Les Espaces bleus ne croîtront pas tous à la même vitesse

Le Monastère des Ursulines de Trois-Rivières espère devenir un Espace bleu, comme a pu l'apprendre «Le Devoir», mais la Mauricie n'est pas des régions priorisées par le gouvernement.
Photo: Robert Cutts Creative Commons Le Monastère des Ursulines de Trois-Rivières espère devenir un Espace bleu, comme a pu l'apprendre «Le Devoir», mais la Mauricie n'est pas des régions priorisées par le gouvernement.

Les Espaces bleus ne croîtront pas tous à la même vitesse : le gouvernement Legault donne priorité à 11 régions dans la création de ces musées de la fierté québécoise qui doivent nicher dans des bâtiments patrimoniaux. Des avancées inégales, déterminées selon le territoire, qui créent de l’incompréhension dans le milieu culturel.

Dans l’ordre, les régions privilégiées sont Québec, la Gaspésie, l’Abitibi, le Saguenay, l’Estrie, Charlevoix, Montréal, la Montérégie, les Laurentides, le Bas-Saint-Laurent et l’Outaouais. Ces choix se retrouvent dans des échanges de courriels entre le Musée de la civilisation et le ministère de la Culture obtenus par Le Devoir en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Pourquoi ces régions d’abord, sur les 17 qui auront droit à un Espace bleu ? Cet ordre « dépend de plusieurs facteurs, tels que la présence d’un bâtiment patrimonial ayant une superficie suffisante […], différentes analyses sur l’état du bâtiment afin d’évaluer l’envergure des travaux à y réaliser ainsi qu’une concertation subséquente avec les organismes culturels locaux et régionaux permettant d’assurer un projet rassembleur », indique l’attaché de presse de la ministre Nathalie Roy, Louis-Julien Dufresne.

Cette séquence de déploiement n’est pas figée et est en constante évolution, assure le cabinet de la ministre, entre autres à cause des nombreux facteurs à considérer pour chaque projet. Sur quels critères Québec s’appuie-t-il pour trouver les lieux des futurs Espaces bleus ? L’attractivité et le potentiel touristique du site sont importants, note M. Dufresne. Aussi, « la localisation géographique stratégique en matière notamment de transports et d’accès », continue l’attaché de presse, ainsi que « la desserte culturelle déjà existante ».

Dans le choix des immeubles, « la valeur patrimoniale ou historique du bâtiment existant, dans une optique de requalification, de préservation et de valorisation » entre d’ailleurs en ligne de compte, souligne M. Dufresne. Son apport à l’identité culturelle de la communauté et sa signature architecturale également.

Les possibilités d’adaptation des espaces choisis en musées sont aussi un élément clé, tout comme « la faisabilité » du projet en général.

Dans les milieux culturels régionaux interrogés par Le Devoir — et qui ne s’avancent que confidentiellement par crainte de nuire aux initiatives de leur coin — , ce qui frappe, ce sont la vitesse et la manière de faire très variables des projets d’Espace bleu.

Dans certaines régions, l’initiative galvanise les municipalités et est très bien accueillie. Ailleurs, le silence ou les questions restées sans réponse créent un malaise.

Ailleurs encore, le projet avance trop vite pour les collaborateurs régionaux, qui déplorent de ne pas être consultés. Ainsi, pour certains lieux privilégiés, le rythme est hors normes. « Un projet d’infrastructures, normalement, c’est lent : quatre ou cinq ans pour se réfléchir », a indiqué un gestionnaire culturel régional. « Là, on parle d’ouverture dès [2022] : ça va très vite. » Trop vite ? « C’est du rarement vu. »

C’est que pour le gouvernement Legault, les Espaces bleus seront « un legs culturel, touristique et social jamais vu, qui profitera à l’ensemble des citoyens et aux générations futures ». « Notre culture, c’est un vecteur de fierté pour notre peuple, et grâce au réseau des Espaces bleus, elle brillera à la grandeur du Québec, comme il se doit », poursuit le cabinet de la ministre Roy.

Les collaborateurs régionaux mis de côté

« Les régions n’ont rien à dire », a souligné un autre intervenant de terrain, soulignant notamment qu’une région ne peut pas refuser un Espace bleu, même si elle estime qu’il viendra déséquilibrer ses plans de développement ou ses structures actuels. « Dans la détermination des lieux qui accueilleront les Espaces bleus, il n’y a aucune concertation avec le milieu culturel. »

Un fait confirmé par le cabinet de la ministre Roy depuis le début du projet : « Le choix des immeubles est fait par le ministère de la Culture et des Communications, en collaboration avec la Société québécoise des infrastructures et le Musée de la civilisation. » Le cabinet assure que la concertation avec les joueurs régionaux reste essentielle, bien qu’elle ne débutera que lors de la définition du contenu de ces Espaces bleus.

Reste que cette manière de faire apparaît cavalière à plusieurs travailleurs culturels. « C’est un projet qui est télégraphié d’avance, politiquement, depuis le bureau du premier ministre, alors qu’il est censé valoriser les régions », a indiqué un autre joueur du milieu. « La vocation principale de notre région n’a jamais été prise en compte dans le choix du lieu, alors qu’on dit qu’on veut parler d’identité régionale. On a été complètement évacués des discussions. » Une rencontre avec les conseils régionaux de la culture a pourtant eu lieu le 2 septembre dernier, indique le cabinet de la ministre Roy.

Avec Dave Noël

À voir en vidéo