Joséphine Baker fera son entrée au Panthéon

La danseuse franco-américaine Joséphine Baker s’est produite sur la scène parisienne de Bobino, le 26 mars 1975, deux semaines avant sa mort le 10 avril 1975.
Photo: Agence France-Presse La danseuse franco-américaine Joséphine Baker s’est produite sur la scène parisienne de Bobino, le 26 mars 1975, deux semaines avant sa mort le 10 avril 1975.

Résistante, militante antiraciste, artiste, Joséphine Baker fera son entrée au Panthéon en France cet automne, devenant la première femme noire à rejoindre les grandes personnalités qui y sont inhumées.

L’artiste franco-américaine entrera le 30 novembre dans le mausolée républicain dédié aux personnages ayant marqué l’histoire de France, a-t-on appris dimanche auprès de l’entourage du président français, Emmanuel Macron, confirmant une information du journal Le Parisien. « La panthéonisation se construit sur le temps long », a-t-on souligné.

La cérémonie fera de la célèbre meneuse de revue, née dans le Missouri en 1906, décédée en 1975 et enterrée à Monaco, la première femme noire à reposer dans la nécropole laïque et seulement la sixième femme à y prendre place, Simone Veil ayant été la dernière femme à y faire son entrée en 2018.

« Le 21 juillet, le président Macron nous a accordé un entretien », raconte à l’AFP l’entrepreneuse Jennifer Guesdon, une des personnalités défendant la panthéonisation. « Quand le président nous a dit oui, [cela a été une] grande joie et en même temps c’était comme une évidence ».

« Cette demande de panthéonisation a été faite par la famille Baker depuis 2013 », poursuit Mme Guesdon, qui a été reçue par le président de la République avec le romancier Pascal Bruckner, le chanteur Laurent Voulzy, l’essayiste Laurent Kupferman et des membres de la famille de Joséphine Baker.

Elle était un modèle de femme vaillante et généreuse. Nous lui devons cet honneur.

Une première campagne avait été lancée par l’écrivain français Régis Debray et avait été réactivée par M. Kupferman, rappelle Mme Guesdon. Une pétition « Osez Joséphine Baker au Panthéon » compte près de 38 000 signatures.

« Artiste, première star internationale noire, muse des cubistes, résistante pendant la Seconde Guerre mondiale dans l’armée française, active aux côtés de Martin Luther King pour les droits civiques aux États-Unis d’Amérique et en France aux côtés de la Lira [devenue Licra : Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme] […], nous pensons que Joséphine Baker, 1906-1975, a sa place au Panthéon », selon la pétition.

Médaille de la Résistance

« On a fait découvrir les engagements de Joséphine Baker qui n’était connue pour certains que comme une star internationale, une grande artiste » mais « elle rentre au Panthéon parce qu’elle était résistante », relève Mme Guesdon.

Déjà mariée deux fois à l’âge de 15 ans, issue d’un milieu très pauvre, Joséphine Baker fuit le domicile familial en suivant une troupe de vaudeville noire. Remarquée par un producteur, elle part pour Paris où, à 19 ans, elle devient une star de la Revue nègre, spectacle musical qui a contribué à populariser en France le jazz et la culture noire américaine.

Meneuse de revue, icône de cabaret, chanteuse, elle sera l’artiste la mieux payée du music-hall parisien.

On a fait découvrir les engagements de Joséphine Baker qui n’était connue pour certains
que comme une star internationale, une grande artiste, mais elle rentre au Panthéon parce qu’elle était résistante

Le 30 novembre 1937, elle épouse Jean Lion, un industriel d’origine juive et obtient la nationalité française. Elle divorcera et se remariera deux fois par la suite. Elle adoptera 12 enfants.

Elle s’engage dans la Résistance. En 1939, elle rencontre le capitaine Jacques Abtey, qui sera responsable du contre-espionnage de la région de Paris, et est recrutée comme agent de renseignements, faisant passer des informations inscrites à l’encre sympathique sur ses partitions de musique.

Elle est envoyée par la suite en mission au Maroc et part en tournée au profit de la Résistance. Elle est nommée sous-lieutenante des troupes féminines auxiliaires de l’armée de l’air française. « Je n’avais qu’une seule chose en tête […] aider la France », avait-elle dit dans des archives de l’Ina.

Elle a été décorée de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance.

 
Photo: Agence France-Presse Il y a presque 60 ans jour pour jour, le 19 août 1961, Joséphine Baker recevait la Légion d’Honneur et la Croix de guerre avec palme dans le parc de son château des Milandes, des mains du général français Martial Valin.

Cela « symbolise l’image d’une France qui n’est pas raciste, contrairement à ce que disent un certain nombre de groupuscules médiatiques. Joséphine Baker est une vraie antiraciste, une vraie antifasciste », a réagi Pascal Bruckner auprès de l’AFP.

Elle était un « modèle de femme vaillante et généreuse », « nous lui devons cet honneur », a écrit sur Twitter la ministre de la Culture française, Roselyne Bachelot.

 

Interrogée par l’AFP, l’actuelle propriétaire du château des Milandes en Dordogne (sud-ouest de la France), propriété de l’artiste entre 1947 et 1968, a dit son « immense joie ». « Ça fait vingt ans que je me bats pour rendre hommage à Joséphine au château. La France l’avait un peu oubliée quand on l’a acheté en 2001 », a déclaré Angélique de Labarre.

Six femmes d’exception

L’artiste franco-américaine Joséphine Baker deviendra le 30 novembre la sixième femme à entrer au Panthéon en France, après Sophie Berthelot, épouse et muse essentielle du chimiste, biologiste et homme politique français Marcellin Berthelot auprès duquel elle est inhumée, la physicienne Marie Curie, les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, ainsi que Simone Veil, figure de la vie politique, également académicienne et présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Le Panthéon est depuis plus d’un siècle la nécropole laïque des grandes personnalités ayant marqué l’histoire de France, dont la « patrie reconnaissante » veut honorer la mémoire. Cet imposant édifice domine la montagne Sainte-Geneviève, l’une des buttes de Paris, dans le centre de la capitale.



À voir en vidéo