Le passeport vaccinal sera-t-il un passeport pour la culture?

S’il semble pour plusieurs un moyen essentiel de rassurer les spectateurs, le passeport vaccinal cause déjà des inquiétudes, notamment sur la logistique de sa validation.
Renaud Philippe Le Devoir S’il semble pour plusieurs un moyen essentiel de rassurer les spectateurs, le passeport vaccinal cause déjà des inquiétudes, notamment sur la logistique de sa validation.

L’Association canadienne des organismes artistiques (CAPACOA) a récemment résumé les craintes et espoirs de ses membres sur les conséquences de l’imposition du passeport vaccinal dans les salles de spectacle. S’il semble pour plusieurs un moyen essentiel de rassurer les spectateurs, le passeport vaccinal cause déjà des inquiétudes, notamment sur la logistique de sa validation.

En juillet dernier, la CAPACOA a tenu une assemblée baptisée Sur la voie de la relance : les vaccins obligatoires pour le public sont-ils au programme ?. « Nous avons eu 89 participants à notre assemblée, en dépit d’une annonce tardive et de la saison estivale, indique le directeur en recherche et développement de l’association, Frédéric Julien. Le sujet revient aussi sur la table chaque fois que nous avons l’occasion de parler avec nos membres. »

Si l’utilisation du passeport vaccinal est une façon de signaler la volonté des salles d’assurer la sécurité de leurs spectateurs, la crainte de perdre ceux qui ne seront pas vaccinés est vive, d’autant plus que la COVID-19 a déjà décimé la taille des audiences.

Certains diffuseurs envisageaient même une approche différenciée selon le statut vaccinal, avec des zones différentes dans les gradins pour les deux publics, comme l’indique la CAPACOA dans son billet résumant l’assemblée. Dans plusieurs salles, toutefois, l’espace est trop restreint pour considérer une telle stratégie. Sans compter la stigmatisation sociale que pourrait tracer une telle séparation.

« De nombreux diffuseurs comptent également sur des bénévoles, peut-on aussi lire dans le billet. Est-il raisonnable pour eux d’attendre des bénévoles qu’ils appliquent les politiques de vaccination ? » Et devra-t-on même exiger de ces bénévoles leur passeport vaccinal pour venir travailler dans les salles ? peut-on se demander dans la foulée.

Un public plus réceptif

En entrevue par courriel, Frédéric Julien précise qu’il manque encore de données « pour bien cerner les attitudes des consommateurs culturels québécois et canadiens » et leur réaction à l’exigence d’un passeport vaccinal.

« Cela dit, la plupart des sources disponibles portent à croire que l’utilisation d’un passeport vaccinal pourrait être très bien reçue. […] Par exemple, dans l’édition de février 2021 de l’Audience Outlook Monitor [une étude commandée par le Conseil des arts de l’Ontario], 95 % des consommateurs culturels sondés étaient déjà vaccinés ou avaient l’intention de l’être. Avec un taux d’hésitation vaccinale de seulement 4 %, on peut présumer que les consommateurs culturels ontariens seront plus réceptifs que la population en général. »

De plus, dans l’édition de juillet de l’Arts Response Tracking Survey, mené par Affaires/Arts, le Centre national des arts et Nanos Research, on note que les spectateurs sont de plus en plus nombreux à citer le vaccin comme précaution qui les rendra à l’aise d’assister à une représentation en salle.

« Parmi les personnes ayant déjà assisté à des événements ou prévoyant y retourner incessamment (41 % des répondants à l’enquête), une personne sur deux (51 %) mentionne le vaccin », voit-on sur le site de la CAPACOA. Surtout, les spectateurs indécis sur le moment où ils reviendront en salle (28 % des répondants) accordent à 72 % une grande importance au vaccin.

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