Louis T, encore plus en phase avec l’actualité

En tournée dès le 20 septembre, ce spectacle intitulé «L’actu à Louis T», destiné à mourir avec le décompte du Nouvel An 2022, marque l’adoption à long terme, souhaite-t-il, d’un «modus operandi» plus souple.
Photo: Adil Boukind Le Devoir En tournée dès le 20 septembre, ce spectacle intitulé «L’actu à Louis T», destiné à mourir avec le décompte du Nouvel An 2022, marque l’adoption à long terme, souhaite-t-il, d’un «modus operandi» plus souple.

Louis T devait quelque part à la fin de l’été ou au début de l’automne 2020 offrir la première médiatique de son deuxième spectacle, Vérités et conséquences, qu’il promenait déjà depuis plus d’un an dans les salles de la province. Quelle était la première phrase de ce spectacle ? « On vit la plus belle époque de l’histoire de l’humanité. »

« Je suis sérieux, lance l’humoriste, en riant. Je donnais plein d’exemples de progrès scientifiques, sociaux, économiques, sanitaires pour montrer à quel point on n’est pas reconnaissants de la merveilleuse époque à laquelle on vit. Je voulais offrir un contrepoids aux gens qui sont toujours pessimistes par rapport à notre époque. »

Une prémisse qui, à la lumière d’un certain virus, allait connaître sa date de péremption aussi vite qu’un pot de mayo au grand soleil. En mai 2021, las que ses dates de tournée soient constamment repoussées et son matériel perde de jour en jour un peu plus de pertinence, Louis T abandonnait Vérités et conséquences, sans pour autant renoncer à la scène. En effet, il présente cet automne L’actu à Louis T, une revue de l’année en partie élaborée à partir des monologues avec lesquels il inaugure chacun des épisodes de son balado du même nom.

En tournée dès le 20 septembre, ce spectacle destiné à mourir avec le décompte du Nouvel An 2022 marque l’adoption à long terme, souhaite-t-il, d’un modus operandi plus souple, l’obligeant certes à repartir à zéro chaque janvier, mais répondant mieux à une époque où la nouvelle d’hier ressemble déjà demain à un souvenir lointain, « comme lorsque tu regardes un show sur Netflix d’un humoriste américain qui te parle de Donald Trump. »

« Il y a des éléments de mon one-man-show que j’ai essayé de récupérer et qui ne fonctionnaient plus du tout. Depuis 2019, le monde a tellement changé : on a vécu une autre vague de dénonciations, une pandémie, une série de revendications woke. Et puis il y avait beaucoup de choses que je voulais dire sur 2020, 2021 qui ne seront plus d’actualité dans six mois, parce qu’un moment donné, elle va être finie, cette pandémie-là. » Ne perdons pas espoir.

Humour funambule

 

Louis T sent-il le public aussi disposé à rigoler de nos infortunes collectives qu’avant l’arrivée de la COVID-19 dans nos vies ? Sommes-nous aussi divisés que le veut désormais le cliché ? « Je sens de nouvelles sensibilités dans mes salles. Si les gens ne savent pas exactement ça va être quoi ton point, ils ne vont pas être ouverts à rire. Comme j’ai tendance à dire des choses choquantes d’abord, et à nuancer ensuite, ça rend le rire plus difficile, mais c’est une zone que j’aime bien. J’aime le travail de funambule. Mais je sens que les gens ont peur de rire pour les mauvaises raisons. »

Depuis un peu plus d’un mois, Louis T a complètement déserté les réseaux sociaux, l’occasion de constater que la vraie vie ne loge pas dans Internet. Et que les joutes vitrioliques qui y éclatent ont peu à voir avec l’art du dialogue que tant de gens chérissent encore, en dehors de l’écran. Il était lui-même devenu sur Twitter et Facebook la cible d’attaques d’une férocité souvent invraisemblable. « Je pouvais faire un gag de iPad et il y avait du monde que ça fâchait. »

« Il va falloir qu’on réalise que les réseaux sociaux, c’est l’octogone. Les gens vont là pour se battre. Mais arrêtons de faire comme si c’était la réalité. […] Les médias vont trop récupérer de sujets dans les réseaux sociaux », en donnant une importance disproportionnée, croit-il, à des opinions sans nuance. « Les réseaux sociaux, c’est un univers parallèle qui devrait peut-être rester un univers parallèle. »

« Je continue de penser que ce qu’on vit socialement, ce n’est pas aussi mauvais que ce que le miroir déformant des réseaux sociaux nous renvoie, poursuit-il. Avec des amis ou de la famille, avec de l’amour et de la bienveillance, les gens ne sont pas aussi loin qu’on peut le penser. C’est juste qu’il y a des forces médiatiques et politiques qui nous poussent à choisir un camp ou l’autre. »

Accusé de se complaire au centre par certains détracteurs de gauche, conspué par une partie de la droite, Louis T dit plus que jamais souhaiter tendre la main à tous, même à ceux dont il se moque. « Ma façon de contribuer à un meilleur dialogue, c’est d’essayer d’être plus rassembleur. Je vais me payer la tête de certaines personnes, mais rapidement, je vais dire que je comprends en partie leur point de vue, ne serait-ce que pour leur offrir une perche. C’est toujours le funde se sentir supérieur aux autres en humour, mais j’essaie d’être plus rassembleur. C’est ma façon de bien dormir le soir. C’est là que je suis le moins anxieux, le plus heureux, à essayer que les gens se parlent. »

Même si cela signifie de recevoir au micro de son balado des intervenants avec qui il n’est pas d’emblée d’accord. « Moi, j’aspire à la connaissance, à une forme de sagesse, et je ne pense pas encore connaître tant de choses que ça. C’est pour ça que c’est intéressant de parler avec des gens qui ne pensent pas nécessairement comme moi. Je pense que c’est ma responsabilité en tant qu’humoriste d’avoir considéré tous les aspects d’un sujet que j’aborde. Je ne prétends pas que c’est toujours hyper profond, mais je dois au public d’avoir réfléchi à ce que je dis. »

D’autres spectacles à voir en tournée

Jokes Chapeau Maman Magie Piano, de Pierre-Yves Roy-Desmarais, à l’Olympia,
les 12 et 13 octobre

Impolie, de Mariana Mazza, à l’Olympia les 14, 15 et 16 octobre

Classique, de Cathy Gauthier, à l’Olympia, le 18 octobre

Seul… en scène !, de Marc Messier, au Théâtre Outremont, les 23 et 24 novembre

Jalouse, d’Anne-Élisabeth Bossé, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, le 24 novembre



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