Le bédéiste Raoul Cauvin passe l’arme à gauche

Raoul Cauvin, lors des 25e Rencontres cinématographiques de Cannes, en 2012
Photo: Frantogian Creative Commons (Wikimedia) Raoul Cauvin, lors des 25e Rencontres cinématographiques de Cannes, en 2012

Le scénariste belge de bande dessinée Raoul Cauvin, père de la série à succès Les tuniques bleues et de la série jeunesse Cédric, est décédé jeudi à l’âge de 82 ans, a annoncé Dupuis, sa maison d’édition.

« C’est avec une immense émotion que nous vous faisons part du décès de Raoul Cauvin, un des plus grands hommes du monde de la BD », a indiqué l’éditeur tôt vendredi, trois mois après que l’auteur a annoncé être atteint d’un cancer incurable. « Nous sommes en pensée avec […] les millions de lecteurs qui ont adoré sa drôlerie et son comique de situation à travers la publication de ses séries », a ajouté Dupuis dans un communiqué.

Raoul Cauvin doit principalement sa notoriété aux Tuniques bleues, une série à succès d’une rare longévité qui s’est écoulée à des millions d’exemplaires en un demi-siècle. Elle raconte avec humour les aventures de deux soldats américains, un militariste convaincu et un autre engagé malgré lui, qui combattent les « Sudistes » pendant la guerre de Sécession (1861-1865).

Photo: Courtoisie de Searchlight Pictures, 20th Century «Le saut à cheval», planches tirées des «Tuniques bleues» exposées au centre sportif de Blocry en Belgique.

Avec plus de 15 millions d’albums vendus en français — sans compter les traductions en anglais, en allemand, en néerlandais et en d’autres langues —, ces Laurel et Hardy de la bédé ont fait découvrir le conflit américain à bon nombre d’Européens.

Raoul Cauvin avait créé Les tuniques bleues en 1968, huit ans après ses débuts chez Dupuis à un poste de lettreur.

Il avait conçu d’abord ses deux héros — le sergent Cornelius Chesterfield et le caporal Blutch — avec le dessinateur Louis Salvérius, décédé en 1972 et qui a laissé la place à Willy Lambil. Ce dernier est resté le complice inséparable de Cauvin jusqu’au tome 64, l’ultime album signé par le scénariste, dévoilé en mai dernier.

Le legs d’un « monument »

« C’est la tristesse. Je ne peux pas travailler aujourd’hui, je suis abattu », a confié vendredi à l’AFP Willy Lambil, assis à sa table de dessin. « C’est un dinosaure de la bédé. Comme moi. Et nous ne sommes plus nombreux », observe le dessinateur, qui a travaillé pendant plusieurs décennies avec Cauvin. « C’est quand même un monument, souligne-t-il. Ce qu’il a pu sortir comme albums ! Je me suis toujours demandé : “Quelle imagination il peut avoir ?” »

Le succès populaire des Tuniques bleues a en effet poussé Cauvin à devenir un auteur prolifique pour son éditeur Dupuis, en collaborant avec quantité d’autres dessinateurs : entre autres Berck (Sammy et Lou), Nic (Spirou et Fantasio) ou Kox (L’agent 212).

Adepte de toutes les formes du gag visuel, Cauvin évolue dans les années 1980 vers des productions plus incisives, proches souvent de l’humour noir et de la parodie.

Il s’illustre ainsi dans les séries Pierre Tombal (avec Hardy), Les femmes en blanc, sur l’univers de l’hôpital (avec Bercovici au dessin), et Cédric (avec Laudec) — qui s’avère un franc succès de la bédé jeunesse avec 34 albums à ce jour.

« Raoul Cauvin est devenu une véritable statue de Commandeur des scénaristes […] il a durablement codifié la mécanique du gag et les canons de l’aventure humoristique », a souligné Dupuis vendredi. Toutes séries confondues, il a vendu « plus de 50 millions d’albums », selon l’éditeur.

À voir en vidéo