Réouverture frontalière aux effets limités pour les festivals

Cette réouverture des frontières a redonné aux Québécois l’espoir de revoir leurs artistes étrangers préférés dont les spectacles ont été reportés, voire annulés, durant la pandémie.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Cette réouverture des frontières a redonné aux Québécois l’espoir de revoir leurs artistes étrangers préférés dont les spectacles ont été reportés, voire annulés, durant la pandémie.

Festivals et salles de spectacle saluent la réouverture progressive des frontières canadiennes à partir du mois d’août. Mais sans un allègement des mesures sanitaires de Québec, la décision d’Ottawa risque de ne rien changer à la programmation de l’automne, majoritairement réservée aux artistes d’ici, préviennent-ils.

« C’est bien de savoir qu’on peut maintenant compter sur les artistes à l’international, mais eux, voudront-ils venir dans des salles quasi vides ? » se questionne Michel Sabourin, porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ).

Le gouvernement fédéral a annoncé lundi que les Américains entièrement vaccinés contre la COVID-19 pourront visiter le Canada dès le 9 août, sans devoir se plier à une quarantaine. Les touristes vaccinés venant d’autres pays pourront le faire à partir du 7 septembre.

Cette réouverture des frontières a redonné aux Québécois l’espoir de revoir leurs artistes étrangers préférés dont les spectacles ont été reportés, voire annulés, durant la pandémie.

Aux yeux des diffuseurs consultés par Le Devoir, les artistes étrangers risquent toutefois d’être peu nombreux à frapper à leur porte pour se faire une place dans la programmation automnale. « On a encore des mesures restrictives : la distanciation à respecter entre les tables, la capacité maximale à ne pas dépasser par salle, garder les spectateurs assis. Quel artiste voudrait venir jouer ici quand on sait que, d’ordinaire, à pleine capacité, un spectacle est rentable lorsque au moins 75 % des billets sont vendus ? » souligne Michel Sabourin.

Il donne l’exemple de sa salle de spectacle, le Club Soda à Montréal, qui adopte une formule cabaret puisqu’elle ne possède pas de sièges fixes. Résultat : la salle, qui peut habituellement accueillir jusqu’à 950 personnes avec un parterre devant la scène, n’en reçoit que 130 maximum avec les mesures sanitaires actuelles.

« Si au moins Québec pouvait nous dire clairement combien de spectateurs on pourra accueillir cet automne au lieu de nous maintenir dans l’ignorance, souligne M. Sabourin. En ce moment, on n’a aucune prévisibilité. »

Questionné à ce sujet, le cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, a simplement répondu que « dès, que de nouveaux assouplissements seront permis, la ministre sera heureuse d’en faire l’annonce ».

Diffuseurs peu pressés

Du côté de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles, RIDEAU, qui représente des salles pluridisciplinaires, on ne ressent pas d’empressement à programmer des artistes étrangers au plus vite. Le calendrier automnal est déjà rempli, et ce serait un « vrai casse-tête organisationnel » de changer la programmation si tardivement, fait valoir le président du conseil d’administration, David Laferrière.

De plus, le programme d’aide de Québec ne les encourage en rien à le faire puisque la compensation pour les revenus de billetterie ne s’applique qu’aux productions québécoises. Il précise par ailleurs que, d’ordinaire, les artistes étrangers ne représentent que 5 à 7 % de leur programmation.

« On a quelques artistes internationaux prévus en 2022. L’annonce du fédéral vient nous confirmer qu’ils pourront venir sans problème, mais ça ne sert à rien de les devancer », note de son côté Laurent Saulnier, vice-président de la programmation d’Équipe Spectra, qui possède les salles M2, Mtelus et L’Astral. « Ce n’est pas viable financièrement pour personne si on n’est pas à pleine capacité. »

À la Place des Arts, on dit avoir « hâte » de recevoir de nouveau des artistes étrangers. Mais là aussi, on estime que les effets de l’ouverture des frontières se feront sentir plutôt à moyen terme. Leur venue demande beaucoup de réorganisation : billets d’avion, hébergement à réserver, date à confirmer et, qui sait, une vaccination à compléter pour certains.

Trop tard pour les festivals

L’annonce arrive aussi un peu tard pour changer les plans des festivals d’été qui s’étendent, exceptionnellement ou non, jusqu’en septembre cette année. Le Festival de musique émergente (FME) en Abitibi-Témiscamingue, les Francos de Montréal et le Festival international de jazz de Montréal ont déjà parachevé leur programmation et ne comptent pas la modifier. Le Festival Jazz de Rimouski et le Festival Pop Montréal ont pour leur part ouvert la porte à l’ajout d’artistes étrangers à leur calendrier.

« Je ne pense pas que beaucoup de festivals vont avoir le temps et la possibilité d’aller chercher de grosses pointures de dernière minute », indique Patrick Kearney, du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN). Il ajoute d’ailleurs que l’arrivée de touristes supplémentaires ne changera rien non plus, puisque la plupart des événements qu’il représente sont déjà à la capacité maximale permise selon les restrictions sanitaires actuelles.

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