Artistes, de père en fille

Avec «Ainsi passe la chair», Sara Moisan part de son rapport à l’œuvre de son père, le peintre Gatien Moisan. Elle désirait depuis longtemps travailler avec les matériaux contenus dans son atelier.
Photo: Patrick-Simard Avec «Ainsi passe la chair», Sara Moisan part de son rapport à l’œuvre de son père, le peintre Gatien Moisan. Elle désirait depuis longtemps travailler avec les matériaux contenus dans son atelier.

C’est reparti pour le Festival international des arts de la marionnette à Saguenay (FIAMS). La 16e édition de l’importante biennale, sa première en contexte pandémique, présentera jusqu’au 1er août 40 spectacles différents, dont 14 créations québécoises et un volet international virtuel. Parmi les premières mondiales, le FIAMS accueille notamment la nouvelle production de La Tortue noire, compagnie saguenéenne ayant à son actif dix créations depuis 2005 (Le petit cercle de craie, Kiwi, L’ogre…)

Avec Ainsi passe la chair, un projet très personnel qu’elle a écrit et interprète elle-même, Sara Moisan part de son rapport à l’œuvre de son père, le peintre Gatien Moisan, décédé en 2019 d’un cancer au cerveau. La comédienne désirait depuis longtemps travailler avec les matériaux contenus dans son atelier. « Il y a quelque chose de romantique dans les objets avec lesquels un artiste travaille depuis 40-50 ans, explique-t-elle par Zoom. J’avais envie de m’approprier cette matière et de parler de son œuvre, mais sans être didactique. De m’inspirer de l’ambiance de ses tableaux, qui m’habitent depuis que je suis enfant. »

Ce solo destiné au public adulte est donc un hommage à Gatien Moisan, « une façon de faire connaître ses œuvres, qui sont magnifiques », mais aussi une occasion de parler du rapport à l’art. « Je pose beaucoup de questions dans le spectacle sur pourquoi on choisit toute sa vie d’être un artiste. Mon père n’a jamais remis en question son métier. Il a toujours poursuivi, même les années où c’était plus difficile. Il a été aussi beaucoup présent à la maison, c’est lui qui s’occupait de nous. »

Sara Moisan dit recevoir « une forme de réponse », puisqu’elle a puisé plusieurs éléments dans une entrevue enregistrée dans les années 1990. « Il y a une espèce de dialogue entre mes questionnements et sa [vision] à lui de ce que c’est, un artiste. Je pense être très inspirée par sa manière de percevoir le métier d’artiste pas seulement comme un travail, mais vraiment comme une façon de vivre, une façon d’être. Quelque chose qui nous habite complètement, duquel on ne peut pas se détacher. » Une interrogation sur l’importance de l’art influencée par l’année de pandémie, sur « pourquoi on décide de poursuivre, même quand, tout autour de nous, les gens jugent que ce n’est pas nécessairement essentiel ».

Intimiste

Le court spectacle se présente sous forme d’installation visuelle. C’est aussi, ont dit ses premiers spectateurs à Sara Moisan, comme si on regardait un livre audio. Grâce à un casque d’écoute, le public entend la voix préenregistrée de l’interprète, tandis qu’il la voit, à travers un grand cadre translucide, manipuler la matière, de la peinture, faire du dessin. « Mais les images ne sont pas toujours exactement collées au texte : il y a comme un dialogue entre ce qu’on voit et ce qu’on entend, précise la créatrice. Je travaille aussi avec de petits morceaux de tableaux, qui sont découpés et deviennent une forme de film d’animation en direct. »

L’œuvre allie donc théâtre de matières, d’objets et projections vidéo. Et, brièvement, une petite marionnette, représentant « l’alter ego de mon père » et la projection d’une figure récurrente dans ses tableaux, l’homme nu, « qui se met à s’animer et va prendre la parole pour Gatien, à certains moments ».

Ainsi passe la chair est un spectacle intimiste, conçu pour être présenté devant vingt spectateurs, mais où Sara Moisan s’est assurée de transcender la dimension autobiographique pour s’adresser à tous. Ses thèmes ont en effet une résonance universelle. On y parle notamment de l’attitude sereine de Gatien Moisan face à la mort. « Il l’a acceptée dès le départ et il l’a vécue très bien, donc nous aussi. Alors, le spectacle n’est pas du tout triste. C’est une approche très douce du deuil. » D’autant qu’on y examine l’héritage du peintre après son départ. « Je pense que ses œuvres et tout ce qu’il a laissé font en sorte qu’il est encore vivant, d’une certaine façon, pour moi. »

Quelques propositions au FIAMS

Furioso
Écrite par Olivier Kemeid et dirigée par Simon Boudreault, la nouvelle création du Théâtre de l’Oeil offre un récit épique au public de 8 à 12 ans. Les 27 et 28 juillet, à la salle Pierrette-Gaudreault.

Une brève histoire du temps
Le fameux livre de Stephen Hawking est adapté en théâtre d’objets « déjanté » dans ce solo d’Antonia Leney-Granger. Les 28 et 29 juillet, à la salle Facteur culturel.

Sogno di une notte di mezza estate
Une version du Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare, par la compagnie italienne de théâtre d’ombres Teatro Gioco Vita. En virtuel.

Joe 5
Mariant danse et marionnettes, la compagnie néerlandaise Duda Paiva (dont les Montréalais ont précédemment pu apprécier Angel et Bastard !) plonge dans un univers dystopique. En virtuel.

 

Ainsi passe la chair

Texte, conception, mise en scène et interprétation : Sara Moisan. Conseiller dramaturgique et direction d’acteur : Christian Ouellet. Au Centre national d’exposition (Mont-Jacob), à Jonquière, les 28 et 29 juillet.



À voir en vidéo