Ben Marc Diendéré prend les commandes du CAM

À moyen terme, le nerf de la guerre pandémique sera financier explique le nouveau président du Conseil des arts de Montréal, Ben Marc Diendéré, ici accompagné de la directrice générale, Nathalie Maillé.
Photo: Adil Boukind Le Devoir À moyen terme, le nerf de la guerre pandémique sera financier explique le nouveau président du Conseil des arts de Montréal, Ben Marc Diendéré, ici accompagné de la directrice générale, Nathalie Maillé.

Ben Marc Diendéré aura du pain sur la planche : après dix-huit mois éprouvants pour le milieu culturel, l’entrepreneur et chef des affaires publiques et communications pour VIA Rail devient président du conseil d’administration du Conseil des arts de Montréal (CAM). L’organisation, qui a été grandement sollicitée depuis le début de la pandémie, confie ses rênes à un « passionné » de philanthropie disposant d’un vaste réseau professionnel pour l’aider à mettre en œuvre son plan d’action, ébranlé par les événements des derniers mois.

« Ma première préoccupation sera de faire le diagnostic des effets de la pandémie sur le milieu culturel montréalais », abonde Ben Marc Diendéré, rencontré dans les bureaux du Conseil des arts avant son entrée en fonction. « Et elle n’est pas terminée, cette pandémie. Avec la 4e vague, on discute présentement du passeport vaccinal et des questions que son application aura » sur la fréquentation des lieux culturels par le public. Les conséquences de la pandémie « sont une préoccupation, et je compare [le diagnostic à faire] à un effort de guerre : lors d’une guerre, tout s’arrête. Pour pouvoir repartir, il faut d’abord évaluer les dommages ».

Les signes de ces dommages apparaissent déjà. Si tous les créateurs ont souffert durant la crise sanitaire, les différents secteurs ne sont pas tous égaux face aux effets de la pandémie, reconnaît Nathalie Maillé, directrice générale du CAM. « La première particularité qu’on a vue apparaître et qui n’était pas du tout sur notre radar, c’est [la crise dans] les arts du cirque, remarque-t-elle. Ce fut un raz de marée pour une raison assez simple : nos artistes du cirque travaillent à peu près juste à l’international. Sans possibilité de tourner, ils sont demeurés chez eux ».

[Les conséquences de la pandémie] sont une préoccupation, et je compare [le diagnostic à faire] à un effort de guerre : lors d’une guerre, tout s’arrête. Pour pouvoir repartir, il faut d’abord évaluer les dommages.

 

Le secteur de la danse puis les autres arts de la scène ont aussi grandement écopé. « Plus les artistes dépendaient du marché international, plus le CAM a dû trouver le moyen de répondre à leurs besoins. » En 2020, le CAM a reçu 66 % plus de demandes d’aide financière par rapport à l’année précédente. Les sommes octroyées représentent 17,7 d’un budget annuel de près de 21 millions de dollars, dont 95 % sont versés par l’agglomération montréalaise, le 5 % restant provenant de donateurs et mécènes.

L’épineuse question financière

Plusieurs mesures ponctuelles ont été mises en avant par le Conseil pour épauler le milieu, comme décaisser le plus rapidement possible les sommes allouées aux artistes ainsi qu’aux organismes et divertir dans des programmes d’aide directe celles destinées à l’aide à l’exportation : « Nous commencions à mettre en place des programmes pour développer les talents à l’international, à travers des ententes avec d’autres villes et [le financement] de résidences de création. On a tout rapatrié ça », explique la directrice générale.

À moyen terme, le nerf de la guerre qu’évoquait le nouveau président du C.A. sera financier. Si, pour la première fois de son histoire en 2020, le CAM voyait son budget annuel franchir la barre des 20 millions de dollars à la faveur d’une augmentation de près de 10 % consentie par l’administration Plante, Ben Marc Diendéré et Nathalie Maillé reconnaissent que le budget sera « insuffisant » pour répondre aux demandes d’un milieu culturel qui mettra des années à récupérer des effets de la pandémie.

« Il est exceptionnel, le bassin de créateurs à Montréal, il faut l’appuyer, sinon Montréal risque de perdre son statut de métropole culturelle canadienne » au profit de Toronto, prévient la directrice générale. « Je n’ai pas encore eu de conversation avec les candidats aux élections municipales, mais nous entrerons en contact avec eux », assure le président, qui fut directeur principal aux relations institutionnelles, affaires publiques, corporatives de Québecor Média et qui siège toujours au C.A. de l’Université de Montréal.

Dès son arrivée en poste, l’un de ses objectifs « sera d’attirer plus de sommes provenant du mécénat, et je crois que je peux être une bougie d’allumage pour ça, affirme Ben Marc Diendéré. Ce serait bien, par exemple, de commencer à identifier certains domaines [de l’économie] qui pourraient s’intéresser à la culture et aux arts. Il faut vraiment intéresser les gens, pas seulement se contenter de bâtir un programme de commandites qu’on s’envoie par courriels. […] Dans une ville comme Montréal, avec ses entreprises œuvrant dans des secteurs de pointe, je suis convaincu qu’il y a du travail à faire. Je suis convaincu que les entrepreneurs sont aussi préoccupés par la qualité et la signature distincte de leur milieu de vie ».

La diversité jusque dans le mécénat

Enfin, une autre priorité du CAM se reflète dans la nomination de Ben Marc Diendéré à titre de président de son conseil d’administration : une ouverture à la diversité reflétant plus fidèlement la société montréalaise. Ainsi, le Burkinabé d’origine devient le premier Noir à présider au C.A. du Conseil. « Fracasser des plafonds de verre, c’est l’histoire de ma vie ! », dit-il en soulignant l’ouverture du CAM, dont le conseil d’administration compte près du tiers de membres (6 sur 21) issus de la diversité, et plus de la moitié est constituée de femmes.

De plus, les sommes ayant bonifié récemment le budget du CAM ont directement été investies dans des programmes inclusifs, indique Nathalie Maillé : quatre nouveaux programmes ont été créés pour appuyer les arts autochtones et près de 2,2 millions « ont été consacrés aux artistes, collectifs et organismes issus de la diversité culturelle ».

Incidemment, une partie de la solution au défi philanthropique du CAM pourrait bien passer par la diversité . « Qui est déjà allé dans ma communauté trouver l’homme le plus riche et l’intéresser à investir dans la culture ?, demande Ben Marc Diendéré. La philanthropie, ce n’est plus qu’une question de mécènes anglophones ou francophones. À Montréal, la philanthropie est encore l’affaire des Blancs. Et pourtant, il y a beaucoup de gens au sein [de la diversité] qui peuvent contribuer, et je suis sûr qu’ils seraient très heureux de le faire. Il faut aller trouver ceux qui auraient envie de s’impliquer — sur cette question, on les a oubliés. Il faut les intégrer. »

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