«Comment tout peut changer»: rafraîchir une Terre plus juste

Compte tenu de l’origine occidentale du réchauffement dû en particulier à l’exploitation historique polluante des richesses naturelles des pays du Sud, Naomi Klein estime que l’Occident a une «dette climatique» à leur égard.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Compte tenu de l’origine occidentale du réchauffement dû en particulier à l’exploitation historique polluante des richesses naturelles des pays du Sud, Naomi Klein estime que l’Occident a une «dette climatique» à leur égard.

Contre ceux qui rappellent savamment qu’à l’échelle des millions d’années les changements climatiques subis par la Terre n’ont rien de nouveau, Naomi Klein fulmine. Pour l’essayiste anglophone, née en 1970 au Canada de parents américains et célèbre à travers le monde, « la principale différence entre la crise climatique actuelle et les bouleversements du passé, c’est que nous en sommes la cause ». Admiratrice de Greta Thunberg, elle appuie les jeunes militants qui suivent la trace de l’adolescente suédoise.

Écrit en collaboration avec Rebecca Stefoff, vulgarisatrice américaine chevronnée, son ouvrage Comment tout peut changer, traduit de l’anglais par Nicolas Calvé, se présente comme un recueil d’« outils à l’usage de la jeunesse mobilisée pour la justice climatique et sociale ». L’iniquité du problème obsède Naomi Klein. En plus de polluer la nature, explique-t-elle, « le réchauffement planétaire est aussi injuste parce qu’il n’affecte pas tout le monde de manière égale ».

Consciente de la dimension sociale du phénomène, elle poursuit : « Les milieux pauvres et les minorités en souffrent plus que les autres. » Puis elle va jusqu’à considérer que l’autisme, ce trouble avec lequel Greta Thunberg vit, a permis à l’adolescente de percevoir la crise à l’aide d’un microscope mental qui en a accentué la clarté autant que la gravité. La jeune militante n’a-t-elle pas reconnu que, « dans de bonnes circonstances », l’autisme « peut être un superpouvoir » ?

Extrait de «Comment tout peut changer»

Alors que les générations précédentes de militants se concentraient sur les symptômes de la crise environnementale et climatique, la vôtre s’attaque au système même qui accorde la priorité aux profits au détriment de la vie et de l’avenir du climat.

Fidèle à la prise de conscience à la fois simple et aiguë de Greta, Naomi Klein aborde la crise climatique avec les mots de tous les jours pour toucher non seulement la jeunesse, mais aussi un large public d’âge mûr. Elle explique : une serre « retient la chaleur afin qu’on puisse y faire pousser des fleurs ou des fruits même s’il fait froid dehors. Les gaz à effet de serre font la même chose, mais à l’échelle planétaire ».

À peine présents au début de la révolution industrielle au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne, révolution vite étendue au reste de l’Occident et due au perfectionnement de la machine à vapeur alimentée par le charbon, puis accélérée par un progrès technologique diversifié grâce à l’emploi d’autres combustibles fossiles, dont le pétrole, les gaz à effet de serre ont, vers 1950, atteint un niveau mondial très dangereux. Naomi Klein conclut : « Nous sommes donc en train de réchauffer la planète de manière inédite. »

Compte tenu de l’origine occidentale de ce réchauffement dû en particulier à l’exploitation historique polluante des richesses naturelles des pays du Sud, l’essayiste estime que l’Occident a une « dette climatique » à leur égard. En ayant la sagesse d’unir économie verte et justice sociale, Naomi Klein apporterait à la Terre la fraîcheur qui lui manque cruellement.

 

 

 

Comment tout peut changer Outils à l’usage de la jeunesse mobilisée pour la justice climatique et sociale

★★★ 1/2

Naomi Klein, avec la collaboration de Rebecca Stefoff, Lux, Montréal, 2021, 320 pages.



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