Un peu de Venise à Montréal

«Reeducated» transporte les spectateurs à l'intérieur d'un des camps de rééducation du Xinjiang, guidés par les souvenirs de trois hommes qui ont été emprisonnés ensemble.
Photo: Biennale de Venise «Reeducated» transporte les spectateurs à l'intérieur d'un des camps de rééducation du Xinjiang, guidés par les souvenirs de trois hommes qui ont été emprisonnés ensemble.

Si vous ne pouvez pas aller à la Mostra de Venise, la Mostra de Venise vient à vous. Pour une deuxième année consécutive, le Centre Phi accueille à Montréal la sélection d’œuvres de réalité virtuelle qui sont en compétition en Italie, toutes en première mondiale, dans le volet Venice VR Expanded du festival.

Armé de casques de réalité virtuelle, le public montréalais pourra donc apprécier ces œuvres en même temps que les membres du jury de la Mostra. Le Centre Phi propose également une sélection d’œuvres hors compétitions dans la série « Best of », qui ont tourné un peu partout dans le monde au cours de la dernière année.

« Contrairement à l’année dernière, il y a très peu d’œuvres canadiennes. L’année dernière était vraiment une année extraordinaire. Cette année, il y a seulement l’œuvre [du studio montréalais] Félix & Paul qui se retrouve dans la section “Best of” », explique Myriam Achard, cheffe des relations publiques du Centre Phi.

Parmi la quarantaine d’œuvres présentées, on trouve des documentaires hybrides, qui se présentent parfois sous forme d’animations, ou encore de la fiction ou de la science-fiction.

C’est ainsi que Reeducated, une production des États-Unis et du Kazakhstan, nous transporte au milieu d’un camp dit de rééducation du Xinjiang, en Chine, où sont détenus des musulmans ouïgours et kazakhs. Le film d’animation est basé sur les témoignages de trois hommes qui ont été incarcérés dans ces camps à partir de 2017, qui ont été relâchés et qui en portent encore des séquelles aujourd’hui. Grâce à la réalité virtuelle, on peut, même à travers un film d’animation, ressentir le sentiment de suffocation que pouvaient éprouver les détenus dans les cellules surpeuplées. L’œuvre témoigne d’ailleurs du fait que ces hommes ont dû promettre, à leur sortie, de ne rien livrer de leur expérience dans les camps, ce qui témoigne de l’audace du film. Aussi, à la fin de l’expérience, on rappelle que la pandémie a rendu difficiles les vérifications sur le terrain, mais on estime que les camps de rééducation du Xinjiang sont cinq fois plus volumineux qu’ils l’étaient en 2017.

La visite au Centre Phi est d’une durée de deux heures. Il faut donc faire d’entrée de jeu un tri parmi les dizaines d’œuvres présentées.

Les échos d’une langue morte

Kusunda part de son côté sur les traces de la dernière locutrice d’une langue isolée dans les montagnes du Népal. Dans cette langue, la couleur verte n’existe pas, pas plus que la division du temps en heures. Cette femme est décédée au tout début du tournage, mais l’une de ses élèves prend la relève, en écrivant la seule chanson existant dans cette langue.

La réalité virtuelle permet parfois d’explorer les tourments de l’âme de l’intérieur. C’est ainsi que la caméra feint de nous faire entrer dans la tête de Goliath, un jeune homme à qui on a diagnostiqué une schizophrénie et adepte des jeux vidéo.

La Mostra de Venise se déploie durant dix jours. L’exposition du Centre Phi durera quant à elle trois semaines. Déjà, l’année dernière, en pleine pandémie, la Mostra de Venise avait décidé de se servir de lieux de diffusion de réalité virtuelle à travers le monde pour faire connaître sa programmation. Bien que les voyages à Venise soient désormais possibles, elle a décidé de renouveler l’expérience cette année.

Venice VR Expanded, au Centre Phi jusqu’au 19 septembre

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