Pendant le mini-festival Colline, on prend le temps de prendre le temps

Un des spectacles organisés en juillet dernier par la Chapelle du rang 1
Photo: Claude Grenier Un des spectacles organisés en juillet dernier par la Chapelle du rang 1

« Quand j’étais petit et que je disais que je m’en allais pour la fin de semaine à Lac-Mégantic, c’était comme si je m’en allais dans le Grand Nord », se souvient Hubert Lavallée, 27 ans.

S’il a passé son enfance à Boucherville, le directeur artistique du minifestival Colline appartient à une famille dont les racines sont profondes dans la région du Granit. Son grand-père y fondait en 1971 la boucherie Chez Guy — LA boucherie de cette ville dont l’esprit de communauté correspond davantage à celui d’un village —, aujourd’hui le marché Lavallée. « Mégantic, c’est l’endroit pour lequel j’ai un sentiment d’appartenance. J’ai toujours dit que je suis originaire d’ici, même si c’est un peu un mensonge. Et même si aucun de mes amis ne savait c’était où. »

C’était bien sûr avant la tragédie ferroviaire de 2013, qui donnera à Lac-Mégantic, pour le pire et pour le meilleur, une place dans l’imaginaire du Québec tout entier. Plusieurs membres de la diaspora méganticoise rallient alors leur patelin, dont Stéphane Lavallée, le père d’Hubert, un vétéran du monde des médias qui contribuera à la reconstruction du centre-ville dévasté. Il rachètera aussi, dans la foulée de ce retour aux sources, une église anglicane construite en 1891 et abandonnée depuis trop longtemps.

Photo: Fokus création Le directeur artistique du minifestival Colline, Hubert Lavallée

Le père et ses trois fils, dont Hubert, en feront en 2017 la Chapelle du rang 1, une salle d’une soixantaine de places que des musiciennes, comme Safia Nolin et Pomme, « l’artiste française la plus méganticoise », ont rapidement adoptée comme deuxième maison, tout comme plusieurs mélomanes de l’extérieur de l’Estrie, heureux de goûter dans cette enceinte au sacré d’une rencontre extraordinairement intime avec un artiste.

« Le spectacle, c’est la finalité de la soirée, mais notre but, c’est aussi de créer un lieu de rassemblement communautaire », explique le cadet de la fratrie Lavallée en évoquant ces fastueux barbecues réunissant à la fois des visiteurs de l’extérieur et des Méganticois qui font désormais confiance — presque aveuglément — aux choix du directeur artistique.

Un double plateau mettant en vedette les jeunes (et encore méconnus) Sophia Bel et Valence rameutait, début juillet, 300 personnes dans un vaste champ, avec vue privilégiée sur la ville, là où la Chapelle a déménagé sa scène à cause de la pandémie. C’est aussi là que se tenait en août 2020 le spectacle Rallumer les étoiles, diffusé l’automne suivant à Télé-Québec. « On s’est rendu compte dès le début de la Chapelle, [en 2017], que les gens de Mégantic étaient contents de voir des touristes qui venaient pour la culture, et non pour parler du trou. »

Des expériences et une façon de vivre

En investissant ce terrain d’une trentaine d’acres, le projet d’un festival que caressait depuis quelques années Hubert Lavallée apparaissait soudainement moins improbable.

Événement placé sous l’égide du bien-vivre et du slow living, le mini-festival Colline, qui s’amorce ce vendredi, fait par ailleurs écho à la certification Cittaslow que recevait Lac-Mégantic en 2017. Cittaquoi ? Les villes adhérant à ce mouvement né en Toscane doivent se soumettre à 72 critères environnementaux, urbanistiques, touristiques et sociaux afin de favoriser « le plaisir de prendre le temps » et de nourrir ses liens avec la nature.

Photo: Claude Grenier Un des spectacles organisés en juillet 2021 par l'organisme Chapelle du rang 1

Colline présente ainsi vendredi soir, dans le parc de la Croix lumineuse, la première randonnée musicale au Québec. Des groupes de 40 festivaliers en arpenteront (lentement) les sentiers, puis verront apparaître à travers les arbres l’autrice-compositrice Kanen ou Pilou au bord d’un ruisseau. Quant à Lumière, il accueillera les randonneurs en fin de parcours, à l’intérieur de la magnifique grange sise sur le petit domaine des Lavallée.
 

Une soirée forcément unique s’inscrivant dans une offre festivalière qui, partout au Québec, sous l’impulsion du FME de Rouyn-Noranda et du Festif ! de Baie-Saint-Paul, rivalise d’imagination afin de proposer des spectacles-expériences impossibles à reproduire au cœur du béton des villes. Hubert rit doucement. « Je dis souvent que j’aimerais que Colline devienne le Festif ! de Mégantic. »

Mégantic est une ville super résiliente, où les gens ont envie de projets.

Samedi, le collectif circassien Sanctuaire révélera le fruit d’une résidence de deux semaines à Lac-Mégantic, au son des sept musiciens de Flore Laurentienne, avant que Beyries ne chante sous le ciel étoilé. Puis, dimanche, c’est au tour de Cœur de pirate, qui interprétera en exclusivité, sous les Perséides, les pièces de son récent album instrumental… Perséides. Ce qui supposera qu’un énorme piano Steinway soit transporté jusqu’au milieu du champ.

Au début de la pandémie, les deux grands frères d’Hubert Lavallée, l’un travaillant dans le domaine de l’architecture, l’autre dans celui de la photo et de la vidéo, quittaient Montréal afin de s’imaginer un quotidien moins effréné à Lac-Mégantic.

Victoire du peuple

« Je jalouse ce mode de vie-là », dit Hubert, que ses obligations en tant que producteur au contenu dans le monde de la télé retiennent dans la métropole. « Mais chaque fois que je reviens pour nos événements, je constate comment ça fait du bien de se déposer, d’être plus proche de la nature, du lac, d’arrêter de courir. »

Au-delà de sa célébration de la lenteur, Colline se veut un hommage à une ville qui connaît plus que jamais la valeur du lien humain. « Mégantic est une ville super résiliente, où les gens ont envie de projets », se réjouit Hubert Lavallée. Son festival s’appelle Colline, parce que Lac-Mégantic est entouré des Appalaches, mais également parce que la racine grecque du prénom Coline (avec un seul l) signifie victoire du peuple. « Victoire du peuple, c’était parfait pour parler d’une communauté qui s’est relevée, qui ne s’est pas laissé écraser par tout ce qui lui est arrivé. C’est aussi ça qu’on fête.

Mini-festival Colline

Du 13 au 15 août, à Lac-Mégantic

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