Déception du milieu culturel autour du passeport vaccinal

La plupart des organisations culturelles se sont dites déçues, sans être surprises, des annonces autour du passeport vaccinal faites mardi par le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé.

En dehors des bibliothèques et des musées, qui en sont exemptés, l’ensemble du milieu culturel est visé par la mise en application du passeport vaccinal. Ces mesures sont en place jusqu’à la mi-octobre et pourraient être allégées ensuite, si « la rentrée n’est pas une catastrophe sanitaire », dit Catherine Voyer-Léger, directrice générale du Conseil québécois du théâtre (CQT).

En ce qui a trait aux sorties scolaires, un flou subsiste quant à l’application des mesures pour les publics des cégeps et des universités, ainsi que les publics les plus âgés du niveau secondaire, qui fréquentent généralement les salles en mixité avec le public adulte. Les jeunes publics du primaire et du secondaire, qui participent aux sorties de jour, en groupes scolaires fermés, ne sont pas visés par le passeport vaccinal.

 

« Les représentants nous ont dit qu’ils allaient nous revenir sur cette question, mais je ne vois vraiment pas quelle pourrait être la solution », dit Catherine Léger-Voyer. « On ne peut pas mélanger les publics », ajoute Charlotte Bocquillon, des relations de presse du Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis (RIDEAU).

Défis d’application

Par ailleurs, le gouvernement a avisé les organismes que des contraventions pourront être données, passée une période de grâce de deux semaines suivant la mise en vigueur du passeport. Le RIDEAU attendait des précisions mardi soir quant à savoir qui, du promoteur ou du locateur d’une salle, devrait ultimement payer des contraventions dans le cas de salles de spectacle louées.

À l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ), le président, Michel Sabourin, se disait inquiet des capacités de ses membres à contrôler les publics récalcitrants vis-à-vis de la nouvelle mesure sanitaire. « Je vous inviterais à aller voir un spectacle de hip-hop au Club Soda, ce sont des publics qui ne sont pas faciles à gérer », dit-il.

Les représentants [du gouvernement] nous ont dit qu’ils allaient nous revenir sur la question [des sorties scolaires], mais je ne vois vraiment pas quelle pourrait être la solution.

Au Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI), on se désole que des assouplissements ne soient prévus, sous réserve, qu’à la mi-octobre, puisque la plupart des événements majeurs auront déjà eu lieu à ce moment-là. « En ce qui nous concerne, la saison va être finie. Ça n’est pas nous qui allons en profiter », dit Martin Roy, p.-d.g. du RÉMI. À titre d’exemple, le Festival de montgolfières de Gatineau prend l’affiche le week-end de la fête du Travail, ainsi que le Festival de musique émergente de l’Abitibi-Témiscamingue. Le Festival de jazz de Montréal ainsi que les Francos sont pour leur part prévus à la mi-septembre, sur la place des Festivals.

« Ils ont déjà prévu accueillir 2500 personnes par scène, soit 5000 personnes sur l’ensemble du site », dit Martin Roy, qui souhaiterait par ailleurs que des mesures permettant d’évaluer la transmission lors des événements extérieurs soient mises en place rapidement par les autorités, même si les concerts-tests qui devaient avoir lieu mi-septembre ont été annulés.

Exemptions saluées

De son côté, la Société des musées du Québec (SMQ) se réjouit que le gouvernement « reconnaisse que les institutions muséales sont des lieux très sécuritaires, avec tous leurs protocoles sanitaires, et par le fait qu’on y déambule », comme l’a indiqué son directeur général, Stéphane Chagnon. « On a constaté que les musées vont souvent un peu plus loin que ce que les normes sanitaires exigent. »

À la connaissance de la SMQ, aucune éclosion n’a été recensée parmi ses lieux membres. « Maintenant, les musées ne sont plus limités dans leur capacité d’accueil », résume M. Chagnon, « mais on demande toujours aux musées de faire respecter la distanciation et le port du masque. » Les réservations ne sont plus de mise, même si les grandes institutions, et quelques moyennes, continuent de les suggérer.

L’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) avait demandé au ministère de la Culture que les bibliothèques soient des endroits qu’on puisse fréquenter sans passeport vaccinal. « Les bibliothèques sont essentielles, notamment pour l’étude, et par la philosophie au cœur de la mission, qui veut qu’elles soient accessibles pour tous, vraiment », rappelle la directrice générale, Eve Lagacé.

Selon Mme Lagacé, aucune éclosion n’a été recensée dans les bibliothèques membres de l’Association, « mais il n’y avait pas d’animations non plus. On a vu une contamination entre employés, dans une seule bibliothèque. C’est tout. » 



À voir en vidéo