Gildor Roy veut avoir du «fun»

Se donner en spectacle, provoquer l’étonnement, éprouver gentiment les limites d’un cadre; Gildor Roy sait visiblement comment s’y prendre. Au point où il est presque étonnant qu’on ne lui ait pas confié plus tôt un gala comique. «C’est de même que j’ai été élevé: si tu vas à quelque part, il faut que tu fasses un show.»
Photo: Adil Boukind Le Devoir Se donner en spectacle, provoquer l’étonnement, éprouver gentiment les limites d’un cadre; Gildor Roy sait visiblement comment s’y prendre. Au point où il est presque étonnant qu’on ne lui ait pas confié plus tôt un gala comique. «C’est de même que j’ai été élevé: si tu vas à quelque part, il faut que tu fasses un show.»

Gildor Roy a grandi en regardant chaque soir le Tonight Show de Johnny Carson. « Le stand-up comic, c’est quelque chose auquel j’ai toujours voulu toucher », dit celui qui copilote samedi soir à Québec, avec son collègue Michel Charette — le sergent-détective Gagné ! —, un gala ComediHa !. Et qui nous parlait ce lundi-là depuis sa voiture, après avoir avalé son dîner, lors d’une journée de tournage de District 31, qui reprend du service le 13 septembre à ICI Télé pour une sixième saison.

Dîner dans sa voiture, vraiment ? Mais qu’elle est fastueuse, la vie des gens riches et célèbres ! Le commandant Daniel Chiasson éclate de rire. « Si les animateurs de radio de Québec parlaient de ça plutôt que de dire “Bon, encore un gala avec du champagne.” » Contexte inusité, pour une conversation pourtant généreuse, durant laquelle le comédien de 61 ans butine d’une partie à une autre de son curriculum vitæ hétéroclite et jase avec enthousiasme (entre autres) des publicités interactives de Molson Grand Nord (réalisées en 1995 par nul autre qu’Yves Simoneau et François Girard), de son bref passage au sein les Variétés lyriques (pour lesquelles il a tenu un rôle principal dans une production de La Vie parisienne d’Offenbach) ou du projet qu’il caressait avec le regretté Ronald Leduc d’une émission d’horticulture durant laquelle la paire se serait présentée à l’improviste chez des gens pour revigorer leurs potagers.

Puis le Tonight Show, on y revient, ainsi qu’à l’inimitable Don Rickles, qui ne manquait jamais, lors de ses fréquentes apparitions désormais légendaires, d’asticoter l’animateur. « Don Rickles au Tonight Show, je regarde ça régulièrement sur YouTube. »

Pendant que je suis occupé, je n’ai pas le temps de penser que je vieillis, que la vie a ses limites. Je n’ai pas le temps de penser à ma mort. Ça a au moins ça de bon.

Sur le plateau très balisé de Salut bonjour, en mai dernier, Gildor Roy faisait (un peu) son Don Rickles en taquinant Gino Chouinard, ainsi qu’en l’invitant à ventiler sa colère covidienne en boxant dans des coussins. Le journaliste évoque une mémorable entrevue avec un Jean Leloup très éthéré que Gildor, à la barre de la matinale de TQS Caféine, était parvenu à faire redescendre sur terre en entonnant avec lui du Hank Williams. « À toutes les fois que je revois Jean, il me dit : “Gildor, il faut faire un show de Hank Williams ensemble.”Man, ce serait hot ! »

Se donner en spectacle, provoquer l’étonnement, éprouver gentiment les limites d’un cadre ; Gildor Roy sait visiblement comment s’y prendre. Au point où il est presque étonnant qu’on ne lui ait pas confié plus tôt un gala comique. « C’est de même que j’ai été élevé : si tu vas à quelque part, il faut que tu fasses un show. C’est pas vrai que c’est important de donner tes dates pis de dire où les gens peuvent acheter des billets. Il faut que tu fasses un show pour que le monde se dise : “J’aimerais ça le revoir, lui”. Et puis en plus, c’est beaucoup plus le fun pour moi. »

Le Michel Pagliaro du country

Comment Gildor Roy décide-t-il s’il accepte ou s’il refuse un contrat ? « Le premier critère, c’est toujours : est-ce que je vais avoir du fun ? » Malgré son rôle aussi inoubliable que troublant dans Requiem pour un beau sans-cœur (1992) de Robert Morin, il aura somme toute incarné peu de personnages dramatiques au grand ou au petit écran. Il y avait en tout cas longtemps qu’il n’avait pas porté de partition aussi costaude que celle du commandant Chiasson dans District 31. « J’avais moins d’offres comme comédien, c’est vrai, et je m’étais dit : “Si c’est fini, je n’aurai pas à me plaindre, parce que j’ai été très chanceux”. »

Chanceux, il le sera à nouveau grâce à la quotidienne de Luc Dionne, générant une affection dont les policiers eux-mêmes ne semblent pas toujours faire l’objet. C’est comment, de jouer les flics, alors que les bavures diverses de vrais agents font les manchettes ? « Honnêtement, quand on a commencé, ça m’inquiétait un peu. Les gens vont-tu nous aimer ? »

Il était révélé à l’automne 2016 que la SQ et le SPVM avaient surveillé de nombreux journalistes. Le SPVM connaissait une grave crise en 2017. « Je pense que ce que les gens retrouvent dans ce show-là, c’est des policiers qui expliquent ce qu’ils ont fait. On en fait des bavures, mais on les explique. On comprend qu’il y a ben de la paperasse, qu’on ne peut pas toujours accuser un coupable parce qu’il n’y a pas assez de preuves. […] Peut-être aussi que le monde aimerait juste ça avoir un corps de police sur qui il peut compter. »

Parions que peu de commandants de police occupent leurs pauses à pondre des chansons. Il y a maintenant vingt ans que Gildor Roy n’a pas lancé d’album ; le plus récent en date, Vacaciones, remontant à 2001. « Je suis le Michel Pagliaro du country ! blague-t-il. J’ai réalisé il y a trois ans que je n’avais pas écrit depuis la mort de mon père [survenue en 2004], qui m’a affecté beaucoup. »

Une chanson de Noël créée àl’occasion d’une émission de radio réveillait en lui, il y a quelques années, ce vieux muscle. « Sur le bureau du commandant, j’ai un grand cahier noir. Une grande partie de mes nouvelles chansons, je les ai écrites là-dedans, sur le plateau de District 31, entre les scènes. Aussitôt que Luc Dionne m’envoie un texte dans lequel le commandant Chiasson meurt criblé de balles, j’entre en studio. »

Ce disque contiendra des pièces « sur les mines d’Abitibi, sur les lèvres pulpeuses d’une fille que j’ai connue, sur mon père dont je m’ennuie tous les jours », ainsi qu’une traduction de Man of Constant Sorrow, un standard folk. Mais il ne contiendra (malheureusement) pas ce duo qui, en 2019, unissait Gildor Roy à l’humoriste Catherine Ethier, sur la scène du Rialto Hall, lors d’un spectacle de cette dernière. Un moment de grâce vu et entendu par trop peu de privilégiés — Catherine Ethier sera d’ailleurs du gala ComediHa ! de samedi soir.

Le drôle de couple avait alors interprété Shallow, de Lady Gaga et Bradley Cooper. « Je m’étais dit : “Les gens qui vont voir le show de Catherine Ethier, à quoi ils s’attendent le moins ? À me voir et à m’entendre chanter Shallow avec elle !” Moi, c’est ça j’aime le plus dans la vie : faire des choses qui vont étonner les gens, tout en ayant du fun. »

Ne pas penser à la mort

Gildor Roy se plaît-il à être aussi occupé qu’il l’est durant les tournages effrénés de District 31, qui débutent chaque jour autour de 6 h et se terminent vers 18 h 45 ? « Oui, parce que pendant que je suis occupé, je n’ai pas le temps de penser que je vieillis, que la vie a ses limites. Je n’ai pas le temps de penser à ma mort. Ça a au moins ça de bon. »

La mort l’obsède, certes, ce qui ne veut pas dire que Gildor Roy est incapable de s’émerveiller et de goûter les heures qui lui sont imparties. Comment a-t-il vécu sa pandémie ? « Ma grande réussite, c’est d’avoir fait fleurir mon cactus ! »

Félicitations. « C’est Ronald Leduc qui m’avait donné ce conseil-là [Gildor imite la voix rauque de son défunt ami] : “Les petites plantes délicates, faut que tu leur fasses peur ! Tu les sors quand c’est un peu frisquet, elles ont peur de mourir et qu’est-ce qu’elles font ? Elles se reproduisent !” Et je te le dis, ça marche, mon vieux ! J’ai sorti mon cactus à douze degrés, quelques heures, et le lendemain, un bouton était apparu. »

Gala ComediHa !

Animé par Gildor Roy et Michel Charette. Au théâtre Capitole, le 14 août, 20 h. En webdiffusion à comediha.tv.

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