Des figures de la culture entretiennent l’espoir de changement à Cuba

Le guitariste et interprète Silvio Rodriguez a appelé à «plus de dialogue» et «plus d’envie de résoudre la montagne de problèmes économiques et politiques actuels».
Photo: Adalberto Roque Agence France-Presse Le guitariste et interprète Silvio Rodriguez a appelé à «plus de dialogue» et «plus d’envie de résoudre la montagne de problèmes économiques et politiques actuels».

Des voix éminentes du monde de la culture cubaine, écrivains, cinéastes ou musiciens, ont appuyé sans retenue les manifestations inédites à Cuba pour plus de liberté d’expression, un événement sans précédent que les experts interprètent comme un « signe que les choses changent ».

Jamais, jusqu’aux manifestations des 11 et 12 juillet qui ont fait un mort ainsi que des dizaines de blessés, et qui ont conduit à des centaines d’arrestations, aucun autre événement antigouvernemental n’avait suscité un soutien aussi unanime de la part de figures cubaines respectées, sans lien avec l’opposition.

« Devant ces déclarations de soutien, on se demande si leurs auteurs ont changé, si Cuba a changé », déclare à l’AFP l’écrivain cubain établi en Espagne, Jorge Ferrer.

Cet appui inédit après plus de six décennies de communisme répond à la violence avec laquelle le gouvernement a réagi face aux manifestations, qui a eu « un impact, même auprès de ceux qui d’habitude se taisent » et « provoqué chez eux un sentiment de stupéfaction et de rejet puissant au point de briser leur loyauté », ajoute-t-il.

Aux cris de « Liberté ! », « On a faim ! » ou « À bas la dictature ! », des milliers de Cubains sont descendus dans les rues du pays, au milieu de la pire crise économique des dernières décennies et d’un fort rebond de la pandémie de COVID-19.

Après l’explosion sociale, le président Miguel Diaz-Canel a reconnu la nécessité de « l’autocritique et de la révision profonde de nos méthodes de travail ».

« On doit être écoutés »

Peu accoutumés à ces révoltes dans la rue, les Cubains ont été tout autant stupéfaits des messages de soutien envoyés par leurs vedettes de musique populaire.

« On soutient les milliers de Cubains qui réclament leurs droits, on doit être écoutés », a écrit sur Facebook Samuel Formell, directeur des Van Van, un groupe considéré comme la « locomotive de la musique » à Cuba.

La surprise a été moindre à la lecture du message du guitariste et compositeur Pablo Milanes, 78 ans, qui a pris ses distances d’avec le gouvernement depuis un moment, vivant une bonne partie du temps hors de l’île.

C’est « irresponsable et absurde de blâmer et de réprimer un peuple qui s’est sacrifié pendant des décennies pour soutenir ce régime », a-t-il publié sur Facebook. « Ne serait-il pas mieux d’autoriser légalement les manifestations des citoyens ? Révolutionnaires ou non ? », s’est demandé Luis Alberto Garcia, acteur critique dont l’un des sketchs tourne en dérision le quotidien des Cubains.

D’autres célébrités cubaines ont demandé au gouvernement de répondre aux demandes des manifestants. C’est « un cri de désespoir » auquel les autorités doivent « donner une réponse matérielle, mais aussi politique », a estimé l’auteur de romans policiers Leonardo Padura.

Tout en émettant quelques réserves quant aux manifestations, le guitariste et interprète Silvio Rodriguez a appelé sur son blogue à « moins de sanctions, moins d’envie de violences » envers les détenus « qui n’ont pas été violents », « plus de dialogue » et « plus d’envie de résoudre la montagne de problèmes économiques et politiques actuels ».

Le cinéaste Fernando Pérez avait participé avec l’acteur Jorge Perugorria aux manifestations du 27 novembre 2020 à La Havane, quand plus de 300 jeunes artistes s’étaient réunis devant le ministère de la Culture pour demander plus de liberté d’expression.

Lors d’une récente interview avec l’AFP, il a dit avoir « senti que quelque chose était vraiment en train de changer », regrettant la rupture de dialogue avec le gouvernement, et la stigmatisation depuis de ces jeunes artistes par les médias. Cuba a besoin « de solutions, de changements radicaux », a-t-il ajouté.

Pour Maria Isabel Alfonso, universitaire cubaine vivant à New York, l’appui de ces figures de la culture cubaine « est vital pour montrer que le meilleur chemin est le dialogue et non la confrontation entre Cubains ».

C’est aussi « le signe que les choses changent à Cuba et que, chaque jour, les gens se rendent un peu plus compte du fait que la liberté d’opinion doit être respectée », a-t-elle souligné.

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