Cirque - Fais ce que doigt

La troupe Les 7 Doigts de la main ne rassemble que des grands noms de la piste, qui ont tous fait leurs classes au Cirque du Soleil.
Photo: Jacques Grenier La troupe Les 7 Doigts de la main ne rassemble que des grands noms de la piste, qui ont tous fait leurs classes au Cirque du Soleil.

Le Cirque du Soleil? Trop vieux, trop gros, trop daté, même si la maudite belle machine pèse de tout son poids sur le milieu du cirque, ici comme ailleurs.

Le Cirque Éloize? Un peu trop connu lui aussi, même si ses productions avaient l'audace souhaitée pour se retrouver là.

Il fallait donc autre chose pour inaugurer officiellement le chapiteau en dur de la TOHU, la Cité des arts du cirque, la seule sale de création et de production entièrement consacrée au cirque dans tout le Canada, voire en Amérique du Nord. Autre chose, une troupe plus fraîche, une compagnie plus folle, un cirque complètement zinzin et en même temps déjà assez respecté pour se situer à l'ambitieuse hauteur du lieu.

La perle rare s'appelle Les 7 Doigts de la main. La compagnie est née autour d'une proposition légère et effrontée lancée pendant un party bien arrosé d'un jour de l'An. Le spectacle éponyme, monté en quelques semaines, lancé pendant le Festival Juste pour rire 2002, a immédiatement suscité un déluge d'éloges mérités pour ses prouesses techniques sur fond de déraison contagieuse.

La troupe ne rassemble que des grands noms de la piste, qui ont tous fait leurs classes au Cirque du Soleil: Faon Shane, Shana Carroll, Isabelle Chassé, Patrick Léonard, Gypsy Snider, Samuel Tétreault, Sébastien Soldevilla. Le numéro de diabolo du spectacle a gagné le prestigieux prix Nikouline au XXIVe Festival mondial du cirque de demain à Paris, en février 2003. Le show en comprend bien d'autres merveilleux, dans une atmosphère surréaliste, bouffonne et franchement hypersympathique. DJ Pocket rythme la prestation.

«Nous sommes très honorés d'inaugurer la nouvelle salle, dit Sébastien Soldevilla. C'est un grand moment pour l'histoire du cirque à Montréal parce que ce lieu va accueillir des productions qui sortent des sentiers battus.»

La TOHU (www.tohu.ca) veut attirer quelque 100 000 petites et grandes personnes dès la première année avec une centaine de représentations de différents spectacles. Celui de l'heptade des saltimbanques, lancé hier et à l'affiche au moins jusqu'au 25 septembre, offre une version revue et améliorée de la première mouture.

«La musique a changé, la vidéo est utilisée de manière différente, explique M. Soldevilla. En plus, nous ne sommes plus seuls», ajoute-t-il en dressant la liste des invités de ce 7 Fingers and Friends: le clown Denis Lacombe, le chanteur Yann Perreau, les soeurs trapézistes Ward, deux finissants de l'École nationale de cirque et 17 étudiants actuels, pour animer le lobby et la salle. Ce qui fait une main de 30 doigts...

Le spectacle éponyme n'a pas encore fait le plein de spectateurs, ici comme ailleurs, avec à peine une centaine de représentations au compteur. Même à Montréal, malgré deux séries précédentes, la belle affaire peut encore beaucoup germer. «Nous avons pris de l'ampleur, dit M. Soldevilla. Nous avons embauché des permanents pour gérer la compagnie, mais nous avons bien choisi des personnes qui épousaient notre vision. L'an prochain, nous devrions présenter une nouvelle production, qui n'utilisera peut-être pas tous les membres des 7 Doigts.» Après Montréal, la troupe part en tournée aux Pays-Bas, en Allemagne et en Australie.

N'empêche, la courte histoire de la compagnie illustre les difficultés à percer dans ce milieu. Pire, dans les faits, sauf erreur, dans ce pays phare de la piste, à part le Cirque du Soleil et le Cirque Éloize, il n'y avait finalement que Les 7 Doigts à inviter pour inaugurer la TOHU... Élément Cirque a disparu quelques mois après sa fondation. Eos est maintenant mort et enterré, tout comme Théâtre Cheval. «La TOHU va justement aider à stimuler le milieu, réplique Sébastien Soldevilla. Une nouvelle ère commence pour notre art... »