été les] premiers arrêtés et les derniers à repartir, dit Guillaume Lambert. Souvent, les gens ont plusieurs boulots pour avoir un salaire décent. »

Et encore là, ça ne suffit pas toujours. « Pendant la pandémie, il y a des gens que je connais qui ont perdu leur maison », mentionne Normand Brathwaite. « Et pas des petits noms. Des gens qui sont là depuis des années. Des gens dont le nom vaut quelque chose », ajoute-t-il le visage bas.

Cette précarité se pose comme problème primordial dans l’industrie, conjointement à la détresse psychologique. Selon une étude parue en mars 2021 et menée par sept associations du domaine des arts et de la culture, 43 % des 2117 répondants présentaient des symptômes de dépression majeure au cours de la dernière année. De ce nombre, 1 artisan sur 10 a indiqué avoir eu des pensées suicidaires.

« On vit des choses très difficiles de ce côté-là. Il y a une grande vague de suicides dans le milieu des arts », raconte Lydia Bouchard. Elle poursuit en indiquant que « c’est sans filet ». « C’est l’un des métiers les plus précaires. Tu ne sais pas si demain matin, tout va s’arrêter. »

Des solutions existent pourtant, fait-elle valoir, comme les résidences de création européennes qui donnent du temps aux artistes ou encore la sécurité du spectacle, qui soutient financièrement les artisans du domaine.

Amour et temps

Reste que le Québec a fait des bonds de géant en matière de diversité, de représentativité et de parité dans les productions culturelles. « On n’est pas rendus au bout, mais il y a vraiment un immense travail qui se fait, ajoute-t-elle. Les femmes prennent de nouveaux rôles. » En ce qui concerne les femmes, « c’est vrai », confirme Normand Brathwaite. « Ça fait 41 ans que je fais ça et, au début, en musique surtout, les filles… » Ce à quoi Guillaume Lambert ajoute promptement : « Ben oui, qu’est-ce qu’on a attendu pour leur donner une voix ? »

Et Lydia Bouchard de surenchérir : « Avant, les artistes femmes, elles produisaient quand même. C’est juste qu’elles écrivaient des symphonies et les donnaient aux hommes pour qu’ils les signent. On était là, c’est juste que personne ne le savait. Tandis que là, on est au-devant de la scène. » Cette nouvelle diversité augure bien, selon Guillaume Lambert, qui estime que la culture des prochaines années sera « foisonnante et diversifiée » ou ne sera pas.

Lydia Bouchard est d’accord, pourvu qu’on donne à la culture les ressources nécessaires pour s’épanouir. « Les idées, la créativité, ça a une valeur. Et c’est très difficile de la calculer en heures de travail de 9 à 5. Il faut donner à l’art de l’amour et du temps, et ça va irradier », conclut-elle.

 

Nos suggestions d’activités pour l’événement

Sur le thème du voyage dans le temps et afin de célébrer ses noces d’argent avec les Québécois, les Journées de la culture proposent des centaines d’activités en ligne comme en personne du 24 au 26 septembre, parmi lesquelles on retient ce trio.

J’aime les mots Animée par Guillaume Lambert, l’activité invite les étudiants à créer des mèmes liés à l’actualité. Ceux-ci seront commentés par le comédien en octobre.

MAPP_TA VILLE Le mapping video est une technologie multimédia permettant de projeter des créations numériques sur des objets en trois dimensions. Cette activité organisée dans 15 villes du Québec invite les citoyens à s’emparer de l’espace public.

Les Chuchoteurs à Mont-Tremblant Au moyen de jeux littéraires, découvrez les auteurs des Laurentides et terminez la soirée avec un spectacle de David Goudreault. Le 25 septembre à partir de 13 h.



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